ppp (Petite Psychologie de Poche

Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /Avr /2010 06:35

Que reste-t-il aujourd’hui des grandes idées de Freud, le fondateur de la psychanalyse ?

1- L'inconscient. L’inconscient existe, on peut le mettre en évidence par des expériences simples mais il ne s’agit pas de l’inconscient tel que Freud l’avait conçu (avec le refoulement de ce qui nous paraît inacceptable ou invivable) mais d’un inconscient « cognitif » qui explique que la plupart de nos activités ordinaires de survie, se passent sans que nous nous en rendions compte. Ainsi nous déchiffrons les signaux de danger dans notre environnement et nous y réagissons avant que notre conscience en ait eu connaissance. Nos émotions surgissent spontanément en présence de certaines situations, nous accomplissons "machinalement" de multiples actes tout au long de la journée,... Nous partageons cette capacité avec les animaux qui nous sont proches et sans elle, notre cerveau serait saturé. Il ne pourrait se consacrer à des tâches plus complexe et notre espèce n’existerait plus !

gycine640.jpg

Un autre inconscient existe, expliquent les psychologues évolutionnistes : celui que nous a légué l’évolution. Par exemple nos conduites amoureuses, nos conduites d’entre aide, de coopération et de solidarité, d’agressivité et de violence, de recherche de pouvoir et de statut, etc.… sont le fruit d’une longue maturation dont on voit les prémisses chez les primates (chimpanzés, bonobos, gorilles, orangs-outans) et qui s’est affinée  depuis plusieurs millions d’années.  Il nous est difficile d’imaginer que l’espèce dont nous faisons partie (Homo sapiens sapiens) n’ait pas été l'unique but de la "création" et son objectif ultime ! En réalité nous sommes la seule branche existante, et donc fragile, d’un rameau florissant. Il faut s'imaginer qu'il y a seulement quelques dizaines de milliers d’années coexistaient 3 ou 4 espèces humaines aussi dignes d'intérêt que la nôtre.

-    -  L’homme de Neandertal, disparu il y a 20 ou 30 000 ans : il nous ressemblait tellement qu’il passerait inaperçu dans nos rues, s’il était habillé d’une façon moderne !

-   -  L’homme de Florès, dont les derniers spécimens sont disparus sur l’île de Florès, en Indonésie, il y a seulement  10 000 ans.

-   -  L’homme de Desinova dont on a découvert dernièrement un fragment de phalange du petit doigt (!) dans une grotte située entre la Sibérie et la Mongolie.

gycine640_2.jpg

Des psychologues émettent l’hypothèse que l’évolution nous a légué un certain nombres de conduites, sans lesquelles notre survie n’aurait pas été possible, et que ces conduites sont toujours présentes et agissantes en nous d’une façon essentiellement inconsciente. Elles correspondent, approximativement, à ce que l’on appelait autrefois les instincts. Les neurosciences, la psychologie cognitive et, particulièrement, la psychologie évolutionniste et l’éthologie humaine en redécouvrent l’importance et tentent d'en redessiner les contours. Cet inconscient "évolutionniste" n'est pas sans rapport avec l'inconscient psychanalytique, mais les psychanalystes restent dans leur tour d'ivoire et ne s'intéressent pas à ces recherches. (à suivre...)

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 06:25

Michel ONFRAY lance un brûlot contre la psychanalyse et son fondateur Freud : "Le crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne", éditions Grasset.  Quoi de neuf dans cette démarche ? Dans tous les pays de culture occidentale la psychanalyse est plus ou moins abandonnée ou remise à sa juste place, celle d’une approche thérapeutique parmi d’autres. Seules la France et l’Argentine ont encore gardé une foi psychanalytique quasi intacte. De nouvelles thérapies plus modestes et surtout plus efficaces sont apparues avec les découvertes des neurosciences et de la psychologie cognitive. Les thérapies cognitives ainsi que d’autres thérapies brèves se sont implantées un peu partout dans le monde occidental et les traitements médicamenteux se sont perfectionnés.

En France les psychanalystes tiennent encore le haut du pavé, dans les universités, les centres de formations des travailleurs sociaux et les médias. Pas un évènement ayant vaguement rapport avec le domaine psy sans que l’on invite un de leurs représentants !...

Or la psychanalyse n’est pas une science. Elle est l’œuvre essentiellement d’un homme, FREUD, qui a projeté ses propres problèmes et la manière de les résoudre dans une théorie que la science n’a pas confirmée. Dans le groupe qu’il a créé autour de lui à l'époque, pas de discussions, tous les disciples doivent suivre les révélations du maître comme dans une religion. Ainsi, les contradicteurs furent-ils éliminés à l’exemple du plus célèbre d’entre eux, JUNG. Aujourd'hui, en France, les sociétés de psychanalyse poursuivent les mêmes pratiques doctrinaires et  se disputent entre elles pour savoir qui représente le mieux la parole du maître.  Le maître a créé une Eglise, ses disciples créent des chapelles !

Le dogme psychanalytique repose sur plusieurs piliers :

1-      L’existence de l’inconscient qui dirige nos actes plus que notre moi conscient

2-      L’influence majeure de l’enfance dans la formation de notre personnalité et en particulier, la façon dont nous résolvons le complexe d’oedipe

3-      L’utilisation de l’interprétation des rêves et des associations d’idées dans la cure

Que reste-t-il aujourd’hui de ces grandes idées ? (à suivre...)

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Samedi 27 mars 2010 6 27 /03 /Mars /2010 06:39

Pourquoi cette surabondance de crimes, d’assassinats,  d’homicides, d’actes sadiques, de meurtres en tous genres décrits avec un luxe effrayant de détails dans les séries télé et dans les films ? Le genre n’est pas nouveau et la lecture des contes de Grimm, par exemple, nous montre que l’horreur séduisait déjà dans les chaumières, mais il a pris une ampleur de plus en plus grande depuis l’apparition  de la télévision et de la tyrannie de l’Audimat.

Nous sommes « programmés », nous humains en tant qu’espèce dépourvue de griffes, de crocs redoutables, de carapace ou d’une pointe de vitesse suffisante, pour être toujours en éveil, attentifs aux moindres dangers, prêts à fuir si nécessaire ! Notre force vient de notre intelligence qui anticipe, qui se souvient, qui coordonne mais qui n’est pas un bouclier contre un  danger soudain. Nous sommes donc condamnés à subir toujours un certain niveau d’anxiété.  Nous nous en arrangeons habituellement et nous aménageons notre environnement pour atténuer ce danger : nous nous regroupons dans des villages, des villes, nous avons des armes, des consignes dites de « sécurité », des codes, etc.,…mais aussi des assurances-vie », incendie, accident, et même des assurances décès !....

Pas de problème tant que notre système d’éveil est bien réglé, c'est-à-dire ni trop ni trop peu. Trop peu, cela est rare et peut résulter de certains handicaps ou de syndromes frontaux (suite à un type d’accident fréquent autrefois  - tête dans le pare-brise - avant la généralisation des airbags). Trop, on connaît bien, il s’agit des tempéraments anxieux, qui font eux-mêmes parfois partie de familles d’anxieux….Cela se soigne par des médicaments, si nécessaire, mais aussi par la relaxation, la thérapie, un style de vie, la « zen » attitude à la mode aujourd’hui, un environnement social et physique apaisant… mais l’échange entre personnes, la solidarité, l’affection, la poésie, la littérature, la philosophie sont également des remèdes connus et efficaces.

Le problème survient avec la généralisation des médias de masse capables de mobiliser tous les sens à la fois, comme le cinéma et la télévision en particulier (y compris et encore plus leurs évolutions récentes en 3D). Ces médias font appel à l’image, au son et aux mouvements qui sont précisément les signaux pour lesquels nos cerveaux primitifs sont programmés à réagir instantanément et d’une façon inconsciente, comme moyen de survie ! Un bruit inattendu nous fait sursauter qu’on le veuille ou non, une ombre qui surgit dans la nuit, un indice insolite dans l’environnement (l’avion qui tourne au-dessus des champs dans le film « L’homme qui en savait trop »),…. Mais il y a belle lurette que le cinéma et la télévision ont abandonné ces moyens hitchcockiens de nous faire peur, dans la course à l’audimat (ou au nombre d’entrées) les chaînes télé et les studios veulent nous scotcher sur notre siège et nous empêcher de zapper. Pour cela, une seule solution : nous sidérer par des émotions primitives de plus en plus violente. Ce n’est plus l’histoire qui compte, c’est le nombre de litres de sang répandu, le rendu spectaculaire des explosions, les chairs éclatées, j’en passe et des pires. D’autres images peuvent également faire appel à des émotions primitives : celles qui ont rapport au sexe. Alors si l’on peut mélanger la mort et le sexe dans un déluge d’images sadiques !... Cette dernière manière semble toucher particulièrement certains esthètes intellectuels qui boudent leur plaisir quand il s’agit de bagarre triviale ou de sexe pris séparément, mais qui crient vite au génie quand les deux sont réunis !

La solution n’est évidemment pas d’interdire ces films creux mais d’en faire de meilleur qui parlent à la totalité de l’être humain ! Il ne faut pas désespérer, l’un des plus grands succès en France, ces dernières années, a été « Les Chtis » qui est exactement le contraire de ces superproductions ! Je crois surtout qu’il est nécessaire de faire connaître ces mécanismes inconscients qui nous gouvernent et comment les producteurs de ces émissions ou films nous piègent !

Rien de simple ! A titre de comparaison on peut examiner ce qui se passe pour le problème de l’obésité. Elle est due essentiellement à une surconsommation de gras et de sucre associée à une diminution de l’activité physique. Cette attirance vers le gras et le sucré est naturelle, elle est préprogrammée comme notre attirance vers les images de situations anxiogènes. L’obésité se répand d’une manière endémique, elle devient une grande cause nationale de santé publique. Il ne s’agit pas d’interdire le gras et le sucre mais de donner les moyens de les repérer, de signaler les dangers que leur excès représente et de promouvoir des solutions alternatives. Je pense qu’aujourd’hui, la télé et le cinéma sont atteints, du même syndrome d’obésité mentale et qu’il faudrait commencer à entreprendre des campagnes d’information sur les dégâts qu'ils provoquent ! "Attention, ce film (ou cette émission de télé) est plein de trucs trop gras, trop sucrés, trop sanglants, trop sadiques, qui peuvent vous amener à une obésité mentale et avoir de graves conséquences sur votre santé psychique !"

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /Mars /2010 06:30

La télé a repris hier soir une expérience de psychologie que Stanley MILGRAM avait mené de 1960 à 1963, à l’époque du procès Eichmann, le haut fonctionnaire nazi chargé de la déportation des juifs. Comment comprendre que des hommes ordinaires, ni malades mentaux, ni fous, aient pu commettre des crimes aussi extraordinaires, l’extermination programmée de tout un peuple, le peuple juif ?

Milgram recruta donc des candidats pour participer à l’expérience, mais sans leur dire réellement de quoi il retournait. Ils devaient administrer des chocs électriques de plus en plus violents quand le sujet d’une expérimentation sur la mémoire se trompait. En réalité il s’agissait d’une « expérience de leurre » et il n’y avait pas de chocs électriques, le sujet en expérience était un acteur qui mimait la douleur.

Suivant les conditions de l’expérience, de 49 à 62% des participants sont allées jusqu’à infliger des chocs électriques de 450 volts ! Milgram en concluait que l’origine du mal nazi était trouvée et que l’on pouvait être très pessimiste sur la nature humaine.
DACHAU-copie-1.jpg  

Faut-il le suivre dans cette conclusion ? En réalité, on sait aujourd'hui qu'Eichmann n’était pas qu’un « fonctionnaire zélé qui ne faisait qu’exécuter les ordres » comme il aimait lui-même se présenter à son procès.  Eichmann était un nazi convaincu et un antisémite notoire bien avant les camps ! Contrairement à ce que soutient H. Arendt, tout le monde ne peut pas devenir un bourreau ! Pour exécuter des ordres de barbarie il faut réunir plusieurs conditions :

1     1- Avoir la conviction morale que ce que l’on fait est juste

2     2- Avoir conscience de se trouver dans une situation exceptionnelle où il faut réagir de manière exceptionnelle,

3     3- Considérer l’autre comme un étranger, un « barbare », qui ne peut rien avoir de commun avec nous.

Les massacres de masse commis depuis l’horreur nazi, au Rwanda, à Srebrenica ou ailleurs, remplissent ces conditions et confirment ces hypothèses. Alors comment interpréter l’expérience de Milgram et sa réédition médiatique d’hier soir ?

L    1- Les candidats ont la conviction qu’ils font quelque chose de moralement juste. Dans l’expérience de Milgram : faire progresser la science, pour la télé : participer à un jeu respectable sur une chaîne responsable du service public (qui, de plus, n’est pas là pour faire que du fric !)

2    2- Ils ont conscience de se trouver dans une situation exceptionnelle : une émission de télé, destinée à des millions de téléspectateurs  dont certains sont physiquement présents dans la salle.

3    3- La victime (qui est en réalité un acteur) leur est réellement étrangère et l’expérimentation prévoit qu’il n’y ait pas de contacts personnels entre eux (elle n'est pas visible, enfermée dans une cabine).

Par contre, dans le cas de l'émission télé, la pseudo victime n’est pas considérée comme un « barbare » à éliminer comme l’étaient les juifs pour les nazis convaincus ou comme les Tutsi pour les génocidaires Hutus.
Cette différence fondamentale explique que de 38 à 51 % des participants refusent d’infliger des décharges de 400 volts (pourcentages de l’expérience de Milgram et une vingtaine de pourcents pour le jeu télé).  Par comparaison, il faut se souvenir que dans les camps nazis, on ne parle pas (à ma connaissance) de défection des gardiens !

Il ne faut donc pas désespérer de la nature humaine, même s’il est passionnant de voir comment ce genre d’expérience nous en fait toucher les limites. Au passage remarquons qu'elle nous montre, justement, qu’il existe bien une « nature » humaine. C'est-à-dire que l’homme n’est pas un pur produit de la culture commandé seulement par sa raison. Nous sommes le produit d’une nature et d'une culture en interaction mais la première nous a été léguée par plusieurs millions d'années d'évolution et la seconde seulement par quelques milliers. L'ange et la bête sont présents en nous et si nous sommes mis en porte-à-faux, en position de faiblesse ou piégés dans dans certaines situations -comme dans cette expérience de leurre- la "bête" en nous peut s'imposer facilement. Ce n'est pas la télé en soi qui est le problème, ni la science. Une fois pris dans un piège, la mécanique psychologique s'enclenche inexorablement. Il faut parfois savoir fuir ceux qui encouragent la "bête" en nous (voir les 3 conditions de la barbarie), en particulier ceux qui veulent nous faire croire que l'autre, l'étranger est forcément un barbare !

 

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /Juin /2009 06:19

Que reste-t-il d'étrange aux étrangers quand ils parlent notre langue?

Une culture plus ou moins différente ainsi que des particularités dans la vie sociale et politique, mais l'étrangeté que provoque la barrière de la langue étant levée, le fond semblable des sentiments, des préoccupations, des soucis, des espérances, des vices et des vertus apparaît bien comme étant le même car une profonde unité relie tous les êtres humains. C'est la réflexion que je me faisais en passant quelques jours dans une famille en Suisse romane, à Lausanne.

De ceux qui parlent la même langue maternelle que la nôtre nous nous sentons facilement frères et sœurs, enfants de la même mère, tant il est vrai qu'une langue est un moule dans lequel se coule notre pensée. (Je n'abonde pas dans le sens de ceux qui affirment que la langue ne fait pas que structurer la pensée mais qu'elle la fonde et la dirige. Ce que l'on fait et ce que l'on vit est bien plus important encore.) Il faut reconnaître toutefois que la langue que l'on a tétée en même temps que le lait de notre mère, crée une puissante communauté et nous donne l'impression d'être dans une vaste famille !

(Je me souviens, quand j'étais enfant, que nous trouvions étrange la façon de parler de nos voisins du village d'à côté qui n'était situé qu'à 2 Km, alors que dire de ceux qui habitaient à 5 Km, au fin fond de la Vendée ou de la Sarthe ?.....Des barbares sans doute !... Leur accent étaient différent, certains mots nous paraissaient bizarres, farfelus leurs manières d'être et leur être profond devaient forcément être d'une autre nature !...Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les "vrais" étrangers, "les étrangers qui ne sont pas d'ici" comme on disait dans mon village, ne soient pas faciles à assimiler et qu'un effort de part et d'autre soit souvent nécessaire.)

Le vieux rêve de l'espéranto vient peut-être de là : se sentir frères et sœurs car tous filles et fils de la même langue maternelle ?....

Pour s'intégrer dans un pays, la première condition me semble donc bien être d'en apprendre la langue.


En dehors de cette faculté de parler la même langue que l'autre, reste une possibilité : essayer de comprendre au mieux sa culture et utiliser le vieux langage d'avant les mots : la communication non verbale, le sourire en étant la clé la plus universelle !

Question comunication non verbale par le sourire, je connais un spécialiste qui, malgré ses quelques mois seulement de vie sur terre, est  vraiment craquant, et je suis sûr que vous en connaissez d'autres vous aussi ?...

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 06:22

La chronique du dimanche 29 mars sur la jalousie a suscité des commentaires de Lassim sur le rôle de la violence et du sadisme dans la création artistique. Il cite les œuvres de Sade, Jérôme BOSCH, GOYA, Otto DIX, Egon SCHIELE, Hans HARTUNG, la peinture religieuse médiévale et de la Renaissance (http://www.alain-barre.com/article-29511629-6.html#anchorComment ) . Un grand merci à Lassim ! Cela m'a incité à découvrir certains de ces artistes et approfondir un peu plus le sujet sur les rapports entre « violence, sadisme et œuvre d'art ». Voici quelques réflexions que m'ont inspiré les oeuvres de ces artistes.

Goya peint des scènes violentes en se plaçant du côté de l'opprimé. Il souffre avec celui dont il représente la souffrance et magnifie l'esprit de résistance. C'est la signification principale du célèbre « tres de mayo », me semble-t-il ! Dans des œuvres moins célèbres, il dépeint des monstres et des sorcières qui hantent sa vision et sa perception du monde sans que cela soit complètement détaché des malheurs bien réels qui frappent son pays. Il a tendance, dans ses portraits de grands du royaume, à ne pas les embellir, a voir plus leurs côtés négatifs que positifs ! Pas évident pour un peintre de la cour ! Cela n'en fait pas, à mon sens, un artiste amoureux de la violence et encore moins du sadisme. Je dirais plutôt qu'il est plus affecté par la violence de son époque que la plupart de ses contemporains et qu'il cherche à la dénoncer sans pouvoir s'en débarrasser...

Hans HARTUNG manifeste une grande énergie sur la toile. Cette énergie n'est ni positive ni négative. Quand on parle de « violence », c'est pour en stigmatiser les effets négatifs, chez lui je perçois de l'énergie, comme dans certaines signatures...parfois ses œuvres sont comme de vastes paraphes de signatures !...

Il me semble que Otto DIX peint surtout l'horreur de la guerre. Ce n'est pas un amoureux de la violence, il en est d'abord une victime qui la dénonce et veut en faire saisir l'horreur par ses contemporains.  En ce sens, il est proche de J BOSCH qui peint les horreurs du monde en représentant  ce que ses contemporains pouvaient comprendre le mieux : l'horreur de l'enfer.

De ce point de vue la fresque de la cathédrale d'Albi est encore plus horrible. Sa vision de l'enfer est faite pour dégoûter du péché les brebis égarées et les inciter à ne pas rester dans « l'erreur », l'hérésie...tous les moyens sont bons pour cela...la peinture étant sûrement l'un des plus doux ! Dans ce genre, le triptyque des hospices de Beaune, n'est pas mal non plus !

Egon Schiele..désolé, je connais peu de choses de lui sauf qu'il s'est inspiré d'handicapés pour certains de ses portraits. Il me semble qu'il a dessiné ainsi ses propres peurs devant la souffrance et la mort..(merci Lassim, je ne connaissais pas cet artiste)

Pour avoir cotoyé des handicapés et, particulièrement des polyhandicapés, pendant des années, je dois dire que je ne les vois pas comme cela !... Je dirais même, bien que cela puisse paraître étonnant, qu'Il y avait chez eux, autant de personnes heureuses et malheureuses que dans le reste de la population.

Désolé  pour Sade, j'ai essayé de lire à plusieurs reprises mais l'ennui m'a fait tomber le livre des mains...

Je ne vois pas vraiment le tempérament sadique chez ces artistes, sauf pour Sade sans doute ? Il me semble qu'ils font plus preuve de peur et de révolte contre la violence qu'il ne l'exalte !

J'ai l'impression que, souvent, certains artistes utilisent la violence ou l'horreur comme un procédé littéraire pour capter leurs auditeurs ou spectateurs. C'est le cas pour beaucoup de films et téléfilms modernes. La pression de l'audimat est telle qu'il faut empêcher le spectateur de zapper. Rien de tel pour cela, qu'une scène sanglante dès les premières secondes, un meurtre, du suspense...Mais il s'agit là, surtout d'artifices "littéraires"...Les contes de Grimm utilisaient déjà ce procédé et l'Iliade, la mère de tous les récits de l'Occident, commençent par la colère d'Achille !...

Le sadisme que je connais, en psychologie « des personnalités difficiles », présente une caractéristique essentielle : soumettre et faire souffrir l'autre sans motif utilitaire. L'aspect principal est la relation de domination. Il peut se manifester dans le domaine sexuel sous forme de jeux (la SM, à la mode actuellement), de fantasmes (comme chez Sade), mais d'une façon plus générale, le sadisme peut s'exprimer dans tous les domaines de la vie, dans les relations de travail, parents/enfants, couple, amis, etc ...

Il a joué et joue toujours un rôle essentiel dans les sociétés humaines, en particulier en temps de guerre. Il est alors une arme pour terrifier l'ennemi et le soumettre. Le récit des terribles exactions conduites par des sadiques est destiné à être colporté pour semer l'effroi chez l'ennemi et le soumettre à reddition. Un exemple typique : Simon de Montfort, pendant la guerre contre les Cathares, en pays albigeois, fit crever les yeux de tous les hommes de la citadelle qu'il avait investi, sauf un. Il envoya cette cohorte d'aveugles guidés par un seul voyant, à travers la campagne pour effrayer les autres Cathares. Rien de sexuel là-dedans ! Le sadisme sexuel n'est pas premier me semble-t-il,, il est seulement l'extension du « sadisme ordinaire »,  le besoin de soumettre l'autre et de le dominer sans partage.

Les personnalités sadiques s'épanouissent en temps de guerre et de tuerie ; on les glorifie souvent et parfois on les décore (et certains écrivent leurs mémoires !...). Les sadiques sont considérés alors comme des héros, c'est ce qui s'est passé dernièrement, à deux heures de la France, avec les criminels de guerre en Serbie, en Bosnie,...

Les personnalités sadiques sont largement utilisées en temps de guerre (le procès du tortionnaire Duch, au Cambodge, de ce point de vue, est intéressant à suivre : http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/asiepacifique/20090330.FAP3492/la_reprise_du_proces_de_duch_consacree_a_lacte_daccusat.html ). En temps de paix, les personnalités sadiques sont «au chômage »...Non, ce n'est pas tout à fait exact !  Elles continuent d'être "honorées" par les films, les romans, la télé. C'est incroyable le nombre de fictions qui les mettent en scène depuis une vingtaine d'années ! Une façon d'essayer de gagner des points d'audimat bien sûr, mais aussi une façon de maintenir l'inquiétude, l'intranquillité et l'agressivité dans une longue période de paix relative (pas de guerre mondiale depuis plus d'un demi siècle !) période de calme apparent où l'on perçoit tout de même de sinistres craquements !


Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 10 avril 2009 5 10 /04 /Avr /2009 06:38

L'idéologie peut rendre aveugle, c'est ce qui semble ressortir du procès de Douch, accusé du meurtre de plusieurs dizaine de milliers de cambodgiens pendant l'époque des Khmers rouges. Son procès a lieu actuellement et le témoignage de François BIZOT qui fut interrogé par Douch puis relâché est troublant (http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-L-ancien-Khmer-rouge-confronte-a-sa-victime-_3637-890996_actu.Htm )


Bizot a raconté sa détention dans un ouvrage qu'il faut avoir lu si l'on désire mieux comprendre la nature humaine : « Le portail » (édition Folio, 2000). On y découvre un bourreau qui ressemble à tout le monde. F. Bizot  rapporte des propos que lui a tenu l'accusé : "Il m'a dit aussi que ce travail (la torture) le faisait vomir mais que c'était sa fonction. Jusque-là, je considérais que j'étais du bon côté de l'humanité, qu'il y avait des monstres auxquels je ne pourrais jamais ressembler. La réponse de Douch m'a fait tomber les écailles des yeux. J'avais en face de moi un homme, communiste, marxiste, comme beaucoup d'amis que j'avais à Paris, prêt à donner sa vie pour la Révolution, et qui accomplissait la mission qui lui avait été attribuée".

Pourrions-nous tous devenir des bourreaux ?  Un psychologue, Stanley MILGRAM, a mené une expérimentation sur ce sujet dans les années 60 à 63. Sous prétexte d'une expérience censée étudier les effets de la punition sur l'apprentissage, des bénévoles sont chargés d'administrer des décharges électriques de plus en plus fortes à une personne (qui est, en réalité, un acteur). Plus de 6 personnes sur 10 acceptent d'infliger au sujet, qui hurle de douleur, des chocs allant jusqu'à 450 Volts !

Milgram en conclut que lorsqu'ils se sentent protégés par une autorité (religieuse, idéologique, morale, bande, ...) la plupart des hommes sont capables de devenir des bourreaux.

Les conclusions de Milgram sont discutables dans la mesure où il est nécessaire que le candidat bourreau soit préalablement convaincu de la valeur morale de ce qu'on lui demande. C'était le cas dans le protocole mis en place, l'autorité scientifique étant largement reconnue dans notre culture occidentale. Mais dans la "vraie vie", c'était également le cas pour les tortionnaires de l'inquisition qui se savaient couverts par l'autorité du pape et croyaient travailler pour Dieu. C'est aussi le cas pour les terroristes islamistes qui pensent obéir aux paroles du prophète et œuvrer pour le bien d'Allah ? C'est le cas pour les terroristes palestiniens qui massacrent au nom d'Allah et de la libération  de leur peuple, c'est le cas pour l'armée israélienne au nom du droit de riposte et des "dommages collatéraux". C'était le cas pour l'armée américaine qui a employé la torture au nom de la lutte contre les terroristes.... Vieille et hypocrite rengaine : "si on te punit, c'est pour ton bien..."

Les personnalités sadiques et antisociales ne sont donc pas les seules concernées par ces actes de barbarie. On peut simplement remarquer qu'elles s'épanouissent dans ce genre de situation !

Faut-il être alors, irrémédiablement pessimiste ? Non ! Si notre nature humaine comporte des penchants à la violence et à la barbarie elle présente aussi des penchants pour la compassion, l'entraide, la solidarité. Ce que l'expérience de Milgram ne montre pas,  mais qui a été mis en évidence depuis, est que les tortionnaires n'obéissent aux donneurs d'ordres que s'ils se sentent proches psychologiquement d'eux (ce qui explique que les religions et les idéologies soient des enjeux majeurs pour les candidats dictateurs). Par contre si le sujet qui doit infliger la torture se sent psychologiquement proche de la victime (et encore plus s'il voit sa souffrance), il désobéit aux donneurs d'ordres. Cela concerne la grande majorité des gens à l'exception des personnalités sadiques avérées....or dans un groupe humain suffisamment important, armée, police, bande,...il en existe toujours quelques unes qui vont jouer un rôle d'entraînement sur les indécis, quand les circonstances s'y prêtent !

On ne peut donc se contenter de lutter contre la barbarie des autres, il faut aussi lutter contre la barbarie en soi. Cela suppose de développer partout les possibilités de culture et d'éducation, de mieux se connaître soi-même et de mieux connaître les autres et les autres cultures mais aussi de développer les valeurs qui sont les vrais contre-feux : la solidarité, la compassion, la justice, sans pour cela céder à la naïveté. Un programme pour lequel une vie ne suffit pas, mais auquel chacun peut, à sa manière, apporter sa contribution !....

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /Mars /2009 06:08

Si l'on regarde le contenu des programmes télé, on se rend compte que, surtout aux heures de grande écoute, un nombre impressionnant d'émissions ont trait à la violence : films policiers ou sur la justice (forme plus soft), espionnage, actes de guerre, horreur, gore, vengeances, énième émission sur les nazis, les camps, j'en passe et des pires... sans compter les innombrables émissions de sport, un succédané compétitif de la guerre qui emploie souvent le même vocabulaire (défense, attaque, domination, élimination, « on va les écraser », "les massacrer", «les fusiller à bout portant », etc...).

Certains se posent la question : est-ce la télé qui est la source de la violence dans nos sociétés ou, au contraire joue-t-elle un rôle de catharsis, d'exutoire ? La télé ou le cinéma ne sont évidemment pas les sources de la violence, mais ils peuvent contribuer à l'entretenir et même donner des idées à certains.

Le but de la télé n'est pas prioritairement l'éducation des gens mais l'audimat (plus il y a de spectateurs, plus on peut vendre, et vendre cher, de la pub !). La télé colle donc, au plus près, à la demande des téléspectateurs. Or la demande, c'est plutôt de l'émotion que de l'information, du suspense qu'un long fleuve tranquille....C'est pourquoi les violences faites aux personnes ou à des collectivités, l'injustice, les revendications, les manifestations de mauvaise humeur, la grogne, la détresse,...reviennent si souvent !

La télé fait son beurre des faits divers et souvent de faits divers violents...quand elle en manque, elle en fabrique sous forme de feuilletons, téléfilms, etc... De ce point de vue, le dernier film d'Adjani est éloquent. "La journée de la jupe" montre Adjani faisant rentrer la connaissance de MOLIERE dans la tête de ses élèves blacks et beurs, à coup de pistolet !... 

(Pour voir un extrait et une présentation succinte de "la journée de la jupe", cliquez sur le lien : http://www.europe1.fr/Decouverte/Talents-et-personnalite/Cinema/Adjani-dans-La-Journee-de-la-jupe-!/(gid)/200602# ; ou sur link ou copiez-le dans votre navigateur )

 

On peut se poser la question : Est-on obligatoirement condamné à la médiocrité quand on exploite des faits divers ? Victor Hugo avec son Jean Valjean dans "Les Misérables », Alexandre Dumas avec son vicomte de Bragelonne et bien d'autres...montrent que non ! La presse, les JT pourraient également partir de faits divers pour entraîner le lecteur ou l'auditeur vers une compréhension plus large. Certains journalistes le font ainsi que certains films et téléfilms. Cela demande du talent, du travail, de véritables enquêtes, du temps, du temps, donc de l'argent...Voilà pourquoi, plus le média est lourd (à mettre en œuvre, financièrement en particulier) et plus il nous entraîne vers le bas...C'est le propre de la lourdeur !

Rassurons-nous, les simples échanges entre personnes, la presse, les voyages, les blogs ont encore un bel avenir devant eux !

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Recommander

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Liens

Présentation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés