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Je cherche (désespérément) des poèmes exprimant le bonheur de vivre. Hélas je n’en
trouve pas beaucoup ! On dit que les grandes douleurs sont muettes mais ce n’est pas le cas pour nombre de poètes, dont les vers sont remplis de cris et de longues plaintes déchirantes sur
leurs amours ratés, les malheurs qui les touchent et la mélancolie avec ou sans objet… Nos meilleurs chanteurs (c’est souvent chez eux que la poésie s’est réfugiée aujourd’hui) ont, également,
une forte tendance à se lamenter. L’une des chansons des plus appréciés en France, serait « ne me quitte pas » de Jacques BREL. Rien que le ton de la voix vous saisi déjà de pitié et
d’effroi ! Francis CABREL, dans son genre, n’est pas mal non plus. Et l’on frissonne à l’évocation de « l’encre de tes yeux », de la « petite Marie », des « murs de
poussière » ou de « sarbacane ». Alain SOUCHON donne plutôt dans la nostalgie douce et dans l’ironie sans méchanceté. Tous ces chanteurs sont de grands artistes et comme des
millions de français j’adore les écouter mais on ne peut pas dire que leurs chansons respirent la gaieté. Trenet, me direz-vous… Mouais…mouais…Mais enfin, soyons sérieux, si j’ose dire, il y a
tous ces jeunes qui nous font bouger sur leurs rythmes endiablés : rock, pop, rap, funk, hard rock, metal et j’en passe. Hélas, quand on écoute leurs paroles on trouve cela souvent beaucoup
moins drôle, en quelque sorte…on déchante !
Quelques poètes essaient, au milieu de tout ce tohu-bohu, de faire entendre leur petit flûtiau. C’est le cas de GUILLEVIC (Eugène), mort en 1997 : il fait partie de ceux que j’appellerais les « rimeurs approximatifs » (officiellement : vers libres). La signification a pour lui plus d’importance que la versification. S’il peut exprimer le fond de sa pensée tout en respectant les règles de la versification, il n’hésite pas à le faire. Dans le cas contraire il refuse de sacrifier le fond à la forme. Il n’empêche que vous trouverez dans le petit poème ci-dessous (extrait de « avec »), de beaux alexandrins, des vers à huit pieds et à quatre pieds, quelques rimes et des assonances. Un rythme moins puissant que chez certains poètes classiques s’en dégage mais cela n’empêche pas une harmonie subtile de se diffuser préparant l’esprit à accueillir cette douceur dont il parle.
Douceur,
Je dis : douceur.
Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t’accueillent
Qui te donnent du temps.
Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.
Je dis : douceur,
Pensant aussi
A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
A des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,
A des poignées de main.
Je dis douceur, pensant aux heures d’amitié,
A des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
Cet air tout neuf,
Qui pour durer s’installera.
Pour terminer, une pensée (pas) toujours bonne à dire : N° 86- « l’art engagé n’a pas besoin d’être un art enragé. Pour qu’il soit véritablement supportable il est indispensable de le pratiquer avec un air suffisamment dégagé ! »