Partager l'article ! Chasse, pêche et traditions: Il est de bon ton chez certains intellectuels de se moquer des chasseurs. À les écouter les chasseurs sera ...
Qu’il existe un parti politique des chasseurs, par contre et qu’il remporte un nombre non négligeable de suffrages, est une question qui m’interpelle.
Je pense qu’il faut replacer la chasse dans le contexte de notre histoire récente et ancienne. Récente, c'est-à-dire celle qui date de -10 000 ans environ et ancienne, celle qui remonte à l’apparition des premiers hommes, il y a 3 millions d’années.
Pendant 3 millions d’années (moins 12000 ans) nous avons vécu de la chasse et de la cueillette : la cueillette plutôt féminine pense-t-on et la chasse plutôt masculine. Survient le néolithique : de petits groupes humains commencent à se sédentariser, à cultiver le blé (l’épeautre est la variété la plus proche du blé ancien...) et à domestiquer des animaux.
Cette sédentarisation qui a apporté un certain sentiment de sécurité à nos ancêtres leur a laissé également un goût amer : celui d’avoir perdu leur liberté. Elle leur a retiré également les plaisirs de la chasse : prévoir, calculer, se coordonner, ruser puis enfin triompher et se nourrir de la proie que l’on a vaincue. Enfin raconter ses exploits le soir à la veillée… Voilà un sentiment de sécurité très chèrement payé !!!
Malgré les indéniables avantages apportés par la sédentarisation et l’agriculture les paysans ont toujours continué à chasser. Au moyen-âge, leurs griefs contre les seigneurs portaient souvent sur ce droit que les puissants voulaient s’arroger. La chasse n’est pas un élément de survie aujourd’hui mais c’est toujours une aspiration à retrouver un mode de vie ancestrale, un paradis perdu, le paradis d’avant le néolithique, la liberté à laquelle il a fallu renoncer avec la sédentarisation et l’agriculture. Dans nos cultures occidentales, les gitans sont encore les porteurs enviés, mythifiés et décriés de cette aspiration.
La chasse dramatise cette longue histoire de l’homme et de l’animal. La corrida en est l’expression la plus théâtralisée et esthétisée.
Faut-il renier cette époque et ces traditions ? Faut-il condamner les chasseurs et interdire toute forme de chasse ? Pour moi, la réponse est non. IL faut par contre la réglementer, l’encadrer et redonner peut-être plus de chance à l’animal. Entre la proie naïve qui a grandi dans un élevage et le chasseur bardé d’armes comme un soldat de la guerre du Vietnam il y a un déséquilibre qui ne fait pas honneur aux chasseurs ! Par ailleurs la chasse peut évoluer et se transformer en bien d’autres activités plus ou moins sportives. Le tir au pigeon d’argile en est une, le tir sur des cibles mouvantes également. Il en existe déjà un certain nombre d’autres. Mais pour un vrai chasseur, rien ne remplacera le tir sur une vraie cible… On peut comprendre que cela soit alors un plaisir qui se paie le prix fort !
Pour moi qui ne chasse les animaux qu'avec un appareil photo, l’important est de ne pas renier et balayer d’un revers méprisant de la main, cette aspiration forgée au cours de 3 millions d’années d’évolution. On peut comprendre ce besoin même si on estime nécessaire qu’il se civilise. Le parti des chasseurs, qui a première vue peut paraître incongru, a donc bien des racines profondes.