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La chronique du dimanche 29 mars sur la jalousie a suscité des commentaires de Lassim sur le rôle de la violence et du sadisme dans la création artistique. Il cite les œuvres de Sade, Jérôme BOSCH, GOYA, Otto DIX, Egon SCHIELE, Hans HARTUNG, la peinture religieuse médiévale et de la Renaissance (http://www.alain-barre.com/article-29511629-6.html#anchorComment ) . Un grand merci à Lassim ! Cela m'a incité à découvrir certains de ces artistes et approfondir un peu plus le sujet sur les rapports entre « violence, sadisme et œuvre d'art ». Voici quelques réflexions que m'ont inspiré les oeuvres de ces artistes.
Goya peint des scènes violentes en se plaçant du côté de l'opprimé. Il souffre avec celui dont il représente la
souffrance et magnifie l'esprit de résistance. C'est la signification principale du célèbre « tres de mayo », me semble-t-il !
Dans des œuvres moins célèbres, il dépeint des monstres et des sorcières qui hantent sa
vision et sa perception du monde sans que cela soit complètement détaché des malheurs bien réels qui frappent son pays. Il a tendance, dans ses portraits de grands du royaume, à ne pas les
embellir, a voir plus leurs côtés négatifs que positifs ! Pas évident pour un peintre de la cour ! Cela n'en fait pas, à mon sens, un artiste amoureux de la violence et encore moins du
sadisme. Je dirais plutôt qu'il est plus affecté par la violence de son époque que la plupart de ses contemporains et qu'il cherche à la dénoncer sans pouvoir s'en débarrasser...
Hans HARTUNG manifeste une grande énergie sur la toile. Cette énergie n'est ni positive ni négative. Quand on parle de
« violence », c'est pour en stigmatiser les effets négatifs, chez lui je perçois de l'énergie, comme dans certaines signatures...parfois ses œuvres sont comme de vastes paraphes de
signatures !...
Il me semble que Otto DIX peint surtout l'horreur de la guerre. Ce n'est pas un amoureux de la violence, il en est
d'abord une victime qui la dénonce et veut en faire saisir l'horreur par ses contemporains.
En ce sens, il est proche de J BOSCH qui peint les horreurs du monde en représentant ce que ses contemporains pouvaient
comprendre le mieux : l'horreur de l'enfer.
De ce point de vue la fresque de la cathédrale d'Albi est encore plus horrible. Sa vision de l'enfer est faite pour
dégoûter du péché les brebis égarées et les inciter à ne pas rester dans « l'erreur », l'hérésie...tous les moyens sont bons pour cela...la peinture
étant sûrement l'un des plus doux !
Dans ce genre, le triptyque des hospices de Beaune, n'est pas mal non plus !
Egon Schiele..désolé, je connais peu de choses de lui sauf qu'il s'est inspiré d'handicapés pour certains de ses
portraits. Il me semble qu'il a dessiné ainsi ses propres peurs devant la souffrance et la mort..(merci Lassim, je ne
connaissais pas cet artiste)
Pour avoir cotoyé des handicapés et, particulièrement des polyhandicapés, pendant des années, je dois dire que je ne les vois pas comme cela !... Je dirais même, bien que cela puisse paraître étonnant, qu'Il y avait chez eux, autant de personnes heureuses et malheureuses que dans le reste de la population.
Désolé pour Sade, j'ai essayé de lire à plusieurs reprises mais l'ennui m'a fait tomber le livre des mains...
Je ne vois pas vraiment le tempérament sadique chez ces artistes, sauf pour Sade sans doute ? Il me semble qu'ils font plus preuve de peur et de révolte contre la violence qu'il ne l'exalte !
J'ai l'impression que, souvent, certains artistes utilisent la violence ou l'horreur comme un procédé littéraire pour capter
leurs auditeurs ou spectateurs. C'est le cas pour beaucoup de films et téléfilms modernes. La pression de l'audimat est telle qu'il faut empêcher le spectateur de zapper. Rien de tel pour cela,
qu'une scène sanglante dès les premières secondes, un meurtre, du suspense...Mais il s'agit là, surtout d'artifices
"littéraires"...Les contes de Grimm utilisaient déjà ce procédé et l'Iliade, la mère de tous les récits de l'Occident,
commençent par la colère d'Achille !...
Le sadisme que je connais, en psychologie « des personnalités difficiles », présente une caractéristique essentielle : soumettre et faire souffrir l'autre sans motif utilitaire. L'aspect principal est la relation de domination. Il peut se manifester dans le domaine sexuel sous forme de jeux (la SM, à la mode actuellement), de fantasmes (comme chez Sade), mais d'une façon plus générale, le sadisme peut s'exprimer dans tous les domaines de la vie, dans les relations de travail, parents/enfants, couple, amis, etc ...
Il a joué et joue toujours un rôle essentiel dans les sociétés humaines, en particulier en temps de guerre. Il est alors une arme pour terrifier l'ennemi et le soumettre. Le récit des terribles exactions conduites par des sadiques est destiné à être colporté pour semer l'effroi chez l'ennemi et le soumettre à reddition. Un exemple typique : Simon de Montfort, pendant la guerre contre les Cathares, en pays albigeois, fit crever les yeux de tous les hommes de la citadelle qu'il avait investi, sauf un. Il envoya cette cohorte d'aveugles guidés par un seul voyant, à travers la campagne pour effrayer les autres Cathares. Rien de sexuel là-dedans ! Le sadisme sexuel n'est pas premier me semble-t-il,, il est seulement l'extension du « sadisme ordinaire », le besoin de soumettre l'autre et de le dominer sans partage.
Les personnalités sadiques s'épanouissent en temps de guerre et de tuerie ; on les glorifie souvent et parfois on les décore (et certains écrivent leurs mémoires !...). Les sadiques sont considérés alors comme des héros, c'est ce qui s'est passé dernièrement, à deux heures de la France, avec les criminels de guerre en Serbie, en Bosnie,...
Les personnalités sadiques sont largement utilisées en temps de guerre (le procès du tortionnaire Duch, au Cambodge, de ce point de vue, est intéressant à suivre :
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/asiepacifique/20090330.FAP3492/la_reprise_du_proces_de_duch_consacree_a_lacte_daccusat.html ). En temps de
paix, les personnalités sadiques sont «au chômage »...Non, ce n'est pas tout à fait exact ! Elles continuent d'être "honorées" par les films, les romans, la télé.
C'est incroyable le nombre de fictions qui les mettent en scène depuis une vingtaine d'années ! Une façon d'essayer de gagner des points d'audimat bien sûr, mais aussi une façon de maintenir
l'inquiétude, l'intranquillité et l'agressivité dans une longue période de paix relative (pas de guerre mondiale depuis plus d'un demi siècle !) période de calme apparent où l'on perçoit tout de
même de sinistres craquements !