Mardi 3 novembre 2009
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06:48
La nuit commence à tomber. Dans une contre-allée, vélos ordinaires et surtout vélos électriques ainsi que des scooters électriques
affluent...
La Chine semble avoir sauté une étape. Elle a délaissé les cyclos à
moteur thermique puants et pétaradants pour s’équiper directement de deux roues puissants et rapides ! Nous ferions bien d’en prendre de la graine !...
Sur la place, les colonnes rouge et or, font toujours recettes et les photographes s’en donnent à cœur joie !
Mao, de son oeil faussement débonnaire, veille toujours sur le bon peuple…
Tout à coup la foule se presse en un endroit…je m’approche. C’est l’heure solennelle de la levée du drapeau (à vrai dire, à cette
heure-ci, ce serait plutôt l’heure du « coucher » du drapeau ?...)
Les uniformes sont impeccablement repassés…pas un pli de travers…pas un poil qui dépasse, il en va de l’honneur de la patrie ! La
foule est impatiente...
Enfin les soldats s’avancent, raides comme des pantins
articulés…
Dans tous les pays, la raideur et la rigueur militaire plaisent. Elles flattent notre besoin inconscient d’être protégé et notre désir
de puissance. En Chine, vieil empire mais jeune république, qui fête son 60e anniversaire, peut-être encore plus qu’ailleurs !
C’est surtout en tant que père fondateur de la république, me semble-t-il, que Mao est respecté encore aujourd’hui malgré ses
« erreurs » qui ont coûté la vie à plusieurs dizaines de millions de personnes et la catastrophe nationale que fut la révolution culturelle ! Son portrait
trône sur la place Tienanmen, mais plus d’un milliard de chinois le palpe tous les jours sous ses doigts sous forme de billets de 1, 5, 10, 50 ou 100 yuans (le billet de 0,5 yuan n’a pas été jugé
digne d’avoir la tronche de l’empereur rouge). Les chinois savent faire de l’argent avec tout et un culte lui est rendu avec des souvenirs à son effigie qui pourraient faire penser à une
maolâtrie renaissante alors qu’il ne s’agit que de le remettre en perspective dans l’histoire : un personnage brutal, dévoré d'ambition et sanguinaire mais incontournable comme l’a été Qin,
cet autre souverain cruel et impitoyable ,fondateur de la première dynastie, auquel Mao aimait se comparer !
Sur la place, un vendeur à la sauvette me propose une montre avec l’effigie de Mao qui bat la mesure des secondes avec son bras
articulé.
Justement je viens de casser le bracelet de la mienne. C’est drôle et
un peu impertinent. Il me l'offre à 100 yuans, je la négocie à 20. Affaire conclue ! Voilà un moyen supplémentaire d’entrer en contact avec les chinois. On verra comment ils vont
réagir…
Les lumières s’allument sur la place Tienanmen…
il est l’heure de rentrer à l’hôtel !
Citation de YU HUA sur la révolution culturelle. Yu Hua est l'auteur du best-seller "Brothers" qui
s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires en Chine, en 2008. "Le portrait peint de Mao, avec des rayons de soleil autour de la tête, était affiché partout, dans les grandes villes comme
dans les petits villages. Il était même reproduit sur le mur des toilettes - seul lieu où ce n'était pas obligatoire ! Dans les documentaires ont montrait souvent Mao en train de faire un signe de
la main sur la place Tienanmen, et ça avait l'air parfaitement normal. Une fois il a traversé le fleuve Yangzi à la nage, et, arrivé sur le rivage, en peignoir, il a fait le même signe de la main :
c'était nettement plus insolite. Vous en connaissez beaucoup, vous, des dirigeants politiques qui saluent le public en peignoir ?..." (extrait de l'interview de Yu Hua dans philosophie
magazine de septembre 2009)