Jacques est amoureux de la mer et de la poèsieoude la poésieet de la mer. Entre deux sorties en mer, il rédige son blog avec assiduité depuis plusieurs années.
En réponse à ma chronique sur la visite au manoir de la Possonnière où est né RONSARD, il a publié un beau poème de ce poète. Je vous encourage à aller le voir en suivant ce lien : http://grapheus.hautetfort.com/archive/2008/10/19/index.html
Vous pourrez voir également sur son blog une chronique sur le Vendée globe avec de belles photos réalisées par Nicléane.
A proximité du manoir de la Possonnière où RONSARD est né, se trouve un petit village qui porte un nom curieux : Trôo !Ce nom désignerait peut-être les « trous » des abris et habitations troglodytiques qui percent de partout cette colline ?
Du sommet, la vue est superbe. Les champs, les bois, la rivière dessinent un paysage somptueux et plein de douceur.
On comprend que Ronsard ait chanté sa région natale :
Quand je suis vingt ou trente mois
Sans retourner en Vendômois,
Plein de pensées vagabondes,
Plein d'un remords et d'un souci,
Aux rochers je me plains ainsi,
Aux bois, aux antres et aux ondes.
Rochers, bien que soyez âgés
De trois mil ans, vous ne changez
Jamais ni d'état ni de forme ;
Mais toujours ma jeunesse fuit,
Et la vieillesse qui me suit,
De jeune en vieillard me transforme.
Bois, bien que perdiez tous les ans
En l'hiver vos cheveux plaisants,
L'an d'après qui se renouvelle,
Renouvelle aussi votre chef ;
Mais le mien ne peut derechef
R'avoir sa perruque nouvelle.
(...)
Si est-ce que je ne voudrois
Avoir été rocher ou bois
Pour avoir la peau plus épaisse,
Et vaincre le temps emplumé ;
Car ainsi dur je n'eusse aimé
Toi qui m'as fait vieillir, Maîtresse.
Le Loir-et-Cher et cette région du Vendômois en particulier, sont peu connus des touristes. Sous le soleil d'automne, c'est une superbe
destination !
Ronsard n'est pas un poète précieux, ou snob comme l'on dirait aujourd'hui. Il parle directement, franchement de ce qu'il aime : l'amour, et de ce qu'il
redoute : la mort ! Sous un air léger et un peu superficiel il cache une réflexion profonde sur la vie et sur le temps qui passe.
Il faut oser dépoussiérer les pages du Lagarde et Michard (le manuel de français du
lycée, dans les années soixante), pour comprendre qu'il garde une allure étonnamment moderne.
Il faudrait peu de choses pour le remettre au gout du jour. Les poètes de ce siècle
feraient bien de s'en inspirer au lieu de « s'alambiquer » l'esprit à la recherche de mots tordus ! Mais, ne soyons pas injuste, certains le font déjà...
Quand en songeant ma folâtre j'acolle
Quand en songeant ma folâtre j'acolle,
Laissant mes flancs sur les siens s'allonger,
Et que, d'un branle habilement léger,
En sa moitié ma moitié je recolle !
Amour, adonc si follement m'affole,
Qu'un tel abus je ne voudroi changer,
Non au butin d'un rivage étranger,
Non au sablon qui jaunoie en Pactole.
Mon dieu, quel heur, et quel consentement,
M'a fait sentir ce faux recollement,
Changeant ma vie en cent métamorphoses !
Combien de fois, doucement irrité,
Suis-je ore mort, ore ressuscité,
Entre cent lis et cent merveilles roses !
La façade nord du manoir est consacrée à un jardin qui célèbre, évidemment, les roses.
Ronsard, cet amoureux de la vie, cet épicurienassumé, vouait un véritable
culte aux roses.
Elles sont représentées
sur son blason et ornent son jardin. Leur beauté fragile le rendait plus sensible à la fuite du temps, à la grâce éphémère de la jeunesse, à la brièveté des passions,...
Verson ces roses pres ce vin
Verson ces roses pres ce vin,
De ce vin verson ces roses,
Et boyvon l'un à l'autre, afin
Qu'au coeur noz tristesses encloses
Prennent en boyvant quelque fin.
La belle Rose du Printemps
Aubert, admoneste les hommes
Passer joyeusement le temps,
Et pendant que jeunes nous sommes
Esbatre la fleur de noz ans.
Tout ainsi qu'elle défleurit
Fanie en une matinée,
Ainsi nostre âge se flestrit,
Làs ! et en moins d'une journée
Le printemps d'un homme perit.
La Rose est l'honneur d'un pourpris,
La Rose est des fleurs la plus belle,
Et dessus toutes a le pris :
C'est pour cela que je l'appelle
La violette de Cypris.
La Rose est le parfum des Dieux,
La Rose est l'honneur des pucelles,
Qui leur sein beaucoup aiment mieux
Enrichir de Roses nouvelles,
Que d'un or, tant soit precieux.
Est-il rien sans elle de beau ?
La Rose embellit toutes choses,
Venus de Roses a la peau,
Et l'Aurore a les doigts de Roses,
Et le front le Soleil nouveau.
Le village de Couture-sur-Loir où est né Ronsard est charmant. Le manoir des parents Ronsard est construit dans un style où s'expriment les premières
influences de la renaissance.
Mais
ce n'est pas le lieu où habitait la famille. A l'époque, le manoir n'abritait qu'une grande salle qui devait servir pour les réceptions ou les réunions. La famille résidait dans les logement
troglodytiques
creusés sous
la fôrêt de Gastines. Cette même forêt que chante le poète dans ses odes...
À la forêt de Gastine
Couché sous tes ombrages verts,
Gastine, je te chante
Autant que les Grecs, par leurs vers
La forêt d'Érymanthe :
Car, malin, celer je ne puis
À la race future
De combien obligé je suis
À ta belle verdure,
Toi qui, sous l'abri de tes bois,
Ravi d'esprit m'amuses ;
Toi qui fais qu'à toutes les fois
Me répondent les Muses ;
Toi par qui de l'importun soin
Tout franc je me délivre,
Lorsqu'en toi je me perds bien loin,
Parlant avec un livre.
Tes bocages soient toujours pleins
D'amoureuses brigades
De Satyres et de Sylvains,
La crainte des Naïades !
En toi habite désormais
Des Muses le collège,
Et ton bois ne sente jamais
La flamme sacrilège !
Ronsard, le poète de « mignonne allons voir si la rose... » , est né près de Tours, dans le manoir de la Possonnière, situé dans le
Vendômois (département actuel : le Loir-et-Cher). Il y est né le 11 septembre 1524. Il y a passé son enfance, jusqu'à l'âge de 12 ans.
Comme il est le cadet de sa famille, son père essaie d'assurer son avenir en le plaçant comme page auprès des fils de François premier. Il passe ensuite au
service de l'épouse du roi d'Ecosse. La filière ainsi choisie aurait dû, logiquement, le mener à une carrière de soldat ou de diplomate mais le jeune page fait des otites à répétition qui
déclenchent une surdité. L'armée perd une épée et la poésie gagne une plume ! Pour assurer sa subsistance il rentre alors dans les ordres. Le glaive ou le goupillon, à l'époque, la petite
noblesse a peu de choix pour réussir !
Il est introduit dans les milieux lettrés de l'époque par le secrétaire de l'évêque du Mans . Il suit les cours d'un helléniste prestigieux : Jean
DORAT. Avec d'autres élèves, en particulier Du Bellay (un presque voisin, né près d'Angers), il renouvelle la poésie française. Voici un premier poème. D'autres seront publiés dans les
jours à venir.
A Cupidon
Le jour pousse la nuit,
Et la nuit sombre
Pousse le jour qui luit
D'une obscure ombre.
L'Autonne suit l'Esté,
Et l'aspre rage
Des vents n'a point esté
Apres l'orage.
Mais la fièvre d'amours
Qui me tourmente,
Demeure en moy tousjours,
Et ne s'alente.
Helas, delivre moy
De ceste dure,
Qui plus rit, quand d'esmoy
Voit que j'endure.
Redonne la clarté
A mes tenebres,
Remets en liberté
Mes jours funebres.
Amour sois le support
De ma pensée,
Et guide à meilleur port
Ma nef cassée.
Alain LEBEAUa enseigné le français dans de nombreux pays du monde, en particulier en Afghanistan où son premier séjour date
de 1968. Il retourne dans ce dernier pays tous les ans, dans le cadre d'une ONG, pour former des enseignants Afghans. Il écrit depuis toujours, de courts récits, des poèmes en prose, de la "poésie
instantanée" comme il dit lui même, qui sont comme autant de fenêtres ouvertes sur la vie. De son voyage de 2006 il a rapporté un livret de textes poétiques : "ouvrez la cage aux perdrix" que vous pouvez trouver aux éditions du Petit Véhicule à NANTES
(http://www.petit-vehicule.asso.fr/). En voici un extrait :