Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)

Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 05:58

...Personne ne releva son offre. Je la sentais tellement mal à l’aise que je lui répondis que je prendrais bien un jus de fruits. Là-dessus tout le monde opta pour du jus de fruits. Paulette, un peu soulagée alla fouiller dans son frigo et rapporta du jus d’orange et des petits gâteaux. Elle commença d’une voix qui tremblait un peu :

      - Je me suis fait attaquer, en sortant du travail, dans le passage souterrain, en face du magasin. C’est un passage mal éclairé... Sur un côté, il y a un renfoncement qui donne accès à des installations de service qui sont encore moins éclairées. C’est là qu’il était caché. Je n’ai rien pu faire. Je voulais me débattre, crier et je n’ai même pas pu... Je me le reproche encore aujourd'hui, … je pense que c’est un peu de ma faute !...

Léa prit alors gentiment la parole :

-          Non, Paulette, tu sais bien… Toutes nous nous sommes dits des choses comme celle-là… Mais tu le sais, dans le fond, que ce n’est pas vrai !

Eve ajouta :

            - Et puis de toutes façons, il y a un tel bruit dans ce souterrain que tu aurais pu crier tant que tu pouvais personne n’aurait entendu !

Paulette poussa un gros soupir et reprit :

- Toujours est-il que je pensais que ce cauchemar était terminé. Je commençais à revivre et… il a été relaxé ! Il est revenu… je suis sûre de l’avoir vu rôder autour du passage. Je n’en dors plus… mes tranquillisants ne font plus effet et la police me dit qu’elle ne peut rien faire.

Paulette avait bien la cinquantaine, plutôt un peu corpulente, les cheveux impeccablement permanentés, avec un maquillage prononcé comme les affectionnent certaines femmes à cet âge et les lèvres ornées d’un rouge éclatant. On la sentait épuisée nerveusement, prête à craquer. Léa se tourna alors vers moi avec un grand sourire…

          - Et c'est là que vous intervenez !..

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /Nov /2007 06:49

Elle commence d’une voix mal assurée :

 

- Excusez-moi, mais quand je ne fume pas je suis toujours un peu énervée…. J’avais 8 ans quand mon beau-père a commencé à me faire des attouchements puis à me violer… J’ai commencé à en parler il y a deux ans seulement, après mon accident… J’avais pris ma moto et j’ai foncé dans le décor… C’est lorsque j’ai commencé une thérapie que tous ces souvenirs sont revenus à la surface. Mais j’ai toujours une haine pour tous les hommes et je ne peux toujours pas avoir une vie affective normale...

 

Aline s’était interrompue, le regard dans le vague… Pour dissiper le malaise, Léa reprit à mon attention :

 

-Vous savez, sur les 50 000 viols commis chaque année en France, près d’un quart le sont par des membres de la famille. Sans compter tous ceux qui ne sont pas dénoncés ! Près de 57 % concernent des enfants ou des mineurs, surtout des filles mais également des garçons. Vous vous rendez compte ?!

 

Oui, je connaissais ces chiffres accablants. Léa aurait pu ajouter que dans 96 % des cas les auteurs sont des hommes, dont 11 à 12 % de mineurs et, les victimes, à plus de 90 %, des femmes. Léa passa ensuite la parole à Eve puis à Sonia. Eve avait été violée par un ex petit ami qu’elle avait éconduit. Ils étaient tous les deux mineurs à l’époque et les poursuites n’avaient pas abouti. Sonia avait été violée lors d’une soirée entre « amis ». Tout le monde avait pris de la drogue, elle aussi. Elle en gardait un souvenir terriblement angoissant car elle subissait le poids d’une double culpabilité : celle du viol et celle de la drogue ! D’ailleurs quand elle avait commencé à en parler à ses parents, ceux-ci s’étaient mis dans une colère folle et son père l’avait giflé lui disant qu’elle l’avait bien cherché ! Elle avait complètement abandonné la drogue depuis et se reconstruisait lentement grâce à l’aide du groupe de parole. Elle s’était totalement investie dans une association humanitaire où elle passait l’essentiel de son temps.

 

Natacha prit la parole à son tour. Elle faisait du sport de haut niveau et lors d’un stage national elle avait été violée par deux autres stagiaires, des haltérophiles, qui avaient nié en bloc. La fédération n’avait même pas fait d’enquête et ce n’est que deux ans après que son affaire passait en justice. Elle était toujours en cours.

 

C’était le tour de Paulette. Paulette était plus âgée que les autres et elle était manifestement gênée de parler de ces choses-là. Avant de commencer, elle proposa :

 

-          Voulez-vous boire quelque chose : un thé léger, un café, du jus de fruits, des petits gâteaux ?

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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Dimanche 18 novembre 2007 7 18 /11 /Nov /2007 06:38

Paulette vient m’ouvrir, accompagnée de Léa. Léa m’embrasse avec un grand sourire et me présente à Paulette. Nous nous serrons la main. Elles me conduisent dans un petit salon. La pièce est garnie de quelques meubles anciens, un canapé, une table ronde sur un tapis. Trois dames sont déjà assises. Tous les yeux sont braqués sur moi. Léa me présente avec enthousiasme et vivacité. Ces dames me saluent avec empressement. Une petite lampe commence à clignoter dans mon cerveau : « Mais qu’est-ce que Léa a bien pu leur raconter ?... » À vrai dire je suis de plus en plus sur la défensive et un peu inquiet pour la suite. Elles ne m’ont sûrement pas invité pour déguster des petits fours. D’ailleurs nous ne sommes pas mollement installés sur le canapé autour de la table basse. Nous sommes assis autour de la table ronde du salon. Une lumière latérale nous éclaire faiblement. Nous avons plutôt l’air d’un groupe de conspirateurs que d’une réunion Tupperware !  Léa est la meneuse. Elle prend la parole :

 

Pour que notre invité comprenne bien notre problème, je pense qu’il faudrait que chacune commence par se présenter et raconter brièvement son histoire, même si cela est un peu douloureux. Aline, peux-tu commencer ?

 

Aline est une jeune femme qui n’a pas plus de 25 ans. Elle a de jolis cheveux châtains, tirés en arrière et tenus fermement par un bandeau. On distingue sous un maquillage élégant et sophistiqué plusieurs cicatrices, l’une sous les lèvres et une autre sous le menton. On la sent mal à l’aise mais bien décidée à parler…

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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Samedi 17 novembre 2007 6 17 /11 /Nov /2007 06:26

-  Nous allons tenir une réunion. Elle se tiendra chez Paulette. Nous serons cinq !

 

- Je pensais, Léa, que vous étiez bien plus nombreuses dans votre groupe de parole ?...

 

-Oui, vous avez raison… ce n’est pas tout le groupe. Nous nous réunissons parce que nous avons eu une idée en commun.

 

- En avez-vous parlé à la régulatrice du groupe ?

 

- Non… vous connaissez bien vous-même ce genre de groupes. Ils sont très utiles pour vous remonter le moral, surtout au début, on se sent entourée, comprise, mais au bout d’un moment on tourne en rond, ça n’avance plus…Maintenant il faut agir, Il faut faire quelque chose, c’est pour cela que nous allons nous réunir chez Paulette.

- Hmm...

 

- Nous serons cinq… et peut-être six avec vous ?...

 

Je redoutais le pire. Je connaissais les idées de Léa. Elles vous menaient parfois plus loin que vous l’auriez souhaité. J’acceptai le rendez-vous, mais « sans aucun engagement de ma part, d’aucune sorte» lui précisai-je.

 

Le rendez-vous était fixé à six heures et demie, au troisième étage d’un petit immeuble situé entre Loire et Sèvre. Le quartier était assez tranquille, plutôt populaire. Des petits pavillons individuels avec jardin, construits dans les années soixante, alternaient avec des immeubles HLM de trois ou quatre étages. « ... Au carrefour… repérez le tabac PMU et tournez à gauche… Dès que vous trouverez une place, garez-vous, car il est impossible de stationner au pied de l’immeuble ! »  Léa m’avait prévenu, effectivement je ne trouvai à me garer qu’à quelques centaines de mètres.

 

Il pleut !... J’ai le temps de réfléchir avant d’arriver, plus j’y pense plus je me dis « Dans quelle galère me suis-je embarqué ? ».Je suis devant la porte de l’appartement. Je sonne…

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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Vendredi 16 novembre 2007 5 16 /11 /Nov /2007 05:58

À partir de ce moment les choses commencèrent à se stabiliser et même à aller un peu mieux. Elle me téléphonait tout de même encore deux ou trois fois par semaine et parfois au beau milieu de la nuit !

 Mais trois mois après, il fallait se rendre à l’évidence,  elle était toujours dans le même état. Je ne voyais plus qu’une solution : la convaincre de suivre une thérapie individuelle en parallèle à son groupe de parole. J’étais décidé à lui en parler et à ne pas la laisser repartir tant qu’elle n’aurait pas pris la bonne décision. J’allais l’inviter au café où nous étions allés à plusieurs reprises autrefois. J’allais peaufiner mes arguments et je saurais la convaincre !... Je me sentais fin prêt et sûr de moi. Il ne restait plus qu’un coup de téléphone à passer !

Alors que je m’apprêtais à composer son numéro, la sonnerie de mon portable retentit. C’était elle.

- Je vous ai déjà parlé de mon groupe de parole… 

 

- Hmm…

-Je vous ai déjà dit quelques mots à propos de Paulette et de toutes les difficultés qu’elle a traversées lorsqu’il a fallu qu’elle aille au tribunal et qu’elle revoie son agresseur qui la narguait !...

- Hmm…

-Eh bien, figurez-vous qu’il a été relaxé !... Elle est certaine de l’avoir revu sous le  tunnel où il l’a violée !

- A-t-elle prévenu la police ?

- Oui, mais la police ne peut rien faire, il n’y a plus de chef d’accusation contre lui, et « on ne peut pas mettre un policier sous chaque pont ! … » lui a-t-on répondu !

- Hmm…Elle peut certainement emprunter un autre parcours ?

Vous voyez bien où est placé ce tunnel, en face du grand magasin, il permet d’accéder à la station de tramway. S’il a été construit à cet endroit c’est que la traversée de la quatre voies, à l’heure de sortie des bureaux, est quasiment impossible autrement. Elle a essayé de s’y risquer, c’est un vrai jeu de massacre….

-          Oui, admettons…et pourquoi m’appelez-vous Léa ?

Léa ne répondit pas directement à ma question…

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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Jeudi 15 novembre 2007 4 15 /11 /Nov /2007 06:06

...C’était pendant ces périodes-là que Léa m’appelait. Nous restions dix minutes au téléphone, puis un quart d’heure, puis une demi-heure... Elle se calmait pendant quelques instants puis l’angoisse refaisait surface et il lui fallait de nouveau une parole rassurante pour s’apaiser. J’essayai de la convaincre de consulter un psychiatre. Mais vous connaissez Léa et sa méfiance instinctive envers les psys !... Je lui donnai l’adresse d’un collègue à qui j’expliquai la situation. Elle lui téléphona, mais ne vint pas au rendez-vous. Nous en étions là et il fallait faire quelque chose ! L’angoisse commençait à l’envahir y compris dans la journée. Elle m’avoua qu’en allant faire ses courses au grand magasin de son quartier, elle s’était rendu compte qu’elle n’avait pu garer sa voiture dans le parking couvert, elle avait été saisie par une bouffée d’angoisse. La situation devenait intenable. Il fallait qu’elle se rendre à l’évidence : ses pilules homéopathiques, ses gélules « antistress aux herbes naturelles » et ses huiles essentielles n’y pouvaient rien !

 Elle reprit rendez-vous avec son médecin généraliste qui lui prescrivit des tranquillisants. Elle accepta de les prendre. Le niveau d’angoisse baissa d’un cran, mais les soirées et les nuits étaient toujours aussi difficiles... Je finis par trouver un groupe de paroles rassemblant des femmes qui avaient subi des viols. Elle accepta d’y participer...

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /Nov /2007 06:45

...Fouiller dans le sac pour trouver la clé… se pencher pour l’introduire dans la serrure… Et là, explique-t-elle, avant de réaliser ce qui m’arrivait, j’ai été arrachée de la voiture, précipitée au sol, bâillonnée. Je ne voyais pas mon agresseur. Il pesait de tout son poids sur moi. Il m’a tiré violemment par les cheveux et a enroulé plusieurs tours de ruban adhésif autour de ma tête. Comme je me débattais il m’a giflée à plusieurs reprises. J’étouffais et je crois que j’ai perdu connaissance quelques instants. Quand j’ai retrouvé mes esprits, j’ai essayé de lui crever les yeux avec mes ongles. J’ai reçu un coup de tête et il m’a lié les mains avec le ruban adhésif. Je suis resté ainsi à sa merci un temps qui m'a paru infini. J’ai arrêté de me débattre et j’ai cru qu’une fois terminé il allait me tuer… Quand il est parti, de gros sanglots m’ont submergé, j’avais l’impression d’étouffer. Je me suis couchée sur le côté et j’ai pleuré longtemps comme cela… Pendant tout le temps qu’a durée l’agression, aucune voiture n’est venue à l’étage. Il a fallu que je redescende au rez-de-chaussée et j’ai marché ou plutôt je me suis traînée comme j’ai pu, toujours bâillonnée, jusqu’au guichet de la gare ! Heureusement, c’était une femme, elle a compris tout de suite ce qui s’était passé !... »

 

Après ce drame, Léa était allé se reposer chez sa sœur où elle avait passé une semaine puis elle avait repris son travail. Pendant la journée, tant qu’elle était occupée par sa tâche, tout allait à peu près bien. Son esprit était actif et elle se sentait soutenue par ses collègues. Mais une fois de retour à la maison, les problèmes débutaient. Des pensées intrusives brèves et violentes comme des flashs surgissaient dans son esprit. Dès qu’elle entrait dans une pièce insuffisamment éclairée par exemple, une sorte d’angoisse soudaine l’envahissait. Elle devait lutter pendant de longues secondes avant de la maîtriser. Plus la soirée avançait, plus ces angoisses se répétaient, duraient, la submergeaient...

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /Nov /2007 06:20
Minuit et quart, troisième fois que Léa me téléphone cette nuit ! L’angoisse est trop forte, elle n’arrive pas à s’endormir. Elle me raconte pour la énième fois son scénario d’agression suivie de viol. Elle tourne en boucle sur les mêmes interrogations : « Pourquoi cela m’est-il arrivé ? Pourquoi s’est-il attaqué à moi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal, est-ce qu’il y a quelque chose que je n’aurais pas dû faire ? … » Puis elle évoque de nouveau, encore et encore cette sensation épouvantable de se retrouver sans défense entre les mains d'un être abject et la sensation horrible qu’il va vous faire mal et peut-être vous tuer d’un instant à l’autre...

Elle revenait du salon professionnel du bois, à Paris, où son directeur, M. Brumachon, l’avait envoyé. Elle avait laissé sa voiture au parking de la gare nord. Il n’y avait presque plus d’emplacements libres et il lui avait fallu monter jusqu’au dernier étage. Elle avait trouvé une place dans l’un des coins les plus reculés de l’étage, sombre, entre deux piliers. Du matériel de chantier avait été entreposé à côté. Elle revenait par le train de 23 heures, épuisée par de longues stations debout dans les stands du salon, le ventre creux et une lourde sacoche pleine de documentation, au bout du bras. Elle ne pensait qu’à une chose, retrouver son petit appartement, manger quelque chose rapidement, prendre quelques instants sa chatte, sa « bébé » sur les genoux, puis aller se coucher et dormir, dormir…. 

 

Auparavant il fallait encore payer le parking... prendre l’ascenseur puis terminer la montée jusqu'au dernier étage à pied, le traverser jusqu’à son extrémité, arriver dans la partie plus sombre, puis... Zut, la lumière ne s’allume pas…

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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