Récits

Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /Mars /2008 06:51
_mar-enoire02.jpg
Une "mini " marée noire en provenance du terminal de Donges s'est déclenchée lundi... "mini" est un terme relatif. Dans le cas présent, il signifie : quelques centaines de tonnes....Rien à voir avec l'Erika, mais une sacrée bousée tout de même  !!! 
Paimboeuf  (à une dizaine de Km en amont de St-Nazaire) est touchée,  Le Carnet également et , du fait des marées,  la pollution pourrait encore remonter vers des sites sensibles pour l'écosystème. C'est donc sur cette  zone polluée  haute que ce sont concentrés les intervenants (pas de bénévoles, que des professionnels cette fois-ci).

En aval, la  marée est  déjà arrivée  à St-nazaire, comme le montre cette photo. _mar-enoire01.jpg
Elle risque de descendre et d'essaimer sur  les côtes en direction du sud, vers St-Brévin et vers le nord,  vers le Pouliguen.  St-Brévin est déjà un peu touché mais, si l'intervention est suffisamment rapide , les dégâts devraient  pouvoir être limité ....Peut-être ?...
Par alain barré - Publié dans : Récits
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Mardi 5 février 2008 2 05 /02 /Fév /2008 06:35

En 1942 la marine anglaise était décimée par les sous-marins allemands et par un redoutable cuirassé : le Von Tirpitz. Celui-ci ne pouvait être réparé que dans la forme écluse Joubert du port de St-Nazaire (Elle avait servi pour le Normandie). La RAF avait, en vain, essayé de bombarder le port. Il ne restait plus qu’une solution, extraordinairement risquée puisqu’il fallait se jeter dans la gueule du loup : attaquer par la mer ! C’est ce que tente de faire un commando anglais de 611 soldats. Leur objectif principal consiste à amener dans le port un vieux destroyer bourré d’explosifs, au nez et à la barbe des allemands, et à le jeter sur la porte de l’écluse ! parallèlement 24 objectifs sont visés : faire sauter 4 ponts, 6 installations techniques et six positions d’artillerie.

L’opération principale est menée à bien, le destroyer s’encastre sur la porte de la forme. forme-joubert.jpg

(Le Campbeltown vient de percuter la porte de la forme écluse Joubert. Dans quelques heures il va exploser, tuant une centaine de personnes et achevant la destruction de la forme)

 Les commandos remplissent leurs autres missions avec plus ou moins de succès. Leurs embarcations pour le retour sont endommagées ou inaccessibles et ils tentent de s’échapper par la terre. 169 d’entre eux sont tués et 200 sont capturés. forme-joubert02.jpg

L’attaque de la forme Joubert avait été prévue en deux temps et, une dizaine d’heures après l’échouage, une charge de 4,5 Tonnes de dynamite cachée dans le bateau explose, rendant inutilisable la forme pour plus d’une année. forme-joubert03.jpg

(La forme écluse Joubert, aujourd'hui)
Ces hommes n'étaient pas des kamikazes mais ils savaient tous que beaucoup d'entre eux n'en reviendrait pas (presque 2 sur 3) ! J'essaie d'imaginer quel était leur état d'esprit et ce qui les a motivés : le patriotisme, la recherche de la gloire, le gôut du risque ?... Qu'est-ce qui pousse à sacrifier sa vie pour une cause ? Il y a, me semble-t-il, plusieurs niveaux d'explication...

Pour plus de renseignements sur ce raid considéré comme étant l’un des plus importants de toute la guerre, vous pouvez consulter les sites suivants :

http://www.grand-blockhaus.com/raidstnazaire.asp (résumé)

http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Histoire/His0013-RaidStNazaire.html
Côté livres, l'ouvrage de Luc BRAEUER "La base sous-marine de St-Nazaire" contient quelques pages sur cet évènement et un ouvrage en anglais existe. Rien en français. Si le coeur vous en dit !.... (http://www.amazon.fr/St-Nazaire-1942-Great-Commando/dp/1841762318 )
(détaillé)

Par alain barré - Publié dans : Récits
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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 06:46

Un navire coule : 5200 morts, peut-être 6000 ou 7000 ! L’un des plus grands naufrages de l’humanité. Cela devrait faire la une des journaux ? Eh bien non ! Le Lancastria n’est pas le Titanic ! Ces victimes sont mortes au mauvais endroit, au mauvais moment. Elles sont mortes en France mais elles n’étaient pas françaises et, à part quelques initiés personne n’est au courant. Cela s’est passé, dans l’estuaire de la Loire, en face St-Nazaire, le 17 juin 1940.

Après l’avance fulgurante des Allemands, les troupes anglaises doivent être évacuées. Pour remplir cette mission, Le LANCASTRIA, un paquebot transatlantique est réquisitionné. Il est prévu pour 3200 personnes mais, l’urgence est telle, qu’on le remplit sans compter : de militaires mais aussi de civils.

A peine sorti du port de St Nazaire, le paquebot est attaqué par un avion allemand. Plusieurs bombes le touchent. L’une tombe dans la cheminée. Le bateau est mortellement atteint. Il coule en moins d’une demi-heure. LancOnSideCloseUpHighRes1.jpg

La côte n’est qu’à quelques kilomètres mais la mer est recouverte de mazout et les naufragés s’épuisent avant l’arrivée de secours. Seuls 2000 d’entre eux survivront ! Naufrage_03.jpg

Pourquoi le silence sur cette affaire ? Il semblerait que, par souci de ne pas démoraliser les anglais, Churchill ait demandé, à l’époque, que l’on ne parle pas de cette catastrophe.

Une fois la guerre finie, l’humeur n’était plus à rappeler de mauvais souvenirs…. Pourtant, tout autour de St Nazaire, les cimetières sont pleins de corps de soldats anglais morts lors du naufrage. À Pornic, par exemple (situé à plus de 20 Km du naufrage) le cimetière compte près de 400 tombes du Lancastria (366 de britanniques, 4 d’australiens, 22 de canadiens, une d’indien, une de New-zélandais, une de Sud-Africain). En visite dans ce cimetière il y a 2 ans, j’ai découvert une lettre qu’une anglaise adressait à son oncle. Le vent l’avait emporté. 

Cette immense catastrophe mérite d’être plus connue. Je pense que l’on en parle peu en France parce que les victimes n’étaient pas françaises. On l’oublie en Angleterre parce qu’elle s’est passée trop loin ! Voilà des morts doublement et bien injustement oubliés !

Pour en savoir plus sur le Lancastria, en quelques mots : file:///C:/Users/alain/Documents/Blog/Lancastria.htm

Pour plus de détails :  http://www.lelancastria.com/Le-Desastre.html

Par alain barré - Publié dans : Récits
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Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 06:22

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ! Hier, soleil éclatant, aujourd’hui brouillard et gelées…Entre Pornic et Nantes, il y a une cinquantaine de Km et la différence de température est de 8 degrés ! La mer a tenu son rôle modérateur et, fonctionnant comme un immense radiateur, elle a maintenu l’air a une température raisonnable.

Sur la côte le soleil a déjà traversé le brouillard mais, à une vingtaine de Km, il est toujours aussi épais et l’on distingue à peine les clochers entre les arbres dans la lumière jaune et rose du matin. undefined

Un peu plus loin, sur le canal de l’Achenau, des fantômes de barques attendent, attachées à des fantômes d’arbres… _gel--e02.jpg

Le brouillard simplifie les formes et supprime les couleurs ce qui donne l'illusion que les boules de gui se sont multipliées sur les peupliers… _gel--e02b.jpg

Personne pour tailler les vignes ce matin, les fagots de sarments resteront au pied des ceps… _gel--e03.jpg

À Nantes, il fait moins quatre ! Damned ! Il n’y a que les statues du passage Pommeraie pour rester déshabillées ! _gel--e04.jpg

Par alain barré - Publié dans : Récits
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Jeudi 10 janvier 2008 4 10 /01 /Jan /2008 06:42

Simone de Beauvoir est morte en 1986, à l’âge de 78 ans. Elle était née le 9 janvier 1908 et, bientôt, l’on va fêter le centième anniversaire de sa naissance. On la connaît comme étant la compagne de Sartre. Peut-être faudrait-il dire l’inverse, que Sartre était le compagnon de Beauvoir ! En effet l’ouvrage de celle-ci, « le deuxième sexe », a fait date. Il a dégagé une voie que l’on n’a toujours pas fini d’explorer, alors que les ouvrages de Sartre semblent bien démodés ! undefined

Cette clairvoyance de Beauvoir sur la situation des femmes ne l’a pas préservée des erreurs de jugements sur les autres problèmes de la société. Ainsi elle a fréquenté quelques dictateurs célèbres dont elle a fait l’éloge avec la plus grande naïveté. Elle a chanté ainsi les louanges de Castro, de Che Guevara et, après une courte visite en Chine, elle a écrit un gros livre : « La longue marche » (cela a souvent été une mode pour la Chine : plus la visite était courte et plus le livre était gros !). En voici une citation : « Le pouvoir que Mao exerce n’est pas plus dictatorial que celui qu’à détenu par exemple un Roosevelt. La constitution de la Chine nouvelle rend impossible la concentration de l’autorité entre les mains d’un seul : le pays est dirigé par une équipe dont les membres sont unis par une longue lutte en commun et une étroite camaraderie. »

Personne ne détient la vérité en tout et pour tout. C’est un cheminement semé d’embûches, de chausse-trappes et de pièges dans lesquels on tombe allègrement. Etre compétent dans un domaine n’immunise pas de tomber dans l’erreur pour les autres !

Par alain barré - Publié dans : Récits
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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 06:37

On a trop tendance, me semble-t-il, en France, à ménager l’obscurantisme de l’islam. Par crainte, peut-être, d’être traité d’islamophobe ?... On n’a pourtant pas craint, dans notre pays, de critiquer et de se moquer du catholicisme et de ses excès. L’attitude de l’Islam envers les femmes, aujourd'hui, mérite pourtant d’être critiquée et moquée avec la même verdeur. Mahomet, Bouddha, Jésus sont sûrement des précurseurs dans certains domaines mais aussi des hommes de leur temps y compris avec les préjugés de leur époque ! Quant à l’existence de dieu (qu’on le nomme Jéhovah, Allah, Jupiter, etc…), il ne s’agit que d’une croyance, un pari comme le disait le fervent philosophe et mathématicien catholique Blaise PASCAL et on ne peut l'imposer à quiconque !

Critiquer et se moquer des religions cela ne signifie pas qu’il faut prendre exemple sur la façon dont les religions se traitent les unes les autres, c'est-à-dire en exterminant l’infidèle parce qu’il ne pense pas comme vous ! C’est seulement une façon de rappeler aux religions ce qu’elles sont en réalité : des croyances, des actes de foi personnels que l’on ne peut imposer comme étant des nécessités ou des lois de la nature !

On se souvient de l’imbécile et criminelle fatwa lancée sur la radio iranienne par l’Ayatollah  Khomeini en 1989, dénonçant un roman de l’écrivain indien Salman Rushdie. Pour faire bonne mesure, le fantoche qui dirigeait alors l’Iran condamna à mort l’écrivain pour apostasie (renoncer publiquement à une religion ou une doctrine) appelant tous les musulmans à assassiner Rushdie et ses éditeurs. Voilà le visage hideux que l’imam Khomeiny a voulu donner à sa religion (Rushdie a survécu mais pas plusieurs de ses courageux éditeurs…) germinal.jpg

Sans aller jusqu'à ces extrémités, une anecdote donne une idée de ce qui se passait dans nos campagnes il y a une cinquantaine d’années. Ma sœur découvre un roman de Zola (peut-être « Germinal »). Elle le dévore avec passion, y retrouve des descriptions vraies et poignantes. Naïvement elle en parle à la religieuse qui tenait l’école. Celle-ci est épouvantée car Zola est un auteur mis à l’index par l’église ! Le dimanche suivant, ma sœur se présente pour communier. La religieuse se précipite et, ostensiblement, l’empêche de recevoir l’hostie car elle estime qu’elle est en état de péché depuis la lecture de ce livre !

Ma grand-mère est furieuse et interpelle ma sœur :

-          Mais qu’est-ce que t’as donc fait pour que la bonne sœur t’empêche de communier, devant tout le monde ?... 

-          Grand-mère, j’ai lu un roman de Zola !

-          C’est seulement parce que tu as lu un livre ! s’étonne ma grand-mère…

-          Oui…

-          C’est rien que ça ! Ben alors, c’est pas grave...

Heureusement, le bon sens existe encore mais il faut beaucoup d’humilité aux ayatollahs et autres bonnes sœurs pour y arriver. Quand on se croit représentant de dieu, hélas, il est aussi difficile d'atteindre l'humilité "que pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille !..."

Par alain barré - Publié dans : Récits
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Lundi 31 décembre 2007 1 31 /12 /Déc /2007 06:15

La vendée a été rechristianisée sur le tard au 17ème et au 18ème siècle par deux personnages qui ont laissé leurs traces dans l’histoire : Richelieu et Grignion de Montfort. La région avait été gagné par le calvinisme (on se souvient du siège de La Rochelle) qui fut extirpé à coups de dragonnades dans un premier temps puis de cantiques, de sermons et de misions par Grignion de Montfort par la suite. Celui-ci est mort à la tâche, à Saint-Laurent-Sur-Sèvre, la ville sainte de la Vendée ! Cette évangélisation tardive et vigoureuse n’est pas pour rien dans le déclenchement de la révolte contre la toute jeune république en 1793 qui aboutit aux sanglantes « Guerre de Vendée ».

Après ces terribles évènements, plus que dans d’autres départements, les survivants se sont accrochés à leur tradition et à leur foi. Dans mon petit village natal, comme dans ceux d’alentour, des curés venaient régulièrement entretenir la foi, à l’occasion de « missions » destinées à galvaniser les âmes !...

On en était là dans les années cinquante et au début des années soixante et l'on saluait bien bas « nout maîte et nout curée !... ». Les nouvelles du monde extérieur étaient d’abord filtrées par ces deux pouvoirs. Heureusement la TSF commençait à pénétrer dans les foyers. De longs fils d’antenne accrochés au-dessus des toits témoignaient que les ondes arrivaient jusque là !

Une nouvelle parvint ainsi jusqu’aux oreilles de ma mère : le pantalon n’était plus réservé aux hommes, des femmes avaient osé s’en emparer et en faire un moyen de prouver leur élégance et leur esprit de liberté. Ni une ni deux, ma mère aidée par ma grande sœur, décide d'en tailler un !... Ma mère est élégante dans ce nouvel habit. La famille, les proches viennent l’admirer… à la maison, mais elle n’ose pas sortir ! Elle sait que cela va déclencher la colère et les commentaires acerbes des pères-la-morale et des grenouilles-de-bénitier, sans compter les réactions du curé avec qui elle est déjà en froid !

Après des semaines d’hésitation, je crois qu’elle a fait une sortie avec le fameux pantalon, puis, malgré nos encouragements, elle l’a gardé pour la maison. Ce n’est que quelques années plus tard, les mentalités ayant évolué un peu, quelle a osé le reprendre de nouveau !
Ayant éprouvé par moi-même ce que le poids de la tradition et l'obscurantisme religieux font peser sur les consciences, j'ai tendance à relativiser ce qui se passe aujourd'hui dans de nombreux pays musulmans. Ce n'est pas essentiellement la religion qui les empêche de progresser, c'est la misère ! Plus de savoirs et de richesses les amèneront à se débarrasser des carcans inutiles. Les terroristes islamistes avant d'être islamistes sont d'abord des terroristes comme savent en fabriquer toutes les cultures et toutes les religions. Le terreau de la terreur n'est pas plus chez les uns que chez les autres, il est au coeur de l'homme, c'est cela et la situation dans laquelle les hommes vivent qu'il faut changer !

Par alain barré - Publié dans : Récits
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Vendredi 21 décembre 2007 5 21 /12 /Déc /2007 06:02
Voici le texte intégral de la lettre présentée hier. En réalité il s'agissait bien d'une lettre du chef de l'état, pas l'actuel, un ancien, toujours très pressé lui aussi : NAPOLEON qui, entre deux "voyages" ou deux campagnes, écrivait à sa compagne presque tous les jours. Sacré Napo !

Nice, le 10 germinal

Je n'ai pas passé un jour sans t'aimer ; je n'ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras ; je n'ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l'ambition qui me tiennent éloigné de l'âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. Si je m'éloigne de toi avec la vitesse du torrent du Rhône, c'est pour te revoir plus vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler, c'est que cela peut avancer de quelques jours l'arrivée de ma douce amie, et cependant, dans ta lettre du 23 au 26 ventôse, tu me traites de vous.
Vous toi-même ! Ah ! mauvaise, comment as-tu pu écrire cette lettre ! Qu'elle est froide ! Et puis, du 23 au 26, restent quatre jours ; qu'as-tu fait, puisque tu n'as pas écrit à ton mari ?... Ah ! mon amie, ce vous et ces quatre jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur à qui en serait la cause ! Puisse-t-il, pour peine et pour supplice, éprouver ce que la conviction et l'évidence (qui servit ton ami) me feraient éprouver ! L'Enfer n'a pas de supplice ! Ni les Furies, de serpents ! Vous ! Vous ! Ah ! que sera-ce dans quinze jours ?...
Mon âme est triste ; mon coeur est esclave, et mon imagination m'effraie... Tu m'aimes moins ; tu seras consolée. Un jour, tu ne m'aimeras plus ; dis-le-moi ; je saurai au moins mériter le malheur... Adieu, femme, tourment, bonheur, espérance et âme de ma vie, que j'aime, que je crains, qui m'inspire des sentiments tendres qui m'appellent à la Nature, et des mouvements impétueux aussi volcaniques que le tonnerre. Je ne te demande ni amour éternel, ni fidélité, mais seulement... vérité, franchise sans bornes. Le jour où tu dirais «je t'aime moins» sera le dernier de ma vie. Si mon coeur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents.
Joséphine, Joséphine ! Souviens-toi de ce que je t'ai dit quelquefois : la Nature m'a fait l'âme forte et décidée. Elle t'a bâtie de dentelle et de gaze. As-tu cessé de m'aimer ? Pardon, âme de ma vie, mon âme est tendue sur de vastes combinaisons. Mon coeur, entièrement occupé par toi, a des craintes qui me rendent malheureux... Je suis ennuyé de ne pas t'appeler par ton nom. J'attends que tu me l'écrives. Adieu ! Ah ! si tu m'aimes moins, tu ne m'auras jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.

P.-S. - La guerre, cette année, n'est plus reconnaissable. J'ai fait donner de la viande, du pain, des fourrages ; ma cavalerie armée marchera bientôt. Mes soldats me marquent une confiance qui ne s'exprime pas ; toi seule me chagrine ; toi seule, le plaisir et le tourment de ma vie. Un baiser à tes enfants dont tu ne parles pas ! Pardi ! cela allongerait tes lettres de moitié. Les visiteurs, à dix heures du matin, n'auraient pas le plaisir de te voir. Femme !!! 

Demain, reprise du voyage en Allemagne.

Par alain barré - Publié dans : Récits
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