Partager l'article ! GUILLEVIC: Le tigre qui mourait d’une blessure au ventre (6+6) Songeait en regardant les mouches s’acharner (6+6) Sur sa méchan ...
Le tigre qui mourait d’une blessure au ventre (6+6)
Songeait en regardant les mouches s’acharner (6+6)
Sur sa méchante plaie : (6)
« Elle avait bien raison, ma mère, de me dire (6+6)
Que nous sommes trop bons, nous autres pauvres tigres. (6+6)
A part nous, dans ces bois, (3+3)
Tout est férocité. » (6)
Alexandrins, demi alexandrins, les vers se suivent et avancent au pas cadencé, comme une troupe bien entraînée, comme si GUILLEVIC voulait nous faire croire qu’il s’agit d’une poésie sérieuse, d’une épopée, un peu pompeuse. Alors qu’en réalité il met en scène une petite fable, pleine de fantaisie et de fraîcheur. Ce contraste inattendu entre la forme et le fond lui permet, mieux qu’un long discours, de nous faire sentir la nature et les contradictions de l’agressivité. Souvent les poètes ont une idée plus claire que les philosophes sur ce terrible sujet ! Pour renforcer l’aspect un peu solennel de la forme de son poème, GUILLEVIC utilise le procédé, éminemment classique, de l’inversion, ce qui n’est pas fréquent dans ses textes. Elle avait bien raison, ma mère, de me dire, au lieu de « elle avait bien raison de me dire, ma mère » forme qui correspondrait plus au langage parlé et qui « aplatirait » le vers. Idem pour l’inversion « dans ces bois ».
Et pour illustrer ce poème de Guillevic, un autre animal féroce de nos jardins :