Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...

Mercredi 20 décembre 2006 3 20 /12 /Déc /2006 05:25

Le décès d’un ami me fait penser à ce beau poème de René-Guy CADOU. Il l’a écrit en 1951, l’année de sa mort dans le recueil  « Que la lumière soit »  

 

Seigneur ! me voici peut-être à la veille de te rencontrer !

Il fera nuit ! je serai là debout à la barrière du pré

Tu sais ! comme dans ce tableau de Gauguin où apparaît le peintre

En gros sabots avec sa pèlerine de croquant que les pluies d’automne ont déteinte

Je t’attendrai toi ou ton Ange ou quelqu’un de ton cérémonial

Entre les quatre planches du ciel pareilles à un confessionnal

Ô toi qui viens sur le chemin pour me parler et me confondre

 

Voici que le boîtier de ma vie s’ouvre sur les rouages de la honte

 

Et que tout mon passé dégringole soudain pauvre mur de bibliothèque

 

Livrant ses pages non coupées et nombres de dessins obscènes

 

Plus besoin de dissimuler ô mon Dieu ! plus besoin

 

De se donner des gants trop grands et le tintouin

 

De ressembler à travers soi à quelqu’un d’autre

 

Puisque ta main de sang me soupèse les côtes !

 

René-Guy CADOU

Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Mercredi 29 novembre 2006 3 29 /11 /Nov /2006 05:45

Claude Barré m'envoie ce beau poème :

Bulles de temps...

Je vous dirai ces haltes

ou ces bulles d’espace volé

en pleine effervescence,

où surgit une image, un visage… Un fil d’évanescence

dans le flux de nos vies.

 

 

Je vous dirai ces temps

 

où flâner est remède

dans nos courses quotidiennes,

où le temps d’une rencontre, d’un baiser,

un fil de tendre amitié,

pour reposer nos jours en ’i’.

Je placerai Dimanche

En grande pancarte au sommet d’un long manche

En bannière du temps

Où fleurit la famille, le moi, le toi,

Un espace à composer le temps

Où l’amour se love et recale nos pas.

Je viendrai et vous dirai ces bulles, éphémérides d’agenda

peuplant nos incessants tracas pour tenter d’écouter, de s’arrêter

et surfer sur cet immense vide

de ces bulles pleines…..de nous.

Claude Barré,

 

 22 mai 2006

Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /Nov /2006 06:20

On ne peut pas dire que Cabrel, le beau romantique à la voix rocailleuse de la chanson française soit habituellement gai, mais quand arrive l’automne cela s’aggrave encore… et cela nous vaut l’une des plus belles chansons nostalgiques de la langue française : « Hors saison ». Paroles et musiques, orchestration sont superbes et le clip vidéo est sublime. Le clip est tourné dans des couleurs un peu éteintes, délavées et glacées. On peut le voir dans l’album DVD « Hors saison »

 

C'est le silence
Qui se remarque le plus
Les volets roulants tous descendus
De l'herbe ancienne
Dans les bacs à fleurs
Sur les balcons
On doit être hors-saison

La mer quand même
Dans ses rouleaux continue
Son même thème
Sa chanson vide et têtue
Pour quelques ombres perdues
Sous des capuchons
On doit être hors-saison

Le vent transperce
Ces trop longues avenues
Quelqu'un cherche une adresse inconnue
Et le courrier déborde
Au seuil des pavillons
On doit être hors-saison

Une ville se fâne
Dans les brouillards salés
La colère océane est trop près
Les tourments la condamnent
Aux écrans de fumée
Personne ne s'éloigne du quai

On pourrait tout prendre
Les murs, les jardins, les rues
On pourrait mettre
Aux boîtes aux lettres nos prénoms dessus
Ou bien peut-être un jour
Les gens reviendront
On doit être hors-saison

La mer quand même
Dans ses rouleaux continue
Son même thème
Sa chanson vide "où es-tu ?"
Tout mon courrier déborde
Au seuil de ton pavillon
On doit être hors-saison...

Une ville se fâne
Dans les brouillards salés
La colère océane est trop près

Les tourments la condamnent
Aux écrans de fumée
Personne ne s'éloigne du quai

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Samedi 28 octobre 2006 6 28 /10 /Oct /2006 08:51

Au lieu de dire « Tu occupes toutes mes pensées ou tu remplis mes rêves », Paul Eluard, ce grand poète mort en 1952, écrit dans  « L’amoureuse » : « Elle est debout sur mes paupières… » et cela change tout ! Cette image, même les enfants la comprennent ainsi que ceux qui ont gardé leur âme d’enfant. Eluard a supprimé l’élément de comparaison « comme ». Il le sous-entend, et cela rend la présence encore plus forte. La présence de « l’amoureuse » n’est pas comme une pensée que l’on contrôle mais comme une réalité qui s’impose, une obsession, une ritournelle dont on ne peut se défaire,…

 

Que dit le poète ? Tu es toujours là, je ne peux détourner le regard, tu occupes tout l’espace de ma vision et de mes rêves, qu’ils se déroulent les yeux fermés ou les yeux ouverts… « Tu es toujours debout sur mes paupières !... » Magie des mots quand il sont choisis par un grand poète !

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

                              Elle a toujours les yeux ouverts

                              Et ne me laisse pas dormir.

                              Ses rêves en pleine lumière

                              Font s'évaporer les soleils

                              Me font rire, pleurer et rire,

                              Parler sans avoir rien à dire.

 

 

 

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Mercredi 13 septembre 2006 3 13 /09 /Sep /2006 06:14

Francis BLANCHE n’est pas que le notaire rondouillard des « tontons flingueurs » (maître Folace), il a écrit des poèmes (« Mon oursin et moi » http://www.evene.fr/livres/livre/francis-blanche-mon-oursin-17531.php ) et des textes de chansons, entre autres  pour Trenet et Dalida. C’est ainsi que l’un des plus grands succès de Dalida, l’histoire d’un amour, a été écrit par Francis Blanche. Cette chanson a été fredonnée par des millions de personnes et reprises dans le films de Balasko : « gazon maudit » paru en août 2000. Pour moi c’est de la belle et grande poésie qui, sans avoir l’air d’y toucher, avec des mots simples, parle de choses profondes, qui peuvent concerner chacun et « qui ne finiront jamais ».

 

Salut l’artiste !

 Dalida, L'histoire d'un amour, Paroles et Musique : C.Almaran, F.Blanche 1957

Mon histoire, c'est l'histoire d'un amour
Ma complainte, c'est la plainte de deux cœurs
Un roman comme tant d'autres
Qui pourrait être le votre
Gens d'ici ou bien d'ailleurs

C'est la flamme qui enflamme sans brûler
C'est le rêve que l'on rêve sans dormir
Comme un arbre qui se dresse
Plein de force et de tendresse
Vers le jour qui va venir

Refrain :
C'est l'histoire d'un amour, éternel et banal
Qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal
Avec l'heure où l'on s'enlace, celle où l'on se dit adieu
Avec les soirées d'angoisse et les matins merveilleux

Mon histoire c'est l'histoire qu'on connaît
Ceux qui s'aiment jouent la même je le sais
Et tragique ou bien profonde
C'est la seule chanson du monde
Qui ne finira jamais.

C'est l'histoire d'un amour
Qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal
Avec l'heure où l'on s'enlace celle où l'on se dit adieux
Avec des soirées d'angoisse et les matins merveilleux

Mon histoire, c'est l'histoire qu'on connaît
Ceux qui s'aiment jouent la même je le sais

Mais naïve ou bien profonde
C'est la seule chanson du monde
Qui ne finira jamais

Des références : 

Pour le film Gazon maudit : http://www.pixmania.com/dvd-gazon-maudit/frfr118402_dvdart.html#

Pour le site officiel de DALIDA : http://www.dalida.com/fr.htm

Quelques citations de Francis BLANCHE :

- La télévision est une chose formidable. Quand on ferme les yeux, on croit entendre la radio! 

- Plus je connais les hommes, plus j'aime les femmes.

- Rien n'est plus agaçant que de ne pas se rappeler ce dont on ne parvient pas à se souvenir et rien n'est plus énervant que de se souvenir ce qu'on voudrait parvenir à oublier.

- S'ennuyer veut dire: ennuyer les autres...

Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Mardi 12 septembre 2006 2 12 /09 /Sep /2006 06:15

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »

Lamartine, ce grand poète que l’on s’empresse d’oublier une fois sorti de l’école, nous parle à sa façon romantique, de la puissance de l’amour. Dans ce poème, tiré des « méditations poétiques » (publiées en 1820), il l’évoque par ce qui l’interrompt provisoirement ou définitivement : la séparation. Il sait décrire les tourments de l’âme qui sait qu’elle va se retrouver esseulée, séparée de cette autre « moitié » qui lui permettait d’atteindre une plénitude parfaite. Les mots qu’il emploie ont gardé toute leur puissance d’évocation.

Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
            Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
            Des plus beaux de nos jours !

(…)

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
            Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ; et l'aurore
            Va dissiper la nuit.

Il y a du Shakespeare dans cette façon de dire (on retrouve la même idée dans Roméo et Juliette). Les mots eux-mêmes n’ont rien de recherché, c’est la perfection de la forme qui procure cette impression de justesse. L’alternance de vers de 12 pieds et de six pieds rompt la monotonie que risqueraient d’engendrer une succession stricte d’alexandrins. Les vers de 6 pieds ne contiennent qu’une seule idée-force très concise et incisive : « suspendez votre cours », « le temps m’échappe et fuit ». Cette métrique particulière la met en valeur. La simplicité n’est qu’apparente, il suffirait de changer un mot pour que ce bel équilibre soit rompu ! En quelques vers fluides Lamartine a tout est dit et l’émotion est toujours là aujourd'hui, extraordinairement présente.

Il ne reste plus au poète pour calmer cette douleur de l’absence qu’à la diluer dans l’immense Nature. Nous ne sommes pas des exceptions sur terre, nous faisons partie d’un Tout qui a ses propres lois. C’est en se réintégrant dans cet univers que l’on retrouve la paix et une certaine sérénité. L’amour est un élément de la nature, la présence, l’absence en sont des composants obligés.  Ni peine ni regret, tout simplement quand l’amour est là, il ne faut pas hésiter, il faut en jouir.

« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
            Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
            Il coule, et nous passons ! »

 Une fois débarrassée des oripeaux de la mélancolie romantique et des concessions parfois grandiloquentes au ton de l’époque, c’est une philosophie étonnamment moderne que celle de Lamartine. Elle rejoint celle d’un certain nombre de philosophes qui, comme Onfray, Comte-sponville, redécouvrent et nous font redécouvrir l’épicurisme aujourd’hui.

Comte-sponville : http://perso.orange.fr/erato/horspress/comte.htm

Michel Onfray : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray

 

 

 

 

 

 

Lamartine : http://www.poetes.com/lamartine/index.php 

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Lundi 11 septembre 2006 1 11 /09 /Sep /2006 08:49

Après une courte vie familiale, période pendant laquelle il a des responsabilités à la cour de l’empereur, Han Shan s’installe, au 8ème siècle, sur une chaîne de montagne au sud de la baie de Hang Chow, à la pointe est de la Chine, proche des côtes de la mer de Chine. Il y vit en harmonie avec la nature, dépourvu de tout… sauf de l’essentiel : le ciel au-dessus de sa tête, les nuages et les montagnes alentour. Ouvert à toute rencontre et percevant la petite lueur de la joie jusque dans les pires malheurs et ressentant l’aiguillon de la peine dans les plus grandes joies : une peu de yin dans le yang, un peu de yang dans le yin… ainsi va Han Shan. Ses écrits, douze siècles après, sont parvenus jusqu’à nous… Voici deux de ses poèmes :

 Le premier, plein d’ironie, vaut autant pour les cadres surmenés d’aujourd’hui que pour ceux de l’ancien Empire du Milieu. Il leur rappelle qu’ils n’ont qu’une vie et que la réussite sociale, professionnelle n’est pas le seul but que l’on peut se fixer…

« Je vois les hommes de ce monde

Chacun lutte contre l’autre,

Puis un jour soudain il meurt

Alors, juste un lopin de terre,

Quatre pieds de large

Sur douze pieds de long !

Si jamais vous parvenez à en sortir

Pour venir lutter à nouveau,

C’est promis,

Pour vous j’édifierai une statue ! »

 

Un autre, où il nous propose un art de vivre : Ne pas refuser la difficulté mais savoir s’en accommoder, négocier entre nos désirs, notre volonté et la dure réalité. Tout l’art du Zen est là…

"J'avais envie d'aller sur les falaises de l'est
Depuis combien d'années j'ai oublié.
Hier j'ai décidé d'y grimper en m'agrippant aux lianes
A mi-chemin la bise et le brouillard me bloquent
Le sentier est étroit, mon vêtement s'accroche, difficile de continuer
Dans la mousse spongieuse la chaussure n'avance pas
Je m'arrête alors sous un cannelier rouge
Posant la tête sur un nuage blanc, je m'endors !"

Reviens Han Shan, nous manquons d’hommes et de femmes comme toi !...

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Samedi 10 juin 2006 6 10 /06 /Juin /2006 10:20

Le tigre qui mourait d’une blessure au ventre (6+6)

Songeait en regardant les mouches s’acharner (6+6)

Sur sa méchante plaie : (6)

« Elle avait bien raison, ma mère, de me dire (6+6)

Que nous sommes trop bons, nous autres pauvres tigres. (6+6)

A part nous, dans ces bois, (3+3)

Tout est férocité. » (6)

Alexandrins, demi alexandrins, les vers se suivent et avancent au pas cadencé, comme une troupe bien entraînée, comme si GUILLEVIC voulait nous faire croire qu’il s’agit d’une poésie sérieuse, d’une épopée, un peu pompeuse. Alors qu’en réalité il met en scène une petite fable, pleine de fantaisie et de fraîcheur. Ce contraste inattendu entre la forme et le fond lui permet, mieux qu’un long discours, de nous faire sentir la nature et les contradictions de l’agressivité. Souvent les poètes ont une idée plus claire que les philosophes sur ce terrible sujet !  Pour renforcer l’aspect un peu solennel de la forme de son poème, GUILLEVIC utilise le procédé, éminemment classique, de l’inversion, ce qui n’est pas fréquent dans ses textes. Elle avait bien raison, ma mère, de me dire, au lieu de « elle avait bien raison de me dire, ma mère » forme qui correspondrait plus au langage parlé et qui « aplatirait » le vers. Idem pour l’inversion « dans ces bois ».

Et pour illustrer ce poème de Guillevic, un autre animal féroce de nos jardins :

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