« L’existence précède l’essence ». C’est une des phrases les plus célèbres de Sartre. Il veut dire par là que « rien n’est écrit » ni au ciel ni dans nos gènes. C’est une posture volontariste pour nous inciter à prendre notre sort en main ! C’est une pensée « existentielle » ou « existentialiste » (l’existence est opposée à l’essence, c'est à dire à une nature humaine figée) dans le sens où elle fait reposer le poids de ce qui nous arrive sur notre liberté, nos choix libres plutôt que sur un destin religieux, social ou génétique. Sartre a-t-il tort sur ce point comme il a eu tort sur beaucoup d’autres ?
- Pour beaucoup de religions notre destin est déjà écrit (« mektoub » comme disent les musulmans !...). Pour les catholiques le débat sur la prédestination a déjà fait rage à l’époque de Pascal et des jansénistes. Voltaire s’en moque dans ses contes, en particulier dans Candide.
- Pour Freud et les psychanalystes la part de liberté qui nous reste, notre « moi » conscient est bien mince ! Des forces instinctives, des complexes, des instances diverses grouillent en nous et décident à notre place ! Eros (la vie, l’amour) et Thanatos (la mort, la destruction) sont en lutte et il semble bien qu’entre 1914 et 1918 ce soit Thanatos qui l’ait emporté !... Mais ce que Freud affirme ne vaut-il pas surtout pour les personnes prisonnières de leurs névroses ou de leurs psychoses ?…
- La psychologie évolutionniste, non plus,n’apporte pas d’arguments confortant la position de Sartre. Pour elle, l’homme a une essence, la femme en a une également, sensiblement différente, un certains nombre de choix cruciaux de notre vie sont déjà fortement orientés, en particulier ceux concernant la sexualité et la survie, mais la psychologie évolutionniste ne nie pas qu’une certaine liberté existe en nous. Parmi les forces contradictoires qui nous agitent nous pouvons faire des choix, privilégier l’une au détriment de (ou des) autre(s), nous pouvons également inhiber nos pulsions (plus ou moins).
Avec la psychologie évolutionniste et la psychanalyse nous sommes apparemment bien loin de Sartre et de l’existentialisme. Cela est-il si vrai ? Je ne le crois pas, il me semble plutôt que Sartre voit le côté optimiste de la condition humaine : celui de la liberté et du choix. Freud en voit le côté plutôt pessimiste : les pulsions inconscientes qui agissent à notre place tout en nous donnant l’illusion du choix conscient. La Psychologie Evolutionniste met en avant les contraintes « instinctives » de notre nature ce qui ne l'empêche pas d'affirmer, comme Sartre, que des choix libres sont possibles. Mais ce ne sont pas des choix souverains, nous négocions avec nous-mêmes, au coup par coup, entre nos pulsions contradictoires, plutôt que de décider d’une manière impériale !...
Optimisme et pessimisme sont deux manières d’être… toujours la vieille histoire de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine ! Il faut des penseurs des deux bords. Que serait un monde où ne régneraient que les pessimistes ou que les optimistes ? Donc Sartre a bien joué un rôle utile et nécessaire, mais l’on a encore plus besoin de personnes qui cherchent objectivement à comprendre ce qu’il en est. Ces personnes n’atteignent pas, en général, la renommée de Sartre ou de Freud, on les appelle des chercheurs, des scientifiques, leur travail est ardu et rarement spectaculaire, difficilement compréhensible, ils ne font pas la une des médias, ils sont même souvent décriés. Pour moi, ils sont souvent les véritables héros des « temps modernes » !
NB : la revue « les temps modernes » a été créée par Sartre et Simone de Beauvoir, en 1945
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« Fallait-il avoir raison avec ARON ou tort avec
SARTRE ?» telle était la question que l’on se posait dans les années 70. Le philosophe et éditorialiste Raymond ARON que l’on voit brièvement dans la première partie du téléfilm de France 2, passée hier soir a eu, en effet, contrairement à Sartre, une vue claire des choses. On l’entend dire par exemple : « De Gaulle accordera l’indépendance aux Algériens,… c’est le seul qui peut le faire », pendant ce temps Sartre soutient les réseaux FLN en France… Par contre pourrait-on faire un téléfilm avec la vie de Raymond Aron ? Sûrement non, il est trop calme (apparemment), trop raisonnable, pas assez flamboyant… La vie de Sartre est plus « télégénique » : il est sûr de lui (même s’il se trompe à chaque fois), il aime bien manger, bien boire, il fume pipe et cigare, c’est un dragueur impénitent, il écrit des livres que personne ne comprend et qui lui ont permis d’obtenir un prix Nobel (qu’il refusera dans l’épisode diffusé ce soir). En somme il représente bien certains intellectuels français tels qu’on les imagine à l’étranger : pas sérieux, agaçant mais dont il faut tenir compte. Au moins a-t-il fait de la bonne philosophie ? J’avoue que les quelques pages que j’ai lues ne m’ont pas donné envie de persévérer dans la lecture. Son théâtre ne m’a pas enthousiasmé non plus ! Pour ceux qui veulent en savoir plus, Gloria Origgi publie sur son blog un excellent article d’un entretien sur Sartre, réalisé dernièrement au collège de France :
"Mon modèle, c'est moi-même ! Je suis mon meilleur modèle parce que je connais mes erreurs, mes qualités, mes victoires et mes défaites. Si je passe mon temps à prendre un autre modèle comme modèle, comment veux-tu que ce modèle puisse modeler dans la bonne ligne ?"
Hier, dans le cadre de l'université permanente Pascal Picq présentait ses hypothèses sur l'origine de l'homme : " Ce n'est pas la station debout qui a humanisé l'homme, son origine n'est pas forcément l'Afrique de l'Est." Il s'appuie pour affirmer cela, en particulier sur les découvertes de TOUMAI, réalisées au Tchad il y a deux ans. Pour Picq l'homme est bien un produit de l'évolution suivant les lois de la sélection naturelle et de la sélection sexuelle découverte par Darwin. Rappelons que ces lois sont niées par les créationnistes aux USA et encore plus par la religion musulmane (sans parler des islamistes). Pour ce qui est du pape, il veut bien admettre, du bout des lèvres que l'homme n'est pas apparu le sixième jour de la création et la femme d'une "côtelette" de l'homme mais il ne veut pas démordre que l'âme échappe aux lois de la nature et est insufflée directement par dieu. Devant ce front disparate de créationnistes, plus ou moins affirmés, de toutes les religions il est
réconfortant qu'un scientifique de talent nous rappelle quelques vérités élémentaires : rien de ce qui est naturel n'échappe aux lois de la nature. Il a fallu quatre siècles à l'église pour admettre, après avoir condamné Galilée, que la terre tourne autour du soleil ! Espérons qu'il en faudra moins aux églises se réclamant du christianisme et aux musulmans pour se rendre à cette autre évidence : l'homme, corps et âme est un produit de l'évolution comme les autres espèces ! Cela ne porterait pas plus atteinte à la croyance en dieu que la découverte de Galilée.
gènes) avec nous qu'avec les autres singes. Pascal Picq semble près à leur accorder des droits presque humains. Au vu de leur comportement, si proche du nôtre en de nombreux points, cela me semble plutôt juste. Quand à savoir s'ils ont une âme ?....
Je vous encourage à le lire si vous ne le connaissez pas. C’est un vrai chef-d’œuvre qui touche des mythes essentiels de notre époque : la place de l’intelligence dans nos sociétés, le rôle de la science, les rapports humains inégalitaires avec les personnes handicapées. Le livre est écrit à la première personne et les dix premières pages sont bourrées de « fote d’ortograf ». Au fur et à mesure de l’expérience, les fautes disparaissent et la lecture devient plus facile. Ce procédé génial nous décentre de notre propre façon de voir et nous place ainsi dans la peau d’une personne déficiente. On comprend mieux les difficultés de sa vie, les brimades volontaires et involontaires qu’elle subit, ce qui peut l’aider, ce qui peut lui nuire…
FG : L’homme est un animal social. Quand il ne rencontre personne, il ne peut pas devenir lui-même. Il suffoque dans la solitude, fut-ce la solitude à deux. P165