Lundi 20 mars 2006 1 20 /03 /Mars /2006 09:18

A 8 heures ce matin, 5°, ciel bleu, pas un souffle d’air, un peu de brume sur la mer qui n’empêche pas de voir le phare du pilier dans le lointain…Oui, le printemps est évident. Certains, comme RIMBAUD, le voit plutôt révolutionnaire et vengeur comme dans ce poème, où il glorifie le printemps de la commune de 1871 et fustige l’ordre établi.

 « Le printemps est évident, car

Du cœur des propriétés vertes,

Le vol de Thiers et de Picard

Tient ses splendeurs grandes ouvertes...

La grand'ville a le pavé chaud

Malgré vos douches de pétrole

Et décidément, il nous faut

Vous secouer dans votre rôle… »

 Pour en savoir plus sur ce poème, suivez le lien :

 http://rimbaudexplique.free.fr/poemes/chantdeguerre.html

 

 D’autres, comme Théophile GAUTIER, préfère contempler la beauté éternelle de la nature… à condition que les hommes ne l’abîment pas trop...déjà !

« Tandis qu’à leurs oeuvres perverses

Les hommes courent haletants,

Mars qui rie, malgré les averses,

Prépare en secret le printemps.

Pour les petites pâquerettes,

Sournoisement, lorsque tout dort,

Il repasse les collerettes

Et cisèle les boutons d’or… »

Théophile GAUTIER

http://www.takatrouver.net/poesie/index.php?id=318

Chacun voit le printemps à sa porte… Je crois que je vais sortir faire un tour et je vous invite à en faire autant !

 

Par alain barré - Publié dans : journal des bonnes nouvelles
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Samedi 18 mars 2006 6 18 /03 /Mars /2006 09:07

A quoi sert la poésie ?  Dans la tradition populaire, elle sert à mieux faire passer des idées et des sentiments en utilisant des procédés qui les mettent en valeur et facilitent leur mémorisation.

 Elle s’appuie sur le rythme, la rime et les effets de répétition. Ces procédés ont joué, pendant des siècles, le rôle de facilitateur pour retenir des textes, parfois très longs, à une époque où les livres n’existaient pas, ou la transmission était essentiellement orale. Ces effets de mémoire ont été amplifiés quand on a inventé l’alexandrin qui pouvait être coupé en deux parties égales, scandant la phrase d’une manière particulièrement efficace.

 La poésie de la rue cherche, elle aussi, l’efficacité : être percutant et mémorisé. On reprend donc les vieilles recettes : des rimes et du rythme : « Villepin t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! ». La pub, surtout avant le règne du tout image, a souvent utilisé les mêmes formules dans un souci d’efficacité.

 Le rap, poèsie de la rue, continue sur les même principes :  

 « On est les trouble-fête

qui n’en font qu’à leur tête

on joue avec vos allumettes »

MC Solaar y a ajouté une touche de réflexion :

 « J’ai vendu des merguez pour me faire du pèze
Pèze réinvesti dans des frites merguez
Si la vie est boucle, la boucle est bouclée
J’opte pour un style que personne n’a looké
Qu’est-ce qu’on en a à battre de l’audimat?
Dans le monde du rap, je suis le Claudimat
Je représente la rime hexagonale,
Populaire, littéraire pur scandale
J’aime leur style mais crée le mien
Et n’ai rien à voir avec le rap américain
Et si les rimes t’arrivent comme un calmant
C’est que la vie n’est qu’un moment
La vie n’est qu’un moment

  En somme la rue n’a pas vraiment écouté les conseils de VERLAINE qui souhaitait casser la raideur de la versification traditionnelle au profit d’un art plus subtil destiné à l’individu plutôt qu’à la foule.

De la musique avant toute chose

Et pour cela préfère l’Impair

Plus vague et plus soluble dans l’air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Prends l’éloquence et tords-lui son cou !

Tu feras bien, en train d’énergie,

De rendre un peu la Rime assagie.

Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

Ô qui dira les torts de la Rime !

Quel enfant sourd ou quel nègre fou

Nous a forgé ce bijou d’un sou

Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !

Que ton vers soit la chose envolée

Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée

Vers d’autres cieux à d’autres amours

Les poètes modernes l’ont écouté, parfois trop, au point de renoncer à la rime et parfois, également, au rythme. C’est presque le cas pour ce poème de René CHAR dont parle Jacques sur son blog (voir dans les liens le blog de Jacques)

   Puisqu'il faut renoncer
À ce qu'on ne peut retenir
Qui devient autre chose
Contre ou avec le cœur, —
L'oublier rondement

Puis battre les buissons
Pour chercher sans trouver
Ce qui doit nous guérir
De nos maux inconnus
Que nous portons partout.

 (Le deuil des Névons)

 Ainsi aujourd’hui des styles très opposés coexistent : la poésie littéraire, qui a perdu beaucoup de son importance par rapport au dix-neuvième siècle, et la poésie populaire, faite pour être entendue et retenue. Entre les deux, la publicité explore systématiquement les ressources de l’art poétique, en puisant dans la vaste réserve des figures de style. C’est parfois drôle, beau formellement, mais le contenu s’est évaporé ! Mais quand on veut s’adresser à M de Villepin, premier ministre et néanmoins poète distingué à ses heures, ce sont les bonnes vieilles recettes de la poésie populaire qui reprennent le dessus : « Villepin t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! »

Par alain barré - Publié dans : alain barré
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Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /Mars /2006 08:38

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?

Que ce soit aux rives prochaines.

Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,

Toujours divers, toujours nouveau.

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.

Jean de La Fontaine (1621 – 1695)

 Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? (2+4+6)

Que ce soit aux rives prochaines. (8) 

 Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau, (3+3+6)

Toujours divers, toujours nouveau. (4+4)

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. (6+6)

 La Fontaine fait partie de la grande famille des « versificateurs approximatifs ». Il avait trop de fantaisie et avait trop d’aptitude au bonheur, pour se casser la tête longtemps sur une rime ou faire subir la torture à un vers pour le faire rentrer dans les règles d’une stricte versification. Le résultat est souvent éblouissant. On lui a reproché d’avoir copié Esope. Souvent il est le meilleur, justement, quand il s’en éloigne. Il est sûrement plus attentif au rythme qu’à la rime. Il faut que celui-ci épouse sa pensée. Il a été l’exemple et l’inspirateur (rarement évoqué), en particulier pour la forme poétique utilisée, de nombreux poètes modernes

Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Lundi 13 mars 2006 1 13 /03 /Mars /2006 08:51

 

D’abord le pouvoir amuse

Il séduit, il méduse

Puis insidieusement s’installe

Une gêne diffuse

A laquelle il répond

Par des explications confuses

Et quand il sent qu’on le récuse

Il biaise, il ruse, il accuse…

Enfin, sans plus chercher d’excuses

Il fait tirer les arquebuses…

Heureusement rapidement

Le pouvoir s’effiloche, il s’use…

Et bientôt

Le voici remplacé par un autre pouvoir

Qui séduit, qui méduse

Puis insidieusement s’installe

Une gêne diffuse,

Etc.… etc.…

Par alain barré - Publié dans : Poèmes
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /Mars /2006 11:09

Pour moi ce n’est pas dieu qui est divin, c’est l’existence qui est divine. Si j’étais né il y a 5000 ans, j’aurais adoré les forces de la nature, le soleil, les astres, le vent puis des dieux multiples et, les millénaires passants, un dieu unique. Dire qu’un dieu a un plan (un dessein) pour nous, qu’il nous a envoyé son fils ou des prophètes pour nous en parler cela me semble humain, trop humain, une belle fable, une parabole…Ce qui est certain c’est que l’univers existe et que l’homme en fait partie, comme une expression de la vie parmi d’autres. Il n’est pas le but de la vie sur terre qui, elle-même, n’est pas le centre du système solaire, qui lui-même n’est pas le centre de notre galaxie, qui elle-même n’est pas le centre de l’univers…

Mais l’univers n’est pas sans règles. L’observation, la réflexion, la recherche, les sciences nous permettent d’en comprendre quelques unes. Voici un exemple d'une belle découverte scientifique : quatre forces, pas une de plus, partout et toujours (depuis le bigbang) organisent l’univers :

-         La force nucléaire qui soude les noyaux atomiques

-         La force électromagnétique qui assure la cohésion des atomes

-         La force de gravité qui organise les mouvements des corps célestes

-         La force dite «  faible » qui intervient au niveau des neutrinos

(Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet, sans trop vous prendre la tête, vous pouvez lire « la plus belle histoire du monde » de REEVES, DE ROSNAY, COPPENS, SIMONET aux éditions du seuil et, également maintenant, en collection de poche).

Pour ce qui est du monde du vivant, la théorie de l’évolution accumule les éléments sur les étapes de notre histoire et, pour notre monde intérieur, les neurosciences et la psychologie mais également la philosophie, la littérature et les autres arts nous ouvrent des perspectives passionnantes.

Les religions ne me paraissent pas inutiles mais elles apportent des réponses en décalage par rapport aux besoins de notre époque. C’est particulièrement flagrant pour la religion musulmane.

Pourquoi utiliser la fable du péché originel plutôt que de dire que l’évolution n’a pas fait de nous des anges mais nous a doté d’une forte dose d’agressivité qu’il nous faut sans cesse essayer d’apprivoiser, à « la sueur de notre front » ! Pourquoi utiliser la fable de l’âme immortelle ou de la réincarnation alors que nous savons que nos atomes ne se perdent pas mais se transforment et, surtout, que nos gènes nous accordent une certaine immortalité en se transmettant, au travers de nous, de génération en génération. Sachant que tous les gènes n’accèdent pas à « la vie éternelle », seuls, les « bons » se transmettent ; il y a également un « enfer » pour les gènes (pour en savoir plus sur ce sujet on peut lire le remarquable petit livre de Richard DAWKINS : «  qu’est-ce que l’évolution ? le fleuve de la Vie », édition Hachette, pluriels).

On pourrait ainsi multiplier les exemples. A la question ultime « pourquoi il y a t’il quelque chose plutôt que rien ? », les religions répondent par une pirouette, en sortant un lapin du chapeau, une ribambelle de dieux de toutes sortes, puis quelques uns et enfin, un dieu unique, un big boss. C’est une réponse typiquement anthropomorphique et qui permet à certains de s’arroger le pouvoir, éminemment terrestre, de parler en son nom.(«  S’il y a un univers, c’est que quelqu’un l’a créé ! Oui mais qui a créé ce » quelqu’un ? »)

 On ne peut que constater l’existence : « il y a quelque chose plutôt que rien » ; nous en faisons partie et nous pouvons essayer d’en comprendre les lois.

Mais alors on s’expose à vivre sans morale ! La morale et la religion sont sans doute apparues en même temps au cours de l’évolution et ce n’est pas la morale qui a besoin de la religion, c’est la religion qui a besoin de la morale. Alors que la morale semble jouir d’une certaine indépendance par rapport aux pouvoirs, les religions leurs sont intimement associées -pour le meilleur mais aussi pour le pire- au point que le roi, le pharaon, l’imperator sont également des chefs religieux !!!

C’est pourquoi je n’ai pas besoin de l’hypothèse d’un dieu créateur qui aurait un dessein sur nous. Je crois seulement que l’existence est « divine » et c’est une extraordinaire aventure d’essayer d’en comprendre les règles. Cette position peut paraître inconfortable. Elle ne l’est pas plus que celle de mes amis croyants avec lesquels je me retrouve en accord sur de nombreuses positions morales.

Nous aurons fait un grand pas pour la tolérance mutuelle quand une chorale pourra chanter aussi bien dans une mosquée, que dans une synagogue ou dans une église, la chanson de SOUCHON « Et si en plus y’a personne » !

« Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Tant de processions, tant de têtes inclinées
Tant de capuchons tant de peur souhaitées
Tant de démagogues de Temples de Synagogues
Tant de mains pressées, de prières empressées

Tant d'angélus qui résonne, et si en plus  y'a personne

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Il y a tant de torpeurs
De musiques antalgiques
Tant d'anti-douleurs dans ces jolis cantiques
Il y a tant de questions et tant de mystères
Tant de compassions et tant de revolvers

Tant d'angélus qui résonne, et si en plus  y'a personne

Arour hachem, Inch Allah
Are Krishhna, Alléluia

Abderhamane, Martin, David
Et si le ciel était vide
Si toutes les balles traçantes
Toutes les armes de poing
Toutes les femmes ignorantes
Ces enfants orphelins
Si ces vies qui chavirent
Ces yeux mouillés
Ce n'était que le vieux plaisir
De zigouiller

Et l'angélus qui résonne, et si en plus y'a personne »

Par alain barré - Publié dans : alain barré
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Jeudi 9 mars 2006 4 09 /03 /Mars /2006 11:14

La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours puisque je le dis

Puisque je l’affirme

Au bout du chagrin une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille

Désir à combler faim à satisfaire

Un cœur généreux

Une main tendue une main ouverte

Des yeux attentifs

Une vie à se partager.

 Paul Eluard, fait, dans ce magnifique poème, œuvre de « versificateur approximatif ». Il privilégie le sens par rapport à la versification. Pourtant l’on n’est pas dans la prose. On sent un rythme subtil qui porte la pensée, avec légèreté sur des vers à 5 pieds. Une cadence trop marquée (sur des vers à 6 pieds, alexandrins et demi alexandrins par exemple) aurait corseté son propos et l’aurait rendu trop pesant. Il nous parle sur un ton naturel et persuasif dont la force d’envoûtement est décuplée par le style poétique choisi (l’effet hypnotique est également accru par la forme d’insistance « puisque je le dis, puisque je l’affirme » et les nombreuses répétitions : il y a…il y a ; puisque…puisque ; fenêtre…fenêtre ; main…main). Le vers final à 8 pieds, ferme le poème, en interrompant le balancement rythmique et en autorisant l’insistance sur les 2 mots clés « vie » et « partager ».

 La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours (5) puisque je le dis (5)

Puisque je l’affirme (5)

Au bout du chagrin (5)  une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée (7)

Il y a toujours (5)   un rêve qui veille (5)

Désir à combler (5) faim à satisfaire (5)

Un cœur généreux (5)

Une main tendue (5)  une main ouverte (5)

Des yeux attentifs (5)

Une vie à se partager. (3+5)

Bravo et merci monsieur ELUARD. C’est beau de savoir insuffler l’espoir et la fraternité de cette façon !

Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /Mars /2006 00:30

Michel Onfray, aujourd’hui philosophe à temps complet, auteurs de nombreux et excellents ouvrages dont un retentissant « traité d’athéologie », a été prof dans un lycée technique pendant plusieurs années. Il a essayé de faire comprendre l’intérêt de l’art moderne à ses élèves. On en trouve un bon exemple dans un ouvrage qui leur est destiné : «Antimanuel de philosophie» (éditions Bréal, 2001). Il y parle (entre autres choses) de l’art conceptuel initié par Marcel DUCHAMP en 1917, avec son célèbre urinoir. « N’importe quel objet peut devenir un objet d’art puisque c’est l’idée qui le sous-tend qui compte et la réaction du public ». Pour la petite histoire, vous pourrez lire sur le site de radio-canada ce qu’il advint, en 1993, à cette divine œuvre d’art, estimée 3 millions d’euros (il y a des plombiers qui doivent regretter de ne pas s’appeler DUCHAMP Marcel) : un visiteur du musée a pissé dedans. « J’voul’dit, madame Bouzigue, y’en a qui respecte rien !) Incontinent l’incontinent a été déféré au parquet ! bien mérité, na !

http://radio-canada.ca/arts-spectacles/PlusArts/2006/01/06/001-fontaine.asp

 

 Je pense cependant, bien que l’on puisse s’en moquer, que l’on peut reconnaître une certaine validité à cette démarche qui consiste à prendre à contre-pied le spectateur de l’art, surtout dans ce lieu sacralisé qu’est un musée. Robert TATIN (http://www.musee-robert-tatin.org ) me disait quelque chose d’assez semblable, avec des mots bien à lui, dans les années soixante. « Tu comprends, me disait-il, on a souvent des peaux de saucisson sur les yeux et le rôle des artistes c’est d’essayer de les enlever ». La métaphore était audacieuse mais assez juste, d’autant plus qu’elle ramenait la beauté, avec humour et une certaine dérision, à quelque chose de sensoriel.

Cependant sous prétexte d’enlever « les peaux de saucisson » certains n’ont plus eu qu’une seule idée en tête (c’est devenu quasiment un réflexe conditionné) trouver de l’inédit et vouloir choquer à tout prix. Excusez-moi, conceptualistes, néo conceptualistes, déconstructivistes et postmodernistes de tout poils mais on ne fait pas une œuvre d’art seulement en montrant son cul !

Hélas, il faut le reconnaître , l’art moderne, y compris dans ses meilleures réussites, est souvent plus intellectuel que sensuel. C'est-à-dire qu’il s’adresse plutôt à la raison, à la pensée discursive, même si c’est pour la prendre à contre-pied, qu’aux sens. Il y a de belles trouvailles (et nous en reparlerons si cela vous intéresse) mais le tas de déchets est énorme et j’ai envie de dire, après la visite de certains musées : « ça suffit, on a compris, c’est pas parce que c’est môche que c’est beau ! »

 

Alors, allons-nous oser poser la question qui fâche et qui hérisse le poil de tant d’artistes depuis près d’un siècle : la beauté existe-t-elle en soi ?  Pour cette forme d’art  qui cherche à raconter une histoire en image ou sculpture, à démontrer plutôt qu’à montrer, à mettre en avant les discours et la rhétorique, la réponse est Non !

Par contre, si l’on se place sur le plan des sensations et non plus des discours : de la vision, de l’audition, de la kinesthésie (pour la danse) par exemple,…la réponse me paraît être positive. Je pense qu’il existe des « canons » de beauté (terme que l’on peut prendre, à peu près dans la même acception, que lorsqu’il est utilisé par des jeunes qui s’exclament, en regardant une demoiselle : « elle est canon cette fille-là ! ») Ces canons correspondent à des règles largement partagées dans toutes les cultures. Par exemple, le nombre d’or pour l’architecture, la règle du tiers pour la photographie, la règle de symétrie pour les parties du corps, la règle des contrastes en peinture (« pour faire du clair, peint du sombre et pour faire du sombre peint du clair ») etc.…il en existe un certain nombre dont il est difficile de se passer quand on veut faire une œuvre artistique qui s’adresse plutôt aux sens qu’à la raison. Ces règles correspondent sûrement à des invariants  sélectionnés par l’évolution, au cours du développement de l’espèce humaine (ce qui expliquerait que les peintures de Lascaux ou de la grotte Chauvet déclenchent, en nous, toujours autant d’émotions aujourd’hui). Cela ne signifie pas qu’une sculpture d’un beau visage de la Grèce classique, par exemple, s’impose comme un modèle universel, mais que les règles de proportions et de symétries qui ont présidées à son élaboration sont universelles. On les retrouve effectivement dans des statues africaines, des bouddhas anciens, des statues khmères ou japonaises. Toutefois ceci n’est vrai que s’il s’agit d’un art qui vise plutôt le monde des sensations que celui des idées.

Cette forme d’art, plutôt sensuelle (on peut même dire consensuelle) qu’intellectuelle, est en danger, elle est comme une espèce en voie de disparition. Sur 14 galeries de photos visitées à München, il y a quelques semaines, j’ai vu beaucoup de prouesses techniques qui ne mettaient en scène que du vide, qui n’exprimaient que le néant. A ce qu’il paraît, c’est ce qui se vend bien pour décorer les halls des grandes sociétés : assurances et autres boutiques chics (3000 euros pour des photos de vieilles affiches déchirées où l’on voit apparaître la tête de De Villiers par exemple…mais si, mais si !…).

C’est le nouveau conformisme, le nouvel art pompier (voyez qui achète !) Il est temps qu’une nouvelle révolution esthétique, une révolution sensorielle nous remette sur nos pieds si l’on ne veut plus avoir à mettre en prison quelqu’un au motif, extraordinairement dérangeant, qu’il a pissé…dans un urinoir !

Par alain barré - Publié dans : alain barré
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Mardi 7 mars 2006 2 07 /03 /Mars /2006 06:59

L’un de mes arrière grands-pères était républicain. Républicain dans un petit village de Vendée où l’on appelait encore le nobliau du pays « not maître » et où les « pères missionnaires » venaient réévangéliser les campagnes, promettant les flammes de l’enfer à quiconque aurait eu des mauvaises pensées républicaines. Ce n’était pas une position facile à tenir ! Les femmes étaient voilées (sur la tête), - tiens, cela nous rappelle quelque chose – et les messieurs avaient un seul costume, noir, avec parfois des rayures grises sur le pantalon, et une chemise blanche à faux col. Tout le monde allait à l’église, comme un seul homme… Euh !... j’ai dit « comme un seul homme ! », excusez-moi, il y avait bien les hommes et les femmes, mais chacun de son côté. Les femmes étaient dans la rangée de gauche (c’était comme cela dans mon église de village, peut-être était-ce dans la rangée de droite ailleurs ?) et les hommes, assis sur les bancs de droite. Il ne serait jamais venu à l’idée de quelqu’un de changer cet ordre immuable. Sans doute Dieu et sa grande Clémence (pendant longtemps j’ai cru que c’était une femme) en avait-il décidé ainsi lorsqu’il avait créé, le ciel, la terre, les nuages et l’homme (pour créer la femme cela avait été plus facile, il avait suffit de prendre une côtelette au premier ! )

Je dois dire cependant, pour être plus précis, que certains hommes ne se rangeaient ni à droite, ni à gauche, ils restaient au fond, près de la porte d’entrée (sortie) ce qui leur permettait de faire quelques va-et-vient entre l’église et les pissotières, l’église et le bistrot tout en donnant l’illusion d’avoir assisté à la messe obligatoire.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des villages de la Vendée profonde, quand des élections s’annoncèrent. C’était autour de années 1905, période épique s’il en fut.

Le curé monte en chair et commence un discours bien réactionnaire pour inciter ses ouailles à « bien voter ». Mon arrière grand-père alors se lève, brise sa canne sur son genou, dans un geste théâtral, la jette au milieu de l’allée et s’exclame : « Monsieur le curé, on ne fait pas de politique à l’église ! ». Puis il s’en va dignement, raide comme la justice, en claquant la porte. Ses nombreuses filles, présentes à l’office en sont restées toutes rouges de honte pendant longtemps…Je suis fier de lui aujourd’hui.

Mes amis musulmans, si l’imam de votre mosquée dérape et se met à parler politique, ne vous laissez pas manipuler ? Faites comme mon grand-père, levez-vous, dites « NON » et sortez !

Par alain barré - Publié dans : alain barré
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