Les terroristes ont-ils plus de plaisir à tuer que les autres. Il ne semble pas y avoir parmi eux plus de personnalités sadiques que dans le reste de la population. Il sont aveuglés par d’autres illusions, une idéologie savamment mise en place et orchestrée dans leur tête suivant les bonnes vielles recettes de la manipulation des esprits. Il a fallu d’abord déshumaniser l’autre, en faire quelque chose de moins qu’un homme. Cela commence par de grandes campagnes d’opinion, il faut le sataniser, l’extraire de la communauté des humains normaux, des élus, des croyants, des membres du parti, en faire un être sans visage, sans regard, privé de sentiments. Cette campagne est orchestrée, à grande échelle, dans certaines mouvances islamiques aujourd’hui (parfois à l’échelle d’un pays) contre les Américains, contre les juifs, contre les Occidentaux (elle l’a été autrefois, à grande échelle, en Europe, contre les juifs, contre les Protestants, etc. et la haine de l’étranger est encore le fond de commerce de certains partis, en France encore aujourd’hui)… Quand l’autre a perdu son humanité, il faut habituer le futur meurtrier à tuer par des exercices intensifs, progressifs et systématiques. Son imaginaire et sa volonté sont soutenus par des images passées en boucle (par exemple cassettes de victoires sanglantes sur les mécréants, ou l’on voit comment les « frères » font exploser un char russe en Tchétchénie, puis achèvent les soldats à terre en les arrosant de coups de mitraillettes, hurlant « dieu est grand »). Il faut ensuite rendre captif le psychisme du sujet : le couper de toute relation avec les autres (en dehors des séances d’entraînement, il suffit de l’occuper à réciter interminablement des prières). Il faut couper le maximum de liens qui le retiennent encore dans le monde normal. Il ne doit se sentir bien qu’avec ses « frères » et n’éprouver du plaisir que pour la cause (conditionnement par association de stimulus bien connue en psychologie du comportement). Et le moment venu on pourra lui confier une mission dont il ne reviendra pas... Tout ceci est malheureusement très banal. Est-ce que tout le monde peut devenir terroriste ? Presque… Bien que certaines personnalités semblent plus prédisposées que d’autres… perte de repères, sentiment de dépendance (besoin de se placer sous l’autorité rassurante de quelqu’un ou d’une institution comme la bande, l’armée, l’autorité religieuse), narcissisme,… Contrairement à ce que l’o
Vous trouverez également une analyse extraordinaire de pertinence sur le terrorisme islamiste, ses sources, ses enjeux et son évolution, sur le blog de Guy SORMAN : http://gsorman.typepad.com/
n pourrait penser, les personnalités trop instables ou névrotiques, sont écartées car jugées peu fiables (cas du terroriste français Zacarias Moussaoui). On pourrait répondre de la même façon à la question « les nazis étaient t’ils des monstres ? » On peut être sûr, hélas, que dans les mêmes conditions que celle de l’Allemagne nazie beaucoup de « bons français » auraient agi de la même façon. L’expérience de ZIMBARDO qui a reconstitué les conditions d’une prison, lors d’une expérience à l’université de Stanford, aux USA en 1971, en démonte assez bien les mécanismes. L’expérience de MILGRAM, sur l’obéissance à l’autorité va dans le même sens (on peut avoir un aperçu de cette célèbrissime expérience dans le film « I comme Icare » de Henri Verneuil avec Yves Montand). http://cine.voila.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=24712.html
Vous trouverez des informations complémentaires particulièrement pertinentes sur le sujet du terrorisme en France, dans l’interview accordée par Stéphane BERTHOMET, il y a déjà quelques mois mais toujours d’actualité, au journal MARIANNE :
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DIAMOND : Pourquoi l’amour est un plaisir ? On en apprend de belles sur nous-mêmes ! Un peu comme si l’on passait derrière l’écran, comme si l'on visitait l'envers du décor. Lisez-le, mais vous voilà prévenu, après cela vous trouverez beaucoup de romans fades et insipides.
Mes collègues psy, surtout les psychanalystes, ont passé des années à expliquer que les parents étaient responsables du caractère de leurs enfants et que s’ils tournaient mal, c’était forcément de leur faute. Ainsi étaient-ils tenus pour responsables des névroses de leurs enfants mais aussi des maladies plus graves comme la schizophrénie. On sait aujourd’hui que la schizophrénie est une maladie largement déterminée par des facteurs génétiques ! Alors que transmet-on à nos enfants ? D’abord nos gènes. Ils sont responsables d’une part importante du caractère de l’enfant. D’ailleurs la première chose que la famille essaie de deviner lorsque l’enfant paraît, c’est « à qui ressemble-t’il ?» Ressemblance physique d’abord -pourtant bien difficile à deviner quelques heures après la naissance- mais très vite on interprète également les démonstrations d’humeur du petit comme étant les manifestations d’une ressemblance au père, à la mère, aux grands-parents…et tout le monde est content. L’on n’a pas tort de l’être car beaucoup de chercheurs estiment que 50 % des traits de caractères sont déterminés par les gènes que nous ont transmis nos parents. Ce qui n’est pas rien ! Pour la petite histoire, certains affirment que, en vieillissant les points communs auraient même tendance à se confirmer. Le comportement de jumeaux, séparés à la naissance et élevés dans des familles complètement différentes, donne à penser (parfois avec des coïncidences très troublantes) que ces chercheurs n’ont pas tort ! D’accord, mais il reste tout de même 50% qui sont bien la conséquence du fonctionnement de la famille ? Les choses ne sont pas aussi simples. S’il en était ainsi, les enfants de familles divorcées ou de mère célibataire seraient des victimes irrécupérables pour une vie adulte normale. Hors en cabinet, les psys justement reçoivent autant d’enfants que la vie semble avoir choyés que d’enfants qu’elle a maltraités ( Ah ! qui dira la longue plainte des filles qui se plaignent d’avoir eu une mère trop parfaite !...). Il est vrai que le divorce peut jouer un rôle ainsi que le fait d’avoir une mère célibataire, mais plutôt d’une façon indirecte : par les problèmes financiers que ces situations imposent, la fatigue supplémentaire, l’alternance des gardes et l’instabilité des repères qu’elle inflige aux enfants, etc…En dehors de ces contraintes (qui ont un certain retentissement), il n’y a pas de différences majeures entre les enfants de divorcés et les autres. Autre indice qui ne plaide pas pour une influence exclusive de la part des parents : il n’y aurait pratiquement pas plus de ressemblance entre des frères et sœurs élevés sous le même toit que pour ceux qui ont été séparés à la naissance et élevés dans des foyers différents (ils ont dans les deux cas la même part de ressemblance due à l’hérédité).Il faut donc chercher ailleurs. Une piste a été explorée en 1995 par un chercheur : SULLOWAY, qui émet l’hypothèse que le rang dans la fratrie joue un rôle. Par exemple, les aînés s’identifieraient plus aux parents, développant une personnalité plus affirmée et deviendraient, en grandissant, plus conservateurs et consciencieux. Les cadets seraient moins soumis à la tutelle parentale et plus ouverts aux expériences nouvelles. En réalité si le rang de la fratrie semble bien jouer un rôle à l’intérieur du cercle familial, ce rôle s’estompe dès que l’on en sort. Voilà peut-être une petite partie des 50% restants expliqués mais qu’en est-il du reliquat ? L’hypothèse la plus audacieuse est venue d’une marginale de la recherche, une obscure rédactrice de manuels psychologiques qui après avoir compilé des tonnes d’articles et de travaux de toutes sortes, s’est dit « mais oui, bon sang, mais c’est bien sûr… ». Elle a émis l’hypothèse qu’une grande part de la formation du caractère de nos enfants vient de l’influence de leurs pairs. Ils doivent très tôt se tailler une place parmi les autres : les frères et sœurs, mais aussi la classe, les petits camarades, la bande, le groupe… Cette obligation vitale d’intégration sociale dans le groupe a pour conséquence par exemple que, très rapidement, le chérubin n’acceptera plus de porter les vêtements que maman a choisi parce que les autres vont se moquer de lui, etc…
Mon fils et ma belle fille m’ont offert, il y a quelque temps, un superbe livre : « L’Afrique mystérieuse : les peuples oubliés de la vallée de l’OMO », du photographe Gianni GIANSANTI, aux éditions GEO. On y voit les jeunes SURMA s’affronter en de violents combats, les « dongas ». Ils sont armés de longs bâtons, dont l’extrémité est sculptée en forme de phallus. Les coups portés provoquent souvent de graves blessures. La mise à mort est proscrite et soumise à une forte réprobation (bannissement). Pourquoi cette violence ? Elle me fait penser aux combats de boxe dont le succès ne se dément pas dans nos civilisations occidentales (voir le fabuleux « king of the world », Cassius CLAY, le féroce Mike TYSON, et les innombrables films qui parlent du sujet : les STALLONE, le tragique « Raging Bull » de SCORCESE avec De NIRO, etc…). Il s’agit, dans les deux cas de violences ritualisées et socialisées. La fonction de la violence est plus évidente dans le cas des guerriers SURMA. D’abord il faut donner un exutoire à l’agressivité de tous ces jeunes gens qui, en déversant ainsi leur trop plein d’adrénaline, troubleront moins la paix du groupe et les alliances intertribales. Il y a une autre raison qui peut paraître surprenante au premier abord. Les SURMA vivent de
l’élevage. Richard NISBETT et Dov COHEN ont montré dans leur ouvrage « Culture of Honor » que les cultures violentes se développent, en particulier, dans les sociétés qui sont hors d’atteinte de la loi et où ce qui a du prix se vole facilement. C’est le cas pour certains quartiers de nos villes (avec la drogue comme bien à voler) et c’est également le cas pour ces peuples oubliés de la vallée de l’Omo. Ils vivent essentiellement de l’élevage ( donc d'un bien qui se vole facilement, comme on l’a vu dans de nombreux westerns). Il faut donc signifier aux voleurs potentiels, qu’il auront à faire à forte partie. Ces joutes montrent aux villages voisins, la force et la détermination des membres de la tribu ! On retrouve ces pratiques, sous diverses formes, chez les habitants des hautes terres d’Ecosse, les paysans des Appalaches, les cow-boys de l’Ouest américain, les guerriers masaïs, les indiens Sioux, les hommes des tribus Druses et bédouines, les membres de clans des Balkans (la vendetta albanaise en est une illustration) et chez les montagnards indochinois. Les combats en eux-mêmes sont relativement dangereux, mais les dommages qu’ils peuvent causer sont limités car ils sont ritualisés ; Par contre, la 3ème mi-temps, elle ne l’est pas ! …et les kalachnikov, à la fin de partie, font plus de ravage que les coups de bâton ! Les règles du jeu sont entrain de changer…
La violence n’est pas gratuite. Elle existe en chacune d’entre nous et les modalités qu’elle prend pour s’exprimer sont déterminées par l’environnement et les évènements que nous vivons. Ainsi ces jeunes qui brûlent, raquettent et dealent dans les quartiers de nos villes, une fois sortis de leur contexte de non-droit où « ce qui a du prix se vole facilement », peuvent redevenir des citoyens respectueux du droit et des autres. Pas d’angélisme toutefois : ce n’est pas l’environnement qui a causé leur violence, elles est en eux, comme en chacun d’entre nous, il l’a seulement orienté, et dans la mauvaise direction !