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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alain barré
Publié dans : #Lectures - cinéma - citations -...

Quelques citations extraites du livre de Françoise GIROUD et B H LEVY : « Les hommes et les femmes ». 1/3

 

 

FG : Les vieilles structures se sont désintégrées…. Une chape de plomb a fondu. Les femmes sont tout bonnement en quête de bonheur. Plus capables qu’autrefois de réactions simples et gourmandes de leur vie. Page 15

 

 

FG : Je dis, et c’est tout simple, que dans un immense effort, les femmes se sont libérées d’elles-mêmes. Elles ont évacué une bonne part de la culpabilité qui s’attache depuis des siècles non seulement à leurs relations amoureuses mais à toutes leurs conduites. P18

 

 

FG : Relisez Stendhal, le premier écrivain qui ait jeté sur les femmes un regard tendre et dénué de misogynie…p21

 

 

FG : …Les femmes sont sorties de leur torpeur, une part d’elles-mêmes est devenue conquérante, dynamique, joyeuse, humoristique,… p25

 

 

FG : Savez-vous combien de femmes ont été mutilées par la peur de « tomber enceinte » ?...p27

 

 

FG : Plus tard il y aura Colette avec les plaisirs qu’on nomme à la légère physiques…mais elle est bien seule…p29

 

 

FG : Même les femmes les plus belles ont une conscience aigue de leur imperfection, se persuadent que tout le monde a les yeux braqué sur tel ou tel petit défaut…

 

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Publié le par alain barré
Publié dans : #ppp (Petite Psychologie de Poche

Quand on voyage dans des pays musulmans, on est surpris de voir que la polygamie y est toujours admise et pratiquée. Seuls, la Tunisie et la Turquie l’ont officiellement bannie et le Maroc l’a rendue plus difficile lors de la réforme du Code civil en 2003 (http://sisyphe.org/article.php3?id_article=786 ). Une enquête datant de quelques années, rapporte qu’elle concerne 80% des cultures humaines. Dans nos sociétés occidentales, seuls les Mormons semblent encore apprécier cette pratique (malgré l’interdiction promulguée il y a un siècle).

Qui concerne-t-elle ? La polygamie est une affaire d’hommes, d’hommes qui ont du pouvoir, des richesses, de la renommée. Dans le sociétés de chasseurs-cueilleurs où l’on n’accumule pas de richesses, posséder plusieurs femmes est l’apanage des bons chasseurs ou de ceux qui ont du charisme.

L’invention de l’agriculture, permettant l’accumulation des richesses, à vue l’extension extraordinaire de la polygamie, au point qu’il a fallu inventer des harems pour mettre les femmes à l’abri de la convoitise des autres hommes. Le « record » semble détenu par Moulay Ismaël le sanguinaire, un sultan marocain mort en 1727 qui a eu 888 enfants officiels !

Les harems étaient également des lieux où une coercition implacable s’exerçait contre les femmes. La réalité de ces lieux est très éloignée des fantasmes entretenus par les écrivains du 19ème siècle !

 

La polygamie est source d’un partage inégal des femmes à l’origine d’innombrables guerres aussi bien dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs que dans celles de l’Antiquité (la fondation de Rome commence par l’enlèvement des Sabines, femmes d’une tribu voisine). Etant données les tensions qu’elle engendre entre les hommes, la polygamie a besoin, pour se maintenir, de coercition. Il est intéressant de noter que cette coercition s’exerce d’abord entre les hommes qui sont en concurrence. On comprend mieux alors que la monogamie se soit développée, non pas suite à des revendications et aux pressions exercées par des femmes, mais suite à des accords entre homme pour limiter les dégâts dans leur concurrence pour l’accès aux femmes ! La monogamie limite les tensions entre hommes et permet ainsi de libérer leur énergie pour d’autres luttes (la guerre contre un ennemi extérieur, la production,…) !

On peut penser que le succès du christianisme des premiers temps auprès des pauvres, provient entre autres du fait qu’il se déclarait complètement hostile à la polygamie (voir les épîtres de Paul).

 

Qu’en est-il de la situation inverse : une femme disposant de plusieurs hommes ? Cette situation ne survient que dans des situations particulières : lorsque l’environnement ne permet pas à un homme de survivre sans femme. Elle cesse dès que les conditions s’améliorent. On en trouve des exemples chez les Inuits (eskimos), dans une peuplade isolée de Chine et chez des fermiers tibétains : deux frères se partagent une épouse pour survivre dans des conditions extrêmes !

 

Historiquement la polygamie est le résultat de la lutte entre les hommes pour s’approprier les femmes, lutte qui a comme corollaire le développement d’une société coercitive, plus ou moins despotique. Dans son essence, la polygamie est antinomique de la démocratie.

La lutte pour la démocratie passe donc bien par la lutte contre la polygamie. C’est ce qu’avait compris Habib Bourguiba lorsqu’il a promulgué la première constitution de la Tunisie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Habib_Bourguiba ) et Moustafa kémal pour la Turquie. Le souverain du Maroc ne l’a pas complètement interdite en 2003 mais rendue extrêmement difficile.

Les islamistes, eux aussi, l’ont parfaitement compris, c’est pour cela qu’ils haïssent tant la démocratie et qu’ils cherchent à imposer le port du voile, symbole évident de la soumission sexuelle des femmes (voir le livre de Chahdortt Djavann : Bas les voiles ! éditions Folio, 3 € : http://www.evene.fr/celebre/biographie/chahdortt-djavann-14941.php ).

On comprend mieux également l’erreur des Américains qui pensent naïvement établir la démocratie dans les pays musulmans en organisant des élections !

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Publié le par alain barré
Publié dans : #Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...

Au lieu de dire « Tu occupes toutes mes pensées ou tu remplis mes rêves », Paul Eluard, ce grand poète mort en 1952, écrit dans  « L’amoureuse » : « Elle est debout sur mes paupières… » et cela change tout ! Cette image, même les enfants la comprennent ainsi que ceux qui ont gardé leur âme d’enfant. Eluard a supprimé l’élément de comparaison « comme ». Il le sous-entend, et cela rend la présence encore plus forte. La présence de « l’amoureuse » n’est pas comme une pensée que l’on contrôle mais comme une réalité qui s’impose, une obsession, une ritournelle dont on ne peut se défaire,…

 

Que dit le poète ? Tu es toujours là, je ne peux détourner le regard, tu occupes tout l’espace de ma vision et de mes rêves, qu’ils se déroulent les yeux fermés ou les yeux ouverts… « Tu es toujours debout sur mes paupières !... » Magie des mots quand il sont choisis par un grand poète !

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux

Elle s'engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

 

                              Elle a toujours les yeux ouverts

                              Et ne me laisse pas dormir.

                              Ses rêves en pleine lumière

                              Font s'évaporer les soleils

                              Me font rire, pleurer et rire,

                              Parler sans avoir rien à dire.

 

 

 

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Publié le par alain barré
Publié dans : #ppp (Petite Psychologie de Poche

Qui n’a connu dans sa vie le chagrin ? Perte d’un être cher, père, mère, frère ou sœur, un enfant, un proche, un ami, un conjoint, un être aimé…Le chagrin peut n’être que passager. Dans la plupart des cas, il dure au moins six mois pour le deuil d’un proche, autant pour un amour. Parfois il dure plus longtemps, des années,…toute la vie… ?

 

Il est réactivé par le moindre petit évènement qui rappelle l’être cher : un couvert que l’on ne met plus à table, un lieu que l’on avait l’habitude de parcourir à deux,…Agnès Varda évoque très bien cela dans son film sur les veuves de Noirmoutier…

 

On comprend que le chagrin existe car son mécanisme se fonde sur la mémoire. Un amnésique n’éprouve pas de peine pour la perte d’un ami car il ne se souvient plus de son ami. Cela est fort bien décrit dans le récit que Gaëtane Chapelle fait du cas de André. André est devenu amnésique à la suite d’un accident. Sa mémoire sémantique (ce qu’il a appris, ses connaissances) n’est pas atteinte, sa mémoire procédurale (ses savoir-faire) non plus, mais il a perdu tous ses souvenirs et ne retient pas ce qui lui arrive, sa mémoire « épisodique » est défaillante. Quand il doit réaliser une tâche en plusieurs étapes, il oublie ce qu’il a fait au début et recommence plusieurs fois sans s’en rendre compte. Si on lui demande s’il oublie des rendez-vous, il répond que non, car il oublie qu’il oublie. Il oublie également que ses amis et sa famille lui ont rendu visite !

 

On lui a demandé s’il serait malheureux d’apprendre la mort prochaine d’un ami très cher ? En fait cela ne l’affecterait pas et il ne voit pas en quoi ses projets seraient modifiés. Ne se souvenant pas des relations positives avec cet ami, il n’imagine pas la perte affective. Son amnésie le rend donc moins sensible à ces propres malheurs et à ceux des autres. André est plutôt heureux, mais il est seul dans son bonheur.(Je précise que le cas d’André ne recouvre pas le cas de tous les amnésiques. Suivant les atteintes certains peuvent beaucoup souffrir de la perte de leur passé.)

 

La douleur, le chagrin occasionné par la perte de l’être cher sont trop forts et trop durables pour jouer un rôle positif. Souvent ils empêchent celui qui les subit de participer utilement à la vie sociale et de s’occuper de soi-même et des autres. Alors pourquoi le chagrin ? Comment l’évolution a-t-elle pu le sélectionner et le faire perdurer jusqu’à nous ? il a sûrement fallu une raison impérieuse, vitale.

 

Une hypothèse a été émise par des chercheurs en psychologie évolutionniste : Le chagrin serait l’envers de l’amour. Inutile et même nuisible une fois qu’il est déclenché. Il ne serait qu’une sorte de menace dissuasive, rappelant continuellement combien il est important, vital de prendre soin de ceux que l’on aime : enfants, conjoints, parents, amis malgré les multiples sollicitations du monde qui nous assaillent. Ce genre de dispositif doit représenter une menace terrible et implacable pour être efficace. Il est à l’image de la dissuasion nucléaire qui est faite pour ne pas être utilisée, et qui si elle l’était serait apocalyptique. Le chagrin, en somme, fait partie de ce que l’on appelle : les « dispositifs de l’apocalypse » , un dispositif de l’apocalypse interne inutile et même nuisible quand il est déclenché mais qui sert à prévenir des conséquences du manque d’amour. Etant donné sa nature, il peut donc se déclencher pour le motif ayant présidé à son élaboration, par exemple, mort d’un enfant par suite d’une négligence coupable, mais tout autant pour une perte dont toute responsabilité est exclue. Un dispositif n’a pas d’état d’âme, il est profondément injuste par nature même si l’on en admet l’utilité. Et l’on comprend que l’homme s’en prenne alors à Dieu, comme ce pauvre Job se lamentant sur son grabat !...

 

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Publié le par alain barré
Publié dans : #ppp (Petite Psychologie de Poche

De quoi les hommes aiment-ils parler ?

De sport, de technique, de voitures, d’informatique, de politique, de l’état du monde, de leurs affaires, de pêche, de chasse ou de leurs équivalents modernes, de filles conquises ou à conquérir,…Les conversations masculines évoquent un univers de compétition souvent intense, de coups fourrés, de coups bas, d’entraides, de luttes, de tactiques, entrecoupés de moments de détentes (où l’on ne doit pas laisser apparaître sa faiblesse). On y trouve des héros, des chefs, des qui-veulent-être-chef-à-la-place-du-chef, des qui ne seront jamais chefs, des vainqueurs, des vaincus, des alliances, des trahisons, des lâchetés, des tableaux d’honneur,…

 

Pendant des millions d’années, les hommes ont suivi à la trace des animaux, se sont unis pour les piéger, les abattre, ont passé de longs moments au retour de la chasse à évoquer leurs exploits, à envisager les meilleures techniques pour les chasses futures, à s’affronter pour savoir qui serait le chef du clan (mais à respecter la hiérarchie une fois qu’elle a été établie…jusqu’à la prochaine occasion), à conquérir des femmes et pour cela à acquérir le meilleur statut dans le groupe,… Tout cela a laissé des traces dans leur psychisme. Leur cerveau est directement hérité de cette époque et l’on peut penser qu’il n’a pas changé depuis 40 000 ans ! Ce qui a changé, ce sont nos conditions de vie, en particulier en Occident, depuis deux siècles. Le cerveau que nous ont légué nos ancêtres est doté de compétences psychologiques, sociales, intellectuelles, morales telles qu’elles nous permettent de nous adapter (tant bien que mal) à tous ces changements accélérés mais le substrat, la matière première de notre cerveau ne change pas. Il y a un décalage, un « mismatch » disent les psychologues évolutionnistes, et il nous faut faire avec.

 

 

De quoi les femmes aiment-elles parler ?

 

 

Les femmes parlent plus facilement que les hommes, elles sont beaucoup plus douées pour cela que leurs compagnons. La différence est nette dès l’enfance : les petites filles parlent plus tôt que les garçons, font des phrases plus élaborées, ont une meilleure grammaire et cela dure toute la vie...Elles parlent de leurs émotions, de leurs enfants, de leurs conjoints, de leurs problèmes, de ce qui à trait à la séduction,… À quoi cela est-il dû ? Depuis au moins un million d’années ce sont les femmes qui élèvent les enfants et qui leur parlent le plus. Les nécessités de la survie les ont incitées à développer un lien social moins contaminé par les relations de compétition que pour les hommes ce qui leur permet d’avoir des conversations où l’échange d’émotions, de révélations sur soi ne les met pas autant en danger. Ce n’est pas un monde exempt de compétition, mais il est moins tourné vers la conquête du pouvoir et du statut que vers celui de la séduction.

 

 

Que de stéréotypes me dira-t-on ! En Occident les choses ont changé ? Oui, elles ont beaucoup changé et elles continueront de le faire (en particulier depuis les possibilités de contrôle des naissances) mais le changement s’applique sur une structure, celle du cerveau qui, elle, ne change pas. Le problème de l’obésité nous fournit un bon exemple pour comprendre les influences occultes qui s’exercent sur nous à notre insu. Depuis plusieurs millions d’années les aliments naturellement sucrés et bien fournis en graisse, faisaient les délices de nos ancêtres car ils ne mangeaient pas souvent à leur faim et, quand l’occasion s’en présentait, ils se gavaient sans aucune retenue. L’attirance pour ces aliments est gravée dans nos gènes. Aujourd’hui nos grands magasins regorgent de victuailles, nous n’avons absolument plus besoin de faire de réserve ni dans nos coffres ni dans nos corps et l’obésité est en plein développement ! Bel exemple de la persistance de besoins inconscients inscrits au plus profond des structures de notre cerveau !

 

 

Les compétences psychologiques, morales, sociales de notre cerveau (ce que l’on peut résumer par le mot « culture ») nous permettent d’évoluer mais pas de changer la matière première qui est leur support ! Il nous faut apprendre tous les jours et toute notre vie à composer avec elle.

 

 

 

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Publié le par alain barré
Publié dans : #ppp (Petite Psychologie de Poche

Helen FISHER est anthropologue et elle a étudié l’amour en scientifique : imagerie par résonance magnétique, enquête, questionnaires à un millier de sujets. Il en ressort un livre bien plus passionnant que nombre de romans dits d’amour : « Pourquoi nous aimons ? », édition Robert Laffont, 2006.

L’amour évolue en trois phases nous dit-elle, toutes trois détectables au niveau du cerveau et caractérisées par des neurotransmetteurs spécifiques et des différences précises sont repérables entre les sujets hommes et les sujets femmes.

-          Première phase : la pulsion sexuelle : elle nous pousse à rechercher des relations sexuelles avec plusieurs personnes.

-          Deuxième phase : l’amour romantique. Pendant cette phase, l’attention et le désir de protéger se focalisent sur une seule personne (afin de lui consacrer l’énergie et le temps suffisant pour créer une famille).

-          L’attachement : il sert à inciter les couples à rester ensemble le temps d’élever et de protéger sa famille.

Pendant la première phase, ce sont les phéromones qui semblent jouer le rôle le plus déterminant. Si les phéromones des deux partenaires ne sont pas compatibles l’effet répulsif empêchera l’établissement d’une relation intime (c’est l’une des raisons qui obligeait à ce qu’il y ait soumission de la femme à l’homme dans les mariages arrangés d’autrefois). Cet obstacle franchi, le désir va déclencher la production de testostérone qui stimule les relations sexuelles. Des réactions en cascade se mettent alors en place : la testostérone intervient dans la production de dopamine (et inversement), fondamentale dans la phase de l’amour romantique.

C’est en effet un neurotransmetteur puissant, la dopamine, qui intervient pendant la phase de l’amour romantique. Il provoque la focalisation de l’attention, une sensation d’énergie débordante, de l’euphorie et une attitude de « recherche de récompense ».Remarquons que la dopamine qui nous rend « accro » à la personne que l’on aime, est impliquée également dans la dépendance aux drogues 

 

Helen Fisher retrouve parfaitement ces caractéristiques dans les réponses au questionnaire qu’elle a posé à mille personnes de diverses orientations sexuelles, religions, groupes ethniques,…

-          83% des hommes et 90% des femmes ont une attention focalisée d’une façon extrême pendant cette période d’amour romantique. Ils déclarent, par exemple, se souvenir avec précision de choses insignifiantes dites ou faites par le bien-aimé.

-          77% des hommes et 76% des femmes déclarent se sentir empli d’une énergie intense

-          Une grande proportion d’hommes et de femmes également affirme ressentir une forte motivation, une grande dépendance émotionnelle envers l’être aimé, une tendance nette à la possessivité exclusive de l’autre, un ressenti d’union affective.

La troisième phase, la phase de l’attachement est sous la dépendance de deux hormones : ocytocine pour la femme et vasopressine pour l’homme. Ces deux hormones sont produites, entre autres, au moment de l’orgasme qui ainsi acquiert un rôle fondamental dans l’établissement des liens d’attachement.

Pourquoi tombe-t-on amoureux de telle ou telle personne ? La phase de séduction ressort sans doute de facteurs très personnels dont nous reparlerons, mais quand il s’agit de l’amour romantique, qui focalise l’attention sur une seule personne à la fois et qui mène habituellement à créer une famille, des facteurs généraux existent et sont déjà bien connus : proximité physique, disponibilité, statut social, niveaux culturels proches, valeurs religieuses et politiques partagées,…Un autre facteur beaucoup moins connu et parfaitement inconscient semble jouer nous dit Helen Fisher : «  il est possible qu’on cherche celui qui nous est différent d’un point de vue génétique et immunitaire. La personne choisie serait à la fois identique socialement et différente génétiquement»

Cette débauche de neurotransmetteurs et d’interactions hormonales ne dure pas un temps infini. Elle s’épuise d’elle-même au bout de quelques années (soit au regard de l’évolution, le temps d’élever à minima un enfant pour qu’il ait suffisamment de chances de subsister). Comme toutes les drogues, l’amour provoque une sorte d’accoutumance. Deux solutions se présentent alors : soit on recommence un cycle avec un(e) nouveau(elle) partenaire soit le cerveau aura produit suffisamment d’ocytocine (pour les femmes) et de vasopressine (pour les hommes) pour que l’attachement s’installe et fasse durer la relation en transformant sa nature.

Cette chimie de l’amour peut en effrayer plus d’un. Il me semble, au contraire, qu’elle peut éclairer beaucoup de comportements dont la littérature essaie de rendre compte d’une façon souvent confuse et embrouillée.

 

Ce point de vue scientifique sur l’amour va dans le même sens que de nombreuses observations issues des recherches en éthologie humaine et en psychologie évolutionniste. Il n’exclut pas d’autres points de vue : sociaux, moraux, historiques, religieux. Il en est le soubassement, la base incontournable sur laquelle des édifices très différents les uns des autres peuvent être élaborés. Pour ma part, je crois que les différences entre les diverses expressions de l’amour sont bien moindres que ce qui les rassemble. Comme pour la cuisine : on peut manger du blé ou du riz, des insectes grillés ou des grenouilles, en réalité on recherche sans le savoir, toujours la même proportion de protéines, de graisses et de sucre. L’amour : une sacrée cuisine !

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Publié le par alain barré
Publié dans : #alain barré

Pour moi la colonisation ne représente qu'une étape dans la longue histoire des rapports de violence entre les groupes humains, les nations, les civilisations. Il en résulte ce que l'on appelle "l'Histoire" que l'on a beaucoup de mal à juger d'une façon objective (on est toujours plus ou moins partie prenante). L'Histoire, avec un grand H, est-elle bonne ou mauvaise, représente-t-elle un progrès ? Comme pour la littérature, je pense qu'il ya de belles et passionnantes histoires qui ne sont pas forcément bonnes et inversement. Mais une chose est certaine : les cultures et les civilisations n'avancent pas "sans faire d'histoires", des bonnes et des mauvaises ! Pour la colonisation, les historiens des pays concernés se chargeront, peu à peu d'écrire la leur, sûrement avec aussi peu
d'objectivité que nous l'avons fait dans un premier temps !
...
Mon appréciation diverge beaucoup plus, il me semble, par rapport à la tienne, quand tu analyses les raisons de la stagnation actuelle de ces pays. Peut-être ton appréciation est-elle valable pour un certains nombres de pays d'Afrique que tu connais bien ? Mais comment expliquer que certains pays anciennement colonisés, et non des moindres, s'en sortent bien et d'autres non ? On ne peut pas faire appel indéfiniment au bilan désastreux de la colonisation !

 

 Je pense à un pays en particulier, il représente 1/6ème de la population du monde à lui tout seul, l'Inde. L'inde a été colonisée et « mise en valeur » pour le compte du souverain par l'East India Company". L'Inde a stagnée jusqu'à la fin des années 80, c à d jusqu'à la chute de l'URSS dont elle copiait servilement le modèle économique. Il ne s'agissait pas d'une colonisation mais d'une servitude volontaire. Quand les yeux des dirigeants indiens ont été dessillés par l’effondrement de leur idole, leur économie s'est envolée ! L'Inde a adopté alors un fonctionnement relativement démocratique et une économie relativement libérale et cela change tout ! Pour les pays musulmans il en va de même : ceux ( ils sont rares) qui ont évolué vers un peu plus de démocratie et une économie plus libérale se développent mieux. La Chine et l'Iran ont choisi (pas les peuples mais les classes dirigeantes privilégiées) une autre voie qui leur permet également un certain développement mais d'une qualité bien inférieure (surtout pour leurs peuples) : la dictature politique (communiste ou religieuse). D'un côté la dictature politique freine l'essor économique en le corsetant et en le canalisant dans certaines tâches uniquement d'exécution (de la sous-traitance pour les pays riches) et le libéralisme économique le stimule. Il est fort probable que cette façon de fouetter le cheval tout en le freinant amènera un certain nombre de soubresauts comme on l'a déjà vu en Chine en 2005 et comme on le reverra en Iran quand l'union des haines nationales autour de l'actuel président se sera éventée...  Tous ces exemples, (qui représentent la moitié de la population du tiers monde) vont à l'encontre du point de vue que tu soutiens qui consiste à faire peser le poids du non développement sur les anciennes puissances coloniales.
Cela ne signifie pas que les arguments que tu avances soient faux. J'estime seulement qu'il faut les relativiser et les intégrer dans un ensemble de facteurs où les situations particulières de chaque pays comptent. Par exemple, ce qui me frappe c'est que l'Inde, la Chine, L'Iran sont toutes trois de grandes et vieilles civilisations pour lesquelles l’épisode colonial n’a été qu’un moment de leur glorieux passé !...

 

 

 

 

A signaler : un philosophe pascal Bruckner vient de publier un ouvrage en rapport avec ce sujet : « La tyrannie de la repentance » : http://www.fnac.com/Shelf/article.asp?PRID=1862468&NID=2655870&RNID=%2D1&SubjectId=22&SID=a8f5c0c1%2D2c40%2D14ab%2D7454%2D8c6c96d92891&UID=02a19003b%2Db28c%2D9c00%2Df57d%2D5ff621e378e5&AID=&Origin=fnac%5Fgoogle%5Fhome&OrderInSession=1&TTL=191020061120

 

Par ailleurs je vous recommande sur le sujet, l’excellent numéro de la revu « L’histoire » : », la colonisation en procès, octobre 2005. On peut se le procurer, pour 7,30 €, en écrivant à la revue : http://www.histoire.presse.fr/

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Publié le par alain barré
Publié dans : #alain barré

Max m'envoie un long courrier qui continue les réflexions que nous avons commencées à échanger sur la colonisation. Je sais que des lecteurs de ce blog sont intéressés par ce sujet et je vous livre son texte in extenso. D'autres personnes peuvent participer à cette discussion soit en m'envoyant des mails soit en utilisant les "commentaires" en bas de chaque article. Pour ma part j'y apporterai une réponse demain

« Je crois que notre débat recouvre en réalité deux débats distincts et peut-être sans rapport entre eux, autre qu’historique.

 

Le premier est de juger de la colonisation et de ses bienfaits éventuels. Le second concerne la manière de résoudre politiquement, socialement et humainement les déséquilibres existant entre pays/peuples riches et pauvres.

 

Les bienfaits de la colonisation :

 

Abordons donc ce premier débat qui a l’intérêt de recouvrir en partie d’autres débats internes à nos sociétés occidentales.

 

On doit en premier lieu définir de ce qu’est la colonisation et les conditions de son apparition dans les relations entre collectivités humaines. (Cette première interrogation est historique et sociologique).

 

On devra ensuite définir les critères sociaux, humains, politiques, culturels économiques et autres qui permettent de porter un jugement positif ou négatif sur les effets de cette colonisation.

 

Définition de la colonisation

 

Le Petit Robert définit ainsi le terme « colonie » comme une réunion d’hommes partis d’un pays pour aller en habiter, en exploiter un autre.  Le terme  « colonisation » est défini sous deux rubriques :

 

1-         Le fait de peupler de colons ; de transformer en colonie ;

 

2-         Mise en valeur,exploitation des pays devenus colonies ;

 

Selon ces définitions, on considérera que toute invasion qui n’est pas suivie d’établissement durable avec mise en valeur ne constitue pas une colonisation et que pour qu’il y ait colonisation, il doit y avoir habitation a caractère permanent et exploitation.

 

« Ah ! vous voyez bien que la colonisation a pour effet la mise en valeur et que  par conséquent ses effets sont positifs ! »

 

Conditions de réalisation de la colonisation

 

Selon que la colonisation a lieu là où pré-existent d’autres groupes humains (indigènes ou colons antérieurs) dans le pays (le territoire) objet de la colonisation ou non, elle prendra un caractère différent. 

 

En effet si ce territoire était désert du point de vue de l’espèce humaine comme on pense que le furent le continents Australien et les îles du Pacifique lors de leur premier peuplement, il s’agit d’une colonisation de type peuplement.

 

Si au contraire il s’agit d’un territoire ou pays déjà occupé par d’autres groupes humains, il s’agit de la colonisation telle qu’on l’entend au sens usuel du terme.

 

Que l’on soit dans le premier ou le second cas, la mise en valeur d’une colonie admet implicitement qu’il y a eu prise de possession par un  groupe (les colons) d’un territoire. La question de savoir si ce territoire a été conquis sur d’autres groupes humains (indigènes ou colons antérieurs) ou non devient alors centrale.

 

Peuplement

 

Si la colonisation a lieu dans des territoires déserts, nous l’appellerons un peuplement et on peut lui reconnaître sans discussion qu’elle apportera les bienfaits que lui reconnaîtront les peuples l’ayant réalisée. L’histoire conclura sur ces bienfaits.

 

Il convient cependant de rappeler que la plupart des mouvements humains ont été plus souvent le résultat de la nécessité sociale et/ou économique plutôt que le simple désir d’aller à l’aventure pour découvrir de nouvelles contrées.

 

Colonisation

 

La colonisation, en tant qu’elle se réalise dans un territoire déjà peuplé, implique une prise de pouvoir non seulement agricole ou de type peuplement mais de type socio-politique d’une collectivité sur une autre. La notion de mise en valeur de ce territoire sous-entend déjà que les autochtones n’étaient pas capables d’assurer cette mise en valeur de manière satisfaisante, notion qui prête évidemment à discussion : qui décide, quand et comment s’opère le changement de peuples préposé à la mise en valeur.

 

On devra ici distinguer entre les phénomènes qui pour apparaître comme coloniaux n’en sont point et ceux qui le sont réellement :

 

L’expédition de type militaire ou pillage, n’impliquant pas d’établissement ayant une permanence devra être exclu du champ car il n’a pour but ni d’occuper le territoire de façon permanente, ni de le mettre en valeur mais au contraire de lui arracher toute sa valeur, immédiatement (cf Attila).

 

La mise en place de relation de vassalité du type protectorat sans établissement à caractère permanent de populations originaire de la collectivité suzeraine seront eux aussi laissés hors du champ, n’impliquant ni occupation permanente, ni mise en valeur (cf Bhoutan, Maldives, …). Ces exemples ne touchent que les pays/territoires n’offrant pas de valeur évidente aux tiers.

 

La plupart des colonies ont été établies par des populations originaires de pays puissants dans des pays moins puissants.  Je cherche encore un exemple de colonisés ayant sollicité la colonisation par un autre peuple ou celui d’une colonisation ayant eu lieu sans résistance du peuple colonisé. En attendant d’avoir ces exemples, on doit conclure que l’acte de colonisation est toujours un acte qui a pour objet de s’approprier une terre jusqu’ici détenue par d’autres : les colonisés.

 

Le manque de sens du partage et de l’accueil des populations colonisées se sont presque toujours traduites par une certaine résistance à l’établissement des colons, particulièrement dans la mesure où le but des colons est de s’approprier terres et ressources du pays colonisé au profit de la métropole. Cette résistance oblige malheureusement en retour le peuple colon à des activités violentes et déplaisantes pour mener à bien  son œuvre colonisatrice.

 

Enfin, il me paraît nécessaire d’ajouter à la définition coloniale un attribut essentiel qui est l’exploitation économique de type minier, assurée en fonction d’un marché étranger et au profit d’un peuple lui aussi étranger : l’entité qu’on définit comme métropole ou mère-patrie. De ce point de vue, la colonie est un territoire auxiliaire dans lequel, si les colons gardent le statut de citoyens de la mère-patrie, les colonisés ne l’acquièrent point.

 

Ce dernier point permet de différencier entre colonie et état vassal. L’état conquis par un autre état peut en effet reconnaître une relation de vassalité sans que son fonctionnement soit dépendant du fonctionnement d’un autre état, ni que son économie soit une économie de type minier fonctionnant au profit de marchés étrangers. Cette caractérisation nous permet ainsi de différentier entre la relation de vassalité comme celle liant les royaumes, principautés, villes-libres du moyen-âge avec le Saint Empire et la relation coloniale réalisée dans les possessions espagnoles du nouveau monde, l’Afrique française ou l’Empire britannique.

 

Conquête et appropriation

 

Généralement les colonies se sont constituées à l’issue d’une guerre plus ou moins sanglante qui a vu la victoire du peuple le plus fort.

 

 

Les colonisations antiques, en particulier la colonisation romaine, si elles furent souvent réalisées avec la complicité des élites locales intéressées à un développement du commerce, furent toujours le résultat d’une guerre souvent meurtrière car entre états disposant chacun d’armées relativement puissantes.

 

 

Les colonies modernes à compter du 16e siècle ont au contraire souvent été établies à un coût relativement plus faible en vies humaines, du fait de la considérable inégalité entre puissances coloniales et peuples colonisés. On citera pêle-mêle:

 

           16e siècle

 

       Caraïbes

 

       Brésil

 

       Colombie

 

       Mexique

 

       Pérou et toute l’Amérique centrale et méridionale

 

       Implantations de comptoirs en Afrique et Asie

 

           17e siècle

 

       Canada

 

       Amérique du Nord

 

       Ceylan

 

       Afrique du Sud

 

       Indonésie

 

       Malaisie

 

           18e siècle

 

       Inde

 

           19e siècle

 

       Afrique

 

       Asie du sud est

 

       Australie

 

       Moyen Orient

 

       Nouvelle Zélande

 

       Pacifique

 

 

Il convient maintenant d’examiner la colonisation pour déterminer si elle est bonne ou mauvaise. Dans la plupart des cas, le pays colonisateur a su justifier sur plan idéologique son action de conquête par diverses raisons :  religieuses, économiques, politiques, militaires, culturelles.

 

 

On notera que la conquête coloniale contient en germe les futurs combats de libération de la colonisation pour l’indépendance. En effet, lorsqu’on fait la guerre, celle-ci ne peut se terminer que par la paix. Cette paix ne peut être signée qu’avec ceux avec qui elle a été faite ce qui devient impossible quand le conquérant devient l’autorité avec qui la paix pourrait être signée. Il y a à ce moment un escamotage de l’adversaire qui contient le germe d’une lutte qui ne peut connaître de fin. On comparera ce cas avec celui contemporain de la Palestine, de l’Afghanistan ou de l’Irak tous pays où l’on a cru pouvoir faire l’économie d’une paix en faisant disparaître l’adversaire, soit comme criminel, soit comme terroriste.

 

 

Historique

 

L’avant-garde coloniale a généralement été constituée de missionnaires, généreusement venus apporter la bonne parole et le salut éternel aux païens encourant le risque de brûler à tout jamais dans les flammes de l’enfer. Si le bénéfice moral est évident pour le croyant colonial, on peut douter que le colonisé trouve le moindre bienfait à devoir renier les croyances traditionnelles propres à son peuple depuis de nombreuses générations pour embrasser une religion nouvelle qui lui est totalement étrangère, même si ses règles sont souvent semblables à celle de la religion proscrite. Pour ne point heurter les sensibilités, on s’abstiendra d’entrer dans le détail de la supériorité de l’adoration du Saint Esprit sur celle du Serpent à plumes ou de celle de l’Inquisition sur les cérémonies initiatiques de scarification.

 

 

Les missionnaires sont presque toujours accompagnés de militaires envoyés pour les protéger et assurer, au besoin par des démonstrations de force que les peuples colonisés reconnaissent que le nouveau pouvoir leur est supérieur. Le bienfait procuré par la pacification militaire et l’accès à des armes véritablement meurtrières est également discutable et, selon qu’on est le conquérant ou le conquis, on le trouvera grand ou nul. On laissera de côté l’aspect esclavagiste dans la suite de la discussion pour nous concentrer sur les aspects historiques, sociaux, économiques et politiques.

 

 

Pour assurer la colonisation, la première expédition coloniale est généralement suivie par l’établissement d’un mouvement régulier de colons venus de la métropole pour s’établir dans la colonie. Ceux-ci sont à la recherche de terres ou de ressources naturelles de nature à leur permettre une exploitation profitable de produits destinés aux marchés de la métropole. A ce stade la colonisation est souvent sous-traitée à des compagnies privées chargées de mettre en valeur la colonie pour le compte du souverain (VOC hollandaise, East India Company anglaise, Compagnie des Indes Orientales). C’est l’occasion de mettre en place des lois assurant l’inégalité juridique des colons et des indigènes ainsi que de réaliser des transferts de propriété foncière , jamais au bénéfice des précédents occupants à qui on prend les terres à bas prix ou sans paiement en utilisant la force ou le droit. En effet la plupart des sociétés colonisées sont des sociétés de culture orale et ne connaissent que la propriété coutumière. Il n’y a pas de cadastre permettant de reconnaître les propriétaires, la terre n’est donc à personne au regard de la loi métropolitaine. Les nouveaux colons trouvent certainement un bienfait à obtenir des terres à très bon marché qu’il n’auraient probablement jamais pu acquérir en métropole. On pourra discuter des bienfaits procurés aux nouveaux colonisés par ce changement dans leur organisation économique. Certes de nouvelles techniques vont être mises en oeuvre qui n’étaient pas connues de leur peuple. Sur la terre où ils vivaient en utilisant les jardins et la nature pour subvenir à leurs besoins, ils vont maintenant pouvoir (devoir ?) travailler pour les nouveaux propriétaires et en retirer un salaire, ayant perdu en échange le droit de cultiver pour la satisfaction de leur propres besoins. Les bienfaits principaux soulignés par les tenants de la colonisation se trouvent généralement être des investissements en transports et énergie effectués au bénéfice principal des colons, de l’administration et de l’armée coloniale. Il est significatif que très souvent, après la décolonisation qui voit le départ de l’armée, de l’administration et de la plupart des colons, ces infrastructures retournent à l’état sauvage de tas de rouille, inadaptées qu’elles sont à une économie essentiellement agricole.

 

 

Economie

 

On s’interrogera sur le plan économique s’il est préférable d’avoir une économie totalement tournée vers l’exportation à une économie centrée sur la satisfaction des besoins de la société et du peuple. On voit la résurgence des cas de famines dans toutes les anciennes colonies, surtout en Afrique, dont la production agricole est principalement vouée à des cultures industrielles pour l’exportation et qui s’avèrent incapables de nourrir la population en cas de crise sur ces marchés. Sur ce plan, le bienfait réside essentiellement dans la façon de mesurer la production: notre système de comptabilité nationale n’autorise qu’à compter ce qui est acheté/vendu sur le marché et non ce qui est produit pour la subsistance : nourriture, vêtements, loisirs, logement, etc.

 

 

Politique

 

Enfin, les bienfaits politiques liés à l’importation du système démocratique sont eux aussi mis en avant. On se plaît à ce propos à supposer que chaque peuple colonisé était dirigé de façon tyrannique, et que les bienfaits de la république, de la monarchie constitutionnelle, suivant le régime constitutionnel de la puissance qui s’invite. La justification démocratique est la seconde principale justification à la conquête coloniale après celle d’apporter le salut divin aux païens. On ignore ainsi commodément le fait que la démocratie existe largement au sein des peuples réputés primitifs: l’organisation tribale, même si elle reconnaît des chefs est une organisation qui repose essentiellement sur des systèmes d’assemblée où la relation entre les chefs et leur administrés est non seulement directe mais aussi toujours consensuelle et souvent unanimitaire: Il est très difficile de rester chef dans une tribu qui n’accepte pas le pouvoir du chef (cf Levi-Strauss).

 

 

Social

 

En conclusion, en se donnant la peine de juger la colonisation dans toute sa perspective historique, la balance des bienfaits sur les méfaits dépend essentiellement du point de vue du juge.

 

On craindra que le colonisé y voie peu de bienfaits. Il a été l’objet d’une agression étrangère, on l’a forcé à s’habiller (de cacher ce sein qu’on ne saurait voir) pour des raisons religieuses, on a mis à la poubelle sa religion traditionnelle, sa médecine naturelle, son enseignement coutumier, son mode de production agricole. On a retiré à ses chefs leur pouvoir pour le confier aux étrangers. On l’a obligé à utiliser le langage de l’étranger pour l’école et pour les démarches administratives. On lui a pris ses terres pour les donner aux étrangers nouvellement arrivés, réorganisé son système politique et social pour le mettre en conformité avec celui de la puissance coloniale. Il est important de noter que tout ce que le colonisé pouvait considérer comme bienfait (positif) dans son système traditionnel n’est que très difficilement mesurable à l’aune de la comptabilité nationale moderne. De ce point de vue la disparition de l’essentiel de ce qui fonde la société pré-coloniale n’est pas non plus mesurable autrement qu’en désespoir individuel et social et ne fait pas varier vers le rouge le compteur monétaire qui enregistre le degré de développement ou l’indice de développement humain.

 

 

Au contraire, les colons verront dans la colonisation de nombreux bienfaits. Au premier chef, celui de bénéficier de nouveaux territoires (vierges?) où  planter les denrées qui sont demandées par les marchés métropolitains et internationaux. Ensuite, le plus souvent de trouver sur place une main d’oeuvre qui offre les avantages joints d’être :

 

-           bon marché;

 

-           ignorante des lois du marché du travail;

 

-           sans protection sociale;

 

-           légalement moins bien protégée que les nationaux métropolitains;

 

 

De ce point de vue, l’activité économique coloniale, entièrement tournée vers l’exportation, met immédiatement en évidence des flux commerciaux positifs, même si ces flux profitent principalement aux nouveaux colons, nonobstant la privation d’agriculture de subsistance résultant de ce changement d’orientation.

 

 

Les bienfaits de la colonisation sont généralement exprimés en fonction de leur volume financier  ou de leur importance culturelle:

 

-           taille des investissements laissés par les colons au moment de la décolonisation;

 

-           importance des exportations;

 

-           système scolaire;

 

-           églises;

 

-           langue;

 

médecine et santé;

 

 

Bilan

 

Pour résumer, ne devrait-on pas, en recherchant les bienfaits de la colonisation, tenir compte autant du point de vue des colonisés à qui ces bienfaits ont été imposés, généralement contre leur gré, que  de celui du colon dont les bienfaits n’ont été “donnés” que pour le bien-être et la satisfaction des besoins colons.

 

Un regard critique sur la colonisation pourrait souligner que les bienfaits laissés par la vague coloniale au moment de la décolonisation sont de peu de valeur:

 

           Une agriculture de type minier qui est entièrement tournée vers l’exportation vers les marchés étrangers (café, thé, sucre, coton, caoutchouc, épices, etc.) au mépris de la subsistance de la société locale.

 

           Un système éducatif copié sur celui de la métropole, adapté à une société industrielle ou de services inexistante localement, produisant des sans espoir d’emploi correspondant à leur diplôme sauf à s’expatrier.

 

           Des infrastructures adaptées à un système colonial dont l’entretien n’est, ni durable techniquement, ni rentable économiquement.

 

           Un système politique et social inadapté aux structures existantes conduisant à les pratiques de corruption généralisée.

 

           Un système légal ni durable compte-tenu du système éducatif , ni rentable compte-tenu de la faiblesse des budgets nationaux.

 

Une situation de santé publique en demi-teinte qui a perdu le savoir traditionnel de la médecine coutumière alors que la médecine hospitalière moderne n’est ni durable ni possible compte tenu de la faiblesse des budgets publics.

 

           Le rêve d’un Eldorado, paradis de la consommation qu’on doit atteindre quel qu’en soit le prix, sujet que nous essaierons de traiter plus en détail dans la seconde partie.

 

 

Pour les chrétiens, le bienfait le plus important restera l’évangélisation et la possibilité du salut éternel. Ce bienfait ne sera hélas encaissable que dans l’autre monde.

 

 

Pour terminer, si dans le jugement à porter sur la colonisation, la balance des bienfaits excédait celle des méfaits, on aurait pu penser que auraient souhaité rester dans la relation coloniale. Malgré les manœuvres stratégiques de tous ordres ayant entouré le mouvement de décolonisation, le fait que pratiquement tous les peuples colonisés aient souhaité et obtenu la décolonisation et leur indépendance doit nous être la preuve que la colonisation les maintenait dans un état de dépendance qui leur était exécrable. “

 

 

 

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Publié le par alain barré
Publié dans : #Lectures - cinéma - citations -...

Les femmes aimeraient-elles plus les hommes quand ils sont morts que lorsqu’ils sont vivants ?  Agnès Varda a enquêté auprès de veuves de Noirmoutier et nous a livré un beau documentaire sur Arte, lundi 16 octobre. Elle fait parler des veuves et se met elle-même en scène, muette, avec en contrepoint l’image de celui qui fut son compagnon pendant des années : Jacques DEMY.

C’est un beau film émouvant, mais on se dit qu’il parle plus de la réalité d’Agnès Varda que de la réalité de tous les couples ordinaires dont le taux de divorce n’a cessé de grandir ! Agnès nous parle ainsi, dans ce film, surtout de la perte de celui qui fut « sa moitié », son Demy, le jacquot de Nantes. Elle évoque, en filigrane, une belle histoire d’amour qui n’est toujours pas fini !

 

 

 

Elle a écrit (antérieurement je crois) un livre sur le même sujet :  « L’île et elle » aux éditions Actes sud. Elle est l'auteur de nombreux films, souvent grâves et tristes : "Cléo de 5 à 7" et "Sans toit ni loi" qui lui a valu le lion d'or à Venise en 1985. Autant son Demy de mari était gai, léger et enchanteur dans ses films (il fait même chanter les CRS qui s'affrontent aux ouvriers des chantiers de Nantes dans "Une chambre en ville" !...), autant Agnès Varda est fascinée par le tragique de la vie. Pas la grande tragédie, non, le tragique du quotidien qui peut toucher chacun de nous.... Les deux font la paire, une sorte de balancier de la vie, du Yin et du Yang. On comprend que Jacquot, sa moitié enchanteresse, lui manque tant ! Pauvre Agnès !... 

 

 

Pour en savoir plus sur Jacques DEMY : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Demy

Pour en savoir plus sur Agnès VARDA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Agn%C3%A8s_Varda

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Publié le par alain barré
Publié dans : #alain barré

Le prix Nobel a récompensé deux musulmans libéraux. J'aimerais vous dire tout le bien que j'en pense mais quand j'ai lu l'article que Guy SORMAN consacre à ce double évènement, je me dis que je ne pourrai pas faire mieux ni plus clair. Je vous encourage donc à rendre visite à son blog (chroniques du 20 et du 13 octobre).

Certains d'entre vous m'ont demandé parfois pourquoi j'étais pour l'entrée de la Turquie (pays où je suis allé 6 ou 7 fois) dans l'Europe. Dans sa chronique du 20 octobre, Guy SORMAN, apporte les arguments qui sont miens depuis longtemps également. Vraiment je vous encourage à visiter ce blog. Vous le trouverez en lien, dans la colonne de droite, sous l'intitulé "Le blog de Guy SORMAN" ou en cliquant sur le lien suivant : http://gsorman.typepad.com/

Sur une terrasse de BODRUM (l'ancienne HALICARNASSE de l'antiquité) : pique-nique avec une famille musulmane. Cherchez la différence ?

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