Supposons que vous soyez empereur moghol et que vous ayiez remporté victoire sur victoire. L'inde vous appartient
mais la guerre finie survient l'ennui ! Vous regrettez vos camps de toiles aux tentes carrées surmontées de toits pointus. Une idée germe dans votre tête : construire une capitale qui serait
comme un immense camp en pleine campagne...
pas en toile éphémère mais en pierre, en grès rose !...
Ce rêve fou - caprice d'un monarque tout puissant - AKBAR l'a réalisé. Il a fait construire sa capitale,
Fatehpur Sikri (à une quarantaine de Km de Delhi). Il l'a occupée 14 ans seulement (de 1571 à 1585) puis l'a abandonnée (probablement du fait du manque d'eau).
(Ci-dessus : 4 photos de Fathepur Sikri retouchées sous forme de dessin)
Alors, tous ces efforts immenses pour rien ? Oui, presque !... si ce n'est pour le plaisir des touristes qui déambulent
dans le dédale de ces palais et pavillons...
Hmmmm ! Tout le monde ne passe pas son temps à baguenauder à Fatehpur Sikri ! Un maçon, plus tout jeune, à croupeton et
avec des instruments dérisoires, refait des joints sur un mur interminable...
Un peu plus loin, des femmes sont à la corvée d'eau. Une plus-toute-jeune également, aide une autre femme à se caler sur
la tête un seau de 15 à 20 litres d'eau !
Les studios de Mumbai (Bollywood) produisent plus de 800 films par an qui sont vus par 15 millions de spectateurs
chaque jour !!! En France ce cinéma est pratiquement inconnu (à part Devdas). Nos élites intellectuelles n'ont que dédain pour ces histoires sentimentales, souvent au premier degré, gaies ou
tristes mais toujours mêlées de ballets et de chansons qui deviennent vite des refrains populaires. L'Afrique noire ou le Maghreb, par contre, apprécient.. ..
Le hall est démesuré !
C'est la plus belle salle de Jaipur : écran immense et plafond très kitsch !
L'histoire n'est pas très compliquée à comprendre et le public réagit avec ferveur : on rit, on crie, on hurle, on
s'exclame sans retenue ! C'est très drôle et cela me rappelle, en cent fois plus grand, les projections de mon enfance, dans une salle de café !
Le prix est relativement élevé et cela opère un certain tri dans le public, mais il faut dire que nous sommes dans une
salle prestigieuse !
Ce cinéma ne reflète pas la vie. Il reflète surtout les aspirations et les rêves de la classe moyenne. La langue utilisée
est l'hindi ou l'anglais et la diffusion des films a un effet secondaire très important : l'expansion de ces langues en Inde.
Couché tard, mais levé tôt, le lendemain matin j'assiste au départ pour l'école.
Pas de bus scolaires, mais le bon vieux rickshaw tiré à la force des mollets... (contrairment à ce que l'on pourrait
penser, le vélo-rickshaw est encore très utilisé malgré le succès grandissant de son équivalent motorisé, le touc-touc)
Mais, pour moi, le plus intéressant est le fort d'Amber, situé à une dizaine de Km.
On y accède à dos d'éléphant...
Et l'on débarque à l'intérieur d'une cour, premier élément d'une enfilade de salles, cours et jardins
échelonnés sur plusieurs étages dans un grandiose cadre de montagnes.
Le fort d'Amber est intégré dans un vaste système défensif. Une forteresse de 3 Km de long, le surplombe
et un lac s'étend à ses pieds.
C'est un des lieux magiques du Rajasthan. D'autant plus magique, ce jour, qu'une équipe de photographes
japonnais a eu la bonne idée d'emmener des modèles pour une série de photos. Je me joins à eux pour quelques clichés.
JAIPUR est la capitale de l'état du Rajasthan. Elle compte près de 4 millions d'habitants. La
densité de la population est telle, dans la vieille ville, que l'on arrive à tasser près de 20 000 habitants au Km carré ! Comme il y a peu d'immeubles, les gens s'entassent dans des pièces
minuscules et vivent beaucoup dans la rue !
La pauvreté est apparente, mais elle est en partie contredite par l'abondance, la surabondance même, des
deux roues : motos, scooters et autos qui stationnent dans ces rues minuscules. Une classe moyenne est donc bien entrain de se constituer, mais la natalité (2,7) engloutit les bénéfices de la
croissance ! Cela fait partie des contradictions de l'Inde et reste l'un des problèmes majeurs qu'elle a à résoudre.
Beaucoup de jeunes traînent dans les rues. Théoriquement ils devraient être à l'école, mais tous n'y sont
pas !
Il faut savoir que les moins de 20 ans, représentent 45% de la population ! A titre de
comparaison, en France, les moins de 20 ans n'en représentent que 24% (et les plus de 60 ans : 31%). Comment peut-on gérer un tel pays ?
Certains pensent qu'il leur faudrait une dictature comme en Chine. Ce n'est pas mon avis.
La voie démocratique est difficile, mais elle n'empêche pas L'Inde d'avoir un taux de croissance remarquable et elle lui permet de résoudre ses problèmes au fur et à mesure qu'ils se posent. Sous
une dictature, en apparence, tout semble en ordre, mais les tensions non résolues s'accumulent jusqu'au moment où elle s'écroule (Voir les exemples récents de l'Egypte, de la Tunisie, de la Lybie
et, peut-être, de la Syrie que la dictature communiste chinoise et l'autoritariste Russie de Poutine soutiennent en fournissant des armes !)
Le singes, comme la plupart des autres animaux, sont respectés en Inde. A Pushkar l'espèce
représentée est l'entelle à longue queue. Il est d'autant plus vénéré qu'on le dit être un descendant de Hanuman, le dieu-singe !
C'est un observateur attentif de la vie des humains
...Qu'il semble commenter par moment !
C'est un frugivore qui peut voler et chaparder en toute impunité dans les marchés et les
maisons...
En toute impunité ?....Presque ! On peut voir sur cette photo un honnête commerçant se faire justice
lui-même, à coups de lance-pierres !
Quand les Entelles à longue queue ne volent pas d'arbre en arbre ou ne volent pas sur les marchés, ne
médisent pas, entre eux, du genre humain, ils s'épouillent. Cette activité, éminemment conviviale, bien connue également de nos ancêtres, est créatrice de lien social....Bref, elle entretient
l'amitié au détriment des poux et autres parasites (qui ne semblent pas avoir de dieux pour les défendre dans le panthéon indien) et les entelles ne s'en privent pas !
Pendant les grandes heures du mouvement hippie, dans les années 60, PUSHKAR a été à la mode. Il en reste
encore quelques traces dans les rues...
En Inde, on vit dehors et le spectacle de la rue est toujours aussi intéressant...
Le lac et les ghâts (escaliers qui descendent vers le lac), débordant d'activité, il y a peu,
lors de la grande foire aux dromadaires, sont presque vides...
Cela n'empêche pas les touristes de sacrifier aux rites en y jetant des pétales de roses
....
Nous nous arrêtons dans un restaurant situé sur un promontoire. Vue sur le lac de Pushkar, piscine,
quelques jeux pour enfants,... Les enfants sont partout en Inde. Bien que la natalité ait beaucoup baissé, il est né près de 28 millions d'enfant en 2011 !.... Il n'existe pas de politique
coercitive pour restraindre les naissances, contrairement à la Chine. La baisse de la fécondité semble dûe à deux facteurs : l'élévation du niveau de vie et l'éducation des femmes.
Un groupe d'enfants ne demande qu'à se faire photographier....
L'une des portes d'entrée du restaurant a été colonisée par un essaim d'abeilles et, comme on est en
Inde, on a tout simplement condamné cette porte et l'on passe par une autre !....
En contrebas, la vie défile avec ses charettes à bras, ses vélos et ses chars de mariage....
Dans un angle de la rue, une famille s'est installée. Ils ont même apporté une chèvre ! Bien vu, derrière
il y a un vague parc avec un peu d'herbe !
Au-dessus de tout cela un rapace plâne. Les rats errants n'ont qu'à bien se tenir !
Pushkar est renommée pour sa grande foire aux dromadaires mais aussi pour l'un des rares temples dédié à Brahma qui
soit encore en activité. J'évite la visite du temple et je reste à flâner dans la rue.
Les abords de la ville sont occupés par un camp de toile ...
Mon regard croise celui d'un saddhu. Son expression me touche. Je lui propose un tchaï et je lui donne quelque
roupies...
Dans la rue (en terre), des petits commerces, deux handicapés dont l'un est appareillé, des jeunes filles tout de blanc
vêtu...
Une vache stationne devant un petit temple aux couleurs vives....
En réalité, elle surveille la marchande d'herbe à proximité du temple !...
Si les fidèles sont généreux, ils achèteront une poignée d'herbe et l'offriront aux vaches errantes.
Ainsi va l'INDE ! Même dans la misère on n'oublie pas les vaches sacrées !....