ppp (Petite Psychologie de Poche

Jeudi 2 novembre 2006 4 02 /11 /Nov /2006 18:16

Sido réagit à la chronique sur les "degrés dans le chagrin" en remarquant : "Vraiment froide cette façon d'aborder la peine ressentie ! décorticage comme le scalpel du chirurgien, qui n'a plus devant lui mr x ou mme y mais une chose sur laquelle travailler. Qu'importe l'âge, le degré du chagrin se mesure à l'attachement que l'on a, il ne se " théorise" pas...". Oui, Sido, tu as raison, la nouvelle psychologie fondée sur les neurosciences et l'évolution en particulier, manque souvent de poèsie, c'est même souvent, l'antithèse de la poèsie ! Elle cherche à décortiquer, en temps réel, ce qui se passe dans notre cerveau quand nous regardons  une image, quand nous comptons, quand nous essayons de nous rappeler un évènement,...c'est-à-dire lorsque nos fonctions cognitives sont actives et, en trente ans, les découvertes passionnantes se sont accumulées. Mais chose plus étonnante encore, depuis dix à vingt ans les nouveaux moyens d'imagerie en temps réel permettent également des investigations dans les domaines traditionnelement réservés à la littérature, à la poèsie : l'amour, la séduction, l'attachement, le chagrin, etc...Cette façon d'aborder les choses ne remplace pas la littérature ni la poésie (quoique, à titre personnel, elle m'évite de me lancer dans la lecture de certains romans, d'histoires ou films dont les ressorts me paraissent particulièrement éventés !), par contre elle établit une sorte de carte, des repères qui aident à mieux comprendre les interactions entre les hommes. Je pense que ces nouvelles découvertes doivent nous amener à concevoir différemmment la littérature, la poésie et la création artistique en général. De la même façon qu'après la découverte de l'inconscient on ne pouvait plus se contenter de raconter les histoires d'une façon classique, maintenant aussi il nous faut en renouveler le style et le contenu ! 

Mais je ne dis pas que c'est  parceque l'on comprend mieux ce que cachent les intrigues que la poésie et la littérature ne sont plus nécessaires ! On peut comparer à ce qui s'est passé pour un trouble psychique comme la dépression. On en connaît de mieux en mieux les causes, l'évolution, les désordres chimiques associés dans le cerveau, on comprend mieux également comment la traiter et l'on a découvert des médicaments relativement efficaces. Cela n'empêche pas que dans beaucoup de cas une relation thérapeutique soit nécessaire, l'association et la confrontation avec un thérapeute dans la construction d'une relation intense qui permettra d'en sortir. En somme une meilleure connaissance de la maladie a permis une prise en charge plus efficace (je parle des thérapies cognitives que je connais mieux que la psychanalyse) mais elle n'a pas éliminée la nécessité d'une relation de personne à personne, c'est-à-dire la construction, à deux, d'une histoire pour lutter contre la maladie.

Psychologie et littérature (et poésie) s'intéressent parfois aux mêmes domaines. Mais il y a de la place pour deux. Elles peuvent se féconder, se stimuler. Je crois qu'actuellement la psychologie a pris de l'avance. Voici un bon challenge pour les artistes !....

Pour aller sur le blog de Sido, suivez ce lien : http://lunatiquebleue.over-blog.com/, ou cliquez sur le lien (à droite) : du rêve, de la poèsie, de la photographie, chez LaSidonie. Je vous rappelle que quand quelqu'un fait un commentaire, vous pouvez également accéder à son blog en cliquant sur l'indication (site web) en bas du commentaire.

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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Mercredi 1 novembre 2006 3 01 /11 /Nov /2006 15:07

Le chagrin qui nous affecte lors de la mort d’un proche n’a pas toujours le même poids inéluctable, ni la même intensité, ni la même durée. Bien sûr des facteurs individuels jouent suivant la force de l’attachement qui nous lie à telle ou telle personne, mais si l’on entreprend des enquêtes plus systématiques et portant sur de grands nombres, on se rend compte alors que des traits généraux se dégagent. Une telle enquête a été entreprise au Canada en 1989. On demandait à des adultes d’imaginer la mort d’enfants d’âges divers et d’évaluer l’intensité de la peine suivant l’âge. Le chagrin croît jusqu’à l’adolescence puis décroît. En d’autres termes le chagrin est plus intense pour un adolescent de 18 ans que pour un bébé de 3 mois et que pour un vieillard de 90 ans. Pour beaucoup d’entre nous cela paraît être une évidence. Comme toutes les évidences, elle mérite d’être interrogée. On peut penser à une première explication : Le nombre et l’intensité des interactions augmentent jusqu’à la fin de l’adolescence puis décroissent provoquant une augmentation de l’attachement puis sa décroissance. D’autres explications peuvent encore être trouvées. Celle que les psychologues évolutionnistes avancent est surprenante par sa simplicité. L’objectif de notre espèce, comme pour toutes les autres espèces, est de se reproduire (« croissez et multipliez » disait la bible) et l’importance inconsciente de la perte serait ressentie en fonction du potentiel reproductif de l’être que l’on perd. Un adolescent est au summum de son potentiel reproductif et la perte serait donc ressentie au maximum. Un vieillard n’a plus ou peu de potentiel reproductif, la perte serait donc beaucoup moins ressentie. Un bébé a un grand potentiel reproductif, mais avant d’arriver à l’adolescence, il risque de mourir (ce n’est que depuis une centaine d’années que la mortalité infantile a beaucoup baissée dans nos sociétés ), la perte serait donc moins durement ressentie que pour un adolescent. Ainsi, selon l’hypothèse évolutionniste, l’intensité de notre chagrin serait régie par des règles inconscientes et en rapport avec l’importance que nous accordons à la vie et à sa reproduction. Ce n’est pas tant la mort qui nous importe que les possibilités de vie qu’elle anéantit !

 

 

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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Lundi 30 octobre 2006 1 30 /10 /Oct /2006 08:26

Quand on voyage dans des pays musulmans, on est surpris de voir que la polygamie y est toujours admise et pratiquée. Seuls, la Tunisie et la Turquie l’ont officiellement bannie et le Maroc l’a rendue plus difficile lors de la réforme du Code civil en 2003 (http://sisyphe.org/article.php3?id_article=786 ). Une enquête datant de quelques années, rapporte qu’elle concerne 80% des cultures humaines. Dans nos sociétés occidentales, seuls les Mormons semblent encore apprécier cette pratique (malgré l’interdiction promulguée il y a un siècle).

Qui concerne-t-elle ? La polygamie est une affaire d’hommes, d’hommes qui ont du pouvoir, des richesses, de la renommée. Dans le sociétés de chasseurs-cueilleurs où l’on n’accumule pas de richesses, posséder plusieurs femmes est l’apanage des bons chasseurs ou de ceux qui ont du charisme.

L’invention de l’agriculture, permettant l’accumulation des richesses, à vue l’extension extraordinaire de la polygamie, au point qu’il a fallu inventer des harems pour mettre les femmes à l’abri de la convoitise des autres hommes. Le « record » semble détenu par Moulay Ismaël le sanguinaire, un sultan marocain mort en 1727 qui a eu 888 enfants officiels !

Les harems étaient également des lieux où une coercition implacable s’exerçait contre les femmes. La réalité de ces lieux est très éloignée des fantasmes entretenus par les écrivains du 19ème siècle !

 

La polygamie est source d’un partage inégal des femmes à l’origine d’innombrables guerres aussi bien dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs que dans celles de l’Antiquité (la fondation de Rome commence par l’enlèvement des Sabines, femmes d’une tribu voisine). Etant données les tensions qu’elle engendre entre les hommes, la polygamie a besoin, pour se maintenir, de coercition. Il est intéressant de noter que cette coercition s’exerce d’abord entre les hommes qui sont en concurrence. On comprend mieux alors que la monogamie se soit développée, non pas suite à des revendications et aux pressions exercées par des femmes, mais suite à des accords entre homme pour limiter les dégâts dans leur concurrence pour l’accès aux femmes ! La monogamie limite les tensions entre hommes et permet ainsi de libérer leur énergie pour d’autres luttes (la guerre contre un ennemi extérieur, la production,…) !

On peut penser que le succès du christianisme des premiers temps auprès des pauvres, provient entre autres du fait qu’il se déclarait complètement hostile à la polygamie (voir les épîtres de Paul).

 

Qu’en est-il de la situation inverse : une femme disposant de plusieurs hommes ? Cette situation ne survient que dans des situations particulières : lorsque l’environnement ne permet pas à un homme de survivre sans femme. Elle cesse dès que les conditions s’améliorent. On en trouve des exemples chez les Inuits (eskimos), dans une peuplade isolée de Chine et chez des fermiers tibétains : deux frères se partagent une épouse pour survivre dans des conditions extrêmes !

 

Historiquement la polygamie est le résultat de la lutte entre les hommes pour s’approprier les femmes, lutte qui a comme corollaire le développement d’une société coercitive, plus ou moins despotique. Dans son essence, la polygamie est antinomique de la démocratie.

La lutte pour la démocratie passe donc bien par la lutte contre la polygamie. C’est ce qu’avait compris Habib Bourguiba lorsqu’il a promulgué la première constitution de la Tunisie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Habib_Bourguiba ) et Moustafa kémal pour la Turquie. Le souverain du Maroc ne l’a pas complètement interdite en 2003 mais rendue extrêmement difficile.

Les islamistes, eux aussi, l’ont parfaitement compris, c’est pour cela qu’ils haïssent tant la démocratie et qu’ils cherchent à imposer le port du voile, symbole évident de la soumission sexuelle des femmes (voir le livre de Chahdortt Djavann : Bas les voiles ! éditions Folio, 3 € : http://www.evene.fr/celebre/biographie/chahdortt-djavann-14941.php ).

On comprend mieux également l’erreur des Américains qui pensent naïvement établir la démocratie dans les pays musulmans en organisant des élections !

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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Jeudi 26 octobre 2006 4 26 /10 /Oct /2006 07:53

Qui n’a connu dans sa vie le chagrin ? Perte d’un être cher, père, mère, frère ou sœur, un enfant, un proche, un ami, un conjoint, un être aimé…Le chagrin peut n’être que passager. Dans la plupart des cas, il dure au moins six mois pour le deuil d’un proche, autant pour un amour. Parfois il dure plus longtemps, des années,…toute la vie… ?

 

Il est réactivé par le moindre petit évènement qui rappelle l’être cher : un couvert que l’on ne met plus à table, un lieu que l’on avait l’habitude de parcourir à deux,…Agnès Varda évoque très bien cela dans son film sur les veuves de Noirmoutier…

 

On comprend que le chagrin existe car son mécanisme se fonde sur la mémoire. Un amnésique n’éprouve pas de peine pour la perte d’un ami car il ne se souvient plus de son ami. Cela est fort bien décrit dans le récit que Gaëtane Chapelle fait du cas de André. André est devenu amnésique à la suite d’un accident. Sa mémoire sémantique (ce qu’il a appris, ses connaissances) n’est pas atteinte, sa mémoire procédurale (ses savoir-faire) non plus, mais il a perdu tous ses souvenirs et ne retient pas ce qui lui arrive, sa mémoire « épisodique » est défaillante. Quand il doit réaliser une tâche en plusieurs étapes, il oublie ce qu’il a fait au début et recommence plusieurs fois sans s’en rendre compte. Si on lui demande s’il oublie des rendez-vous, il répond que non, car il oublie qu’il oublie. Il oublie également que ses amis et sa famille lui ont rendu visite !

 

On lui a demandé s’il serait malheureux d’apprendre la mort prochaine d’un ami très cher ? En fait cela ne l’affecterait pas et il ne voit pas en quoi ses projets seraient modifiés. Ne se souvenant pas des relations positives avec cet ami, il n’imagine pas la perte affective. Son amnésie le rend donc moins sensible à ces propres malheurs et à ceux des autres. André est plutôt heureux, mais il est seul dans son bonheur.(Je précise que le cas d’André ne recouvre pas le cas de tous les amnésiques. Suivant les atteintes certains peuvent beaucoup souffrir de la perte de leur passé.)

 

La douleur, le chagrin occasionné par la perte de l’être cher sont trop forts et trop durables pour jouer un rôle positif. Souvent ils empêchent celui qui les subit de participer utilement à la vie sociale et de s’occuper de soi-même et des autres. Alors pourquoi le chagrin ? Comment l’évolution a-t-elle pu le sélectionner et le faire perdurer jusqu’à nous ? il a sûrement fallu une raison impérieuse, vitale.

 

Une hypothèse a été émise par des chercheurs en psychologie évolutionniste : Le chagrin serait l’envers de l’amour. Inutile et même nuisible une fois qu’il est déclenché. Il ne serait qu’une sorte de menace dissuasive, rappelant continuellement combien il est important, vital de prendre soin de ceux que l’on aime : enfants, conjoints, parents, amis malgré les multiples sollicitations du monde qui nous assaillent. Ce genre de dispositif doit représenter une menace terrible et implacable pour être efficace. Il est à l’image de la dissuasion nucléaire qui est faite pour ne pas être utilisée, et qui si elle l’était serait apocalyptique. Le chagrin, en somme, fait partie de ce que l’on appelle : les « dispositifs de l’apocalypse » , un dispositif de l’apocalypse interne inutile et même nuisible quand il est déclenché mais qui sert à prévenir des conséquences du manque d’amour. Etant donné sa nature, il peut donc se déclencher pour le motif ayant présidé à son élaboration, par exemple, mort d’un enfant par suite d’une négligence coupable, mais tout autant pour une perte dont toute responsabilité est exclue. Un dispositif n’a pas d’état d’âme, il est profondément injuste par nature même si l’on en admet l’utilité. Et l’on comprend que l’homme s’en prenne alors à Dieu, comme ce pauvre Job se lamentant sur son grabat !...

 

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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Mercredi 25 octobre 2006 3 25 /10 /Oct /2006 08:03

De quoi les hommes aiment-ils parler ?

De sport, de technique, de voitures, d’informatique, de politique, de l’état du monde, de leurs affaires, de pêche, de chasse ou de leurs équivalents modernes, de filles conquises ou à conquérir,…Les conversations masculines évoquent un univers de compétition souvent intense, de coups fourrés, de coups bas, d’entraides, de luttes, de tactiques, entrecoupés de moments de détentes (où l’on ne doit pas laisser apparaître sa faiblesse). On y trouve des héros, des chefs, des qui-veulent-être-chef-à-la-place-du-chef, des qui ne seront jamais chefs, des vainqueurs, des vaincus, des alliances, des trahisons, des lâchetés, des tableaux d’honneur,…

 

Pendant des millions d’années, les hommes ont suivi à la trace des animaux, se sont unis pour les piéger, les abattre, ont passé de longs moments au retour de la chasse à évoquer leurs exploits, à envisager les meilleures techniques pour les chasses futures, à s’affronter pour savoir qui serait le chef du clan (mais à respecter la hiérarchie une fois qu’elle a été établie…jusqu’à la prochaine occasion), à conquérir des femmes et pour cela à acquérir le meilleur statut dans le groupe,… Tout cela a laissé des traces dans leur psychisme. Leur cerveau est directement hérité de cette époque et l’on peut penser qu’il n’a pas changé depuis 40 000 ans ! Ce qui a changé, ce sont nos conditions de vie, en particulier en Occident, depuis deux siècles. Le cerveau que nous ont légué nos ancêtres est doté de compétences psychologiques, sociales, intellectuelles, morales telles qu’elles nous permettent de nous adapter (tant bien que mal) à tous ces changements accélérés mais le substrat, la matière première de notre cerveau ne change pas. Il y a un décalage, un « mismatch » disent les psychologues évolutionnistes, et il nous faut faire avec.

 

 

De quoi les femmes aiment-elles parler ?

 

 

Les femmes parlent plus facilement que les hommes, elles sont beaucoup plus douées pour cela que leurs compagnons. La différence est nette dès l’enfance : les petites filles parlent plus tôt que les garçons, font des phrases plus élaborées, ont une meilleure grammaire et cela dure toute la vie...Elles parlent de leurs émotions, de leurs enfants, de leurs conjoints, de leurs problèmes, de ce qui à trait à la séduction,… À quoi cela est-il dû ? Depuis au moins un million d’années ce sont les femmes qui élèvent les enfants et qui leur parlent le plus. Les nécessités de la survie les ont incitées à développer un lien social moins contaminé par les relations de compétition que pour les hommes ce qui leur permet d’avoir des conversations où l’échange d’émotions, de révélations sur soi ne les met pas autant en danger. Ce n’est pas un monde exempt de compétition, mais il est moins tourné vers la conquête du pouvoir et du statut que vers celui de la séduction.

 

 

Que de stéréotypes me dira-t-on ! En Occident les choses ont changé ? Oui, elles ont beaucoup changé et elles continueront de le faire (en particulier depuis les possibilités de contrôle des naissances) mais le changement s’applique sur une structure, celle du cerveau qui, elle, ne change pas. Le problème de l’obésité nous fournit un bon exemple pour comprendre les influences occultes qui s’exercent sur nous à notre insu. Depuis plusieurs millions d’années les aliments naturellement sucrés et bien fournis en graisse, faisaient les délices de nos ancêtres car ils ne mangeaient pas souvent à leur faim et, quand l’occasion s’en présentait, ils se gavaient sans aucune retenue. L’attirance pour ces aliments est gravée dans nos gènes. Aujourd’hui nos grands magasins regorgent de victuailles, nous n’avons absolument plus besoin de faire de réserve ni dans nos coffres ni dans nos corps et l’obésité est en plein développement ! Bel exemple de la persistance de besoins inconscients inscrits au plus profond des structures de notre cerveau !

 

 

Les compétences psychologiques, morales, sociales de notre cerveau (ce que l’on peut résumer par le mot « culture ») nous permettent d’évoluer mais pas de changer la matière première qui est leur support ! Il nous faut apprendre tous les jours et toute notre vie à composer avec elle.

 

 

 

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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Mardi 24 octobre 2006 2 24 /10 /Oct /2006 08:43

Helen FISHER est anthropologue et elle a étudié l’amour en scientifique : imagerie par résonance magnétique, enquête, questionnaires à un millier de sujets. Il en ressort un livre bien plus passionnant que nombre de romans dits d’amour : « Pourquoi nous aimons ? », édition Robert Laffont, 2006.

L’amour évolue en trois phases nous dit-elle, toutes trois détectables au niveau du cerveau et caractérisées par des neurotransmetteurs spécifiques et des différences précises sont repérables entre les sujets hommes et les sujets femmes.

-          Première phase : la pulsion sexuelle : elle nous pousse à rechercher des relations sexuelles avec plusieurs personnes.

-          Deuxième phase : l’amour romantique. Pendant cette phase, l’attention et le désir de protéger se focalisent sur une seule personne (afin de lui consacrer l’énergie et le temps suffisant pour créer une famille).

-          L’attachement : il sert à inciter les couples à rester ensemble le temps d’élever et de protéger sa famille.

Pendant la première phase, ce sont les phéromones qui semblent jouer le rôle le plus déterminant. Si les phéromones des deux partenaires ne sont pas compatibles l’effet répulsif empêchera l’établissement d’une relation intime (c’est l’une des raisons qui obligeait à ce qu’il y ait soumission de la femme à l’homme dans les mariages arrangés d’autrefois). Cet obstacle franchi, le désir va déclencher la production de testostérone qui stimule les relations sexuelles. Des réactions en cascade se mettent alors en place : la testostérone intervient dans la production de dopamine (et inversement), fondamentale dans la phase de l’amour romantique.

C’est en effet un neurotransmetteur puissant, la dopamine, qui intervient pendant la phase de l’amour romantique. Il provoque la focalisation de l’attention, une sensation d’énergie débordante, de l’euphorie et une attitude de « recherche de récompense ».Remarquons que la dopamine qui nous rend « accro » à la personne que l’on aime, est impliquée également dans la dépendance aux drogues 

 

Helen Fisher retrouve parfaitement ces caractéristiques dans les réponses au questionnaire qu’elle a posé à mille personnes de diverses orientations sexuelles, religions, groupes ethniques,…

-          83% des hommes et 90% des femmes ont une attention focalisée d’une façon extrême pendant cette période d’amour romantique. Ils déclarent, par exemple, se souvenir avec précision de choses insignifiantes dites ou faites par le bien-aimé.

-          77% des hommes et 76% des femmes déclarent se sentir empli d’une énergie intense

-          Une grande proportion d’hommes et de femmes également affirme ressentir une forte motivation, une grande dépendance émotionnelle envers l’être aimé, une tendance nette à la possessivité exclusive de l’autre, un ressenti d’union affective.

La troisième phase, la phase de l’attachement est sous la dépendance de deux hormones : ocytocine pour la femme et vasopressine pour l’homme. Ces deux hormones sont produites, entre autres, au moment de l’orgasme qui ainsi acquiert un rôle fondamental dans l’établissement des liens d’attachement.

Pourquoi tombe-t-on amoureux de telle ou telle personne ? La phase de séduction ressort sans doute de facteurs très personnels dont nous reparlerons, mais quand il s’agit de l’amour romantique, qui focalise l’attention sur une seule personne à la fois et qui mène habituellement à créer une famille, des facteurs généraux existent et sont déjà bien connus : proximité physique, disponibilité, statut social, niveaux culturels proches, valeurs religieuses et politiques partagées,…Un autre facteur beaucoup moins connu et parfaitement inconscient semble jouer nous dit Helen Fisher : «  il est possible qu’on cherche celui qui nous est différent d’un point de vue génétique et immunitaire. La personne choisie serait à la fois identique socialement et différente génétiquement»

Cette débauche de neurotransmetteurs et d’interactions hormonales ne dure pas un temps infini. Elle s’épuise d’elle-même au bout de quelques années (soit au regard de l’évolution, le temps d’élever à minima un enfant pour qu’il ait suffisamment de chances de subsister). Comme toutes les drogues, l’amour provoque une sorte d’accoutumance. Deux solutions se présentent alors : soit on recommence un cycle avec un(e) nouveau(elle) partenaire soit le cerveau aura produit suffisamment d’ocytocine (pour les femmes) et de vasopressine (pour les hommes) pour que l’attachement s’installe et fasse durer la relation en transformant sa nature.

Cette chimie de l’amour peut en effrayer plus d’un. Il me semble, au contraire, qu’elle peut éclairer beaucoup de comportements dont la littérature essaie de rendre compte d’une façon souvent confuse et embrouillée.

 

Ce point de vue scientifique sur l’amour va dans le même sens que de nombreuses observations issues des recherches en éthologie humaine et en psychologie évolutionniste. Il n’exclut pas d’autres points de vue : sociaux, moraux, historiques, religieux. Il en est le soubassement, la base incontournable sur laquelle des édifices très différents les uns des autres peuvent être élaborés. Pour ma part, je crois que les différences entre les diverses expressions de l’amour sont bien moindres que ce qui les rassemble. Comme pour la cuisine : on peut manger du blé ou du riz, des insectes grillés ou des grenouilles, en réalité on recherche sans le savoir, toujours la même proportion de protéines, de graisses et de sucre. L’amour : une sacrée cuisine !

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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Mercredi 18 octobre 2006 3 18 /10 /Oct /2006 05:36

Communiquer n’est pas chose facile. Souvent ce que l’on ne dit pas, le fameux « non-dit » des psys, est aussi, ou plus important que ce qui est dit ! il en va de même pour les odeurs. Celles que l’on ne sent pas sont les plus puissantes !

 

Deux types de glandes produisent des odeurs identifiables :

 

-          les glandes écrines qui produisent la sueur avec une odeur facilement reconnaissable

 

-          les glandes apocrines situées sur les paupières, les aisselles, les bouts des seins et leurs aréoles et sur les zones génitales et anales.

 

Les glandes apocrines produisent une odeur plus forte et plus grasse que les écrines. À notre époque on la considère comme étant plutôt repoussante et on cherche par tous les moyens à la supprimer (cela n’a pas été toujours le cas bien sûr !). Beaucoup de personnes estiment que l’odeur de l’autre est « intrusive » et attaque notre sacro-sainte bulle d’intimité ! C’est ainsi que le marché des déodorants est devenu une industrie florissante !

 

Mais nous produisons un autre type d’odeur avec nos glandes apocrines, indécelable consciemment : les phéromones. Chez les animaux, les phéromones interagissent directement avec les hormones sexuelles. Ainsi le verrat émet une odeur qui met la truie en  demeure de copuler. Inversement, ce sont les femelles chez les tortues et les hamsters qui ensorcellent les mâles avec une phéromone (ce ne sont pas les mâles tortues qui prennent l’initiative, comme pourrait le laisser penser leur ardeur impressionnante).

 

Qu’en est-il pour les humains ? Nous émettons des phéromones dont nous n’arrivons pas à déceler l’odeur consciemment et ces phéromones jouent un rôle sexuel. Cependant le résultat est loin d’être aussi automatique que chez l’animal, cela n’empêche qu’il soit puissant, d’autant plus qu’il agit dans la plus parfaite inconscience ! De nombreuses expériences ont été menées pour comprendre le rôle de ces mystérieuses odeurs. En voici une menée sur un panel de 52 personnes : les hommes doivent classer des chemises de nuit portées par des femmes pendant leur période d’ovulation (où elles sont fécondes) ou en dehors de cette période. Le résultat est massif, les hommes apprécient dans leur grande majorité l’odeur des chemises portées pendant la période d’ovulation (« odeur sexy »). Cela signifie que les femmes émettent pendant cette période une phéromone (rappelons qu’elle n’est pas décelable consciemment) qui incite les hommes à avoir des rapports sexuels ! Ok ! est-on tenté de dire, mais est-ce que ça marche vraiment ? Une autre expérience, menée en double aveugle (en 2000) est éloquente. On ajoute au parfum habituel de certaines femmes participant à l’expérience une phéromone sexuelle. Pour d’autres femmes( celles du double aveugle) rien n’est ajouté. Bien sûr personne ne sait si le parfum a été modifié, cela sera découvert seulement à la fin de l’expérience. Résultat : les ¾ des femmes qui portaient le parfum modifié ont, à la fin de l’expérience, notablement augmenté leurs activités hétérosexuelles ! Comme chez les animaux, la phéromone sexuelle incite les humains à avoir des rapports sexuels pendant la période la plus favorable à la fécondation. A vrai dire cela n’a rien de surprenant (c’est le contraire qui le serait !) mais cela nous déstabilise toujours un peu de voir que nous sommes des animaux (presque) comme les autres !

 

Dans une autre expérience classique et déjà ancienne, on pulvérise de l’androstérone (parfaitement inodore consciemment) sur des chaises dans une salle d’attente. Résultat : les femmes ont tendance à venir s’asseoir sur ces chaises et les hommes ont plutôt tendance à les éviter !...

 

Le film, tiré du roman de Patrick Süskind : « le parfum » traite un peu ce sujet, mais, hélas, il ne semble pas être à la hauteur du roman ! http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Parfum

 

 

NB : on m’a demandé ce que signifiait « ppp 06» dans le titre : cela signifie : « petite psychologie de poche », et 06, car c’est la 6ème chronique de psychologie sur ce blog.

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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Dimanche 13 août 2006 7 13 /08 /Août /2006 07:05

Les terroristes ont-ils plus de plaisir à tuer que les autres. Il ne semble pas y avoir parmi eux plus de personnalités sadiques que dans le reste de la population. Il sont aveuglés par d’autres illusions, une idéologie savamment mise en place et orchestrée dans leur tête suivant les bonnes vielles recettes de la manipulation des esprits. Il a fallu d’abord déshumaniser l’autre, en faire quelque chose de moins qu’un homme. Cela commence par de grandes campagnes d’opinion, il faut le sataniser, l’extraire de la communauté des humains normaux, des élus, des croyants, des membres du parti, en faire un être sans visage, sans regard, privé de sentiments. Cette campagne est orchestrée, à grande échelle, dans certaines mouvances islamiques aujourd’hui (parfois à l’échelle d’un pays) contre les Américains, contre les juifs, contre les Occidentaux (elle l’a été autrefois, à grande échelle, en Europe, contre les juifs, contre les Protestants, etc. et la haine de l’étranger est encore le fond de commerce de certains partis, en France encore aujourd’hui)… Quand l’autre a perdu son humanité, il faut habituer le futur meurtrier à tuer par des exercices intensifs, progressifs et systématiques. Son imaginaire et sa volonté sont soutenus par des images passées en boucle (par exemple cassettes de victoires sanglantes sur les mécréants, ou l’on voit comment les « frères » font exploser un char russe en Tchétchénie, puis achèvent les soldats à terre en les arrosant de coups de mitraillettes, hurlant « dieu est grand »). Il faut ensuite rendre captif le psychisme du sujet : le couper de toute relation avec les autres (en dehors des séances d’entraînement, il suffit de l’occuper à réciter interminablement des prières). Il faut couper le maximum de liens qui le retiennent encore dans le monde normal. Il ne doit se sentir bien qu’avec ses « frères » et n’éprouver du plaisir que pour la cause (conditionnement par association de stimulus bien connue en psychologie du comportement). Et le moment venu on pourra lui confier une mission dont il ne reviendra pas... Tout ceci est malheureusement très banal. Est-ce que tout le monde peut devenir terroriste ? Presque… Bien que certaines personnalités semblent plus prédisposées que d’autres… perte de repères, sentiment de dépendance (besoin de se placer sous l’autorité rassurante de quelqu’un ou d’une institution comme la bande, l’armée, l’autorité religieuse), narcissisme,… Contrairement à ce que l’o n pourrait penser, les personnalités trop instables ou névrotiques, sont écartées car jugées peu fiables (cas du terroriste français Zacarias Moussaoui). On pourrait répondre de la même façon à la question « les nazis étaient t’ils des monstres ? » On peut être sûr, hélas, que dans les mêmes conditions que celle de l’Allemagne nazie beaucoup de « bons français » auraient agi de la même façon. L’expérience de ZIMBARDO qui a reconstitué les conditions d’une prison, lors d’une expérience à l’université de Stanford, aux USA en 1971, en démonte assez bien les mécanismes. L’expérience de MILGRAM, sur l’obéissance à l’autorité va dans le même sens (on peut avoir un aperçu de cette célèbrissime expérience dans le film « I comme Icare » de Henri Verneuil avec Yves Montand). http://cine.voila.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=24712.html

Vous trouverez également une analyse extraordinaire de pertinence sur le terrorisme islamiste, ses sources, ses enjeux et son évolution, sur le blog de Guy SORMAN :   http://gsorman.typepad.com/

 

Vous trouverez des informations complémentaires particulièrement pertinentes sur le sujet du terrorisme en France, dans l’interview accordée par Stéphane BERTHOMET, il y a déjà quelques mois mais toujours d’actualité, au journal MARIANNE :

http://www.marianne-en-ligne.fr/dossier/e-docs/00/00/4D/A9/document_article_dossier.phtml?cle_dossier=19882

 

Par alain barré - Publié dans : ppp (Petite Psychologie de Poche
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