Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /Nov /2007 06:49

Elle commence d’une voix mal assurée :

 

- Excusez-moi, mais quand je ne fume pas je suis toujours un peu énervée…. J’avais 8 ans quand mon beau-père a commencé à me faire des attouchements puis à me violer… J’ai commencé à en parler il y a deux ans seulement, après mon accident… J’avais pris ma moto et j’ai foncé dans le décor… C’est lorsque j’ai commencé une thérapie que tous ces souvenirs sont revenus à la surface. Mais j’ai toujours une haine pour tous les hommes et je ne peux toujours pas avoir une vie affective normale...

 

Aline s’était interrompue, le regard dans le vague… Pour dissiper le malaise, Léa reprit à mon attention :

 

-Vous savez, sur les 50 000 viols commis chaque année en France, près d’un quart le sont par des membres de la famille. Sans compter tous ceux qui ne sont pas dénoncés ! Près de 57 % concernent des enfants ou des mineurs, surtout des filles mais également des garçons. Vous vous rendez compte ?!

 

Oui, je connaissais ces chiffres accablants. Léa aurait pu ajouter que dans 96 % des cas les auteurs sont des hommes, dont 11 à 12 % de mineurs et, les victimes, à plus de 90 %, des femmes. Léa passa ensuite la parole à Eve puis à Sonia. Eve avait été violée par un ex petit ami qu’elle avait éconduit. Ils étaient tous les deux mineurs à l’époque et les poursuites n’avaient pas abouti. Sonia avait été violée lors d’une soirée entre « amis ». Tout le monde avait pris de la drogue, elle aussi. Elle en gardait un souvenir terriblement angoissant car elle subissait le poids d’une double culpabilité : celle du viol et celle de la drogue ! D’ailleurs quand elle avait commencé à en parler à ses parents, ceux-ci s’étaient mis dans une colère folle et son père l’avait giflé lui disant qu’elle l’avait bien cherché ! Elle avait complètement abandonné la drogue depuis et se reconstruisait lentement grâce à l’aide du groupe de parole. Elle s’était totalement investie dans une association humanitaire où elle passait l’essentiel de son temps.

 

Natacha prit la parole à son tour. Elle faisait du sport de haut niveau et lors d’un stage national elle avait été violée par deux autres stagiaires, des haltérophiles, qui avaient nié en bloc. La fédération n’avait même pas fait d’enquête et ce n’est que deux ans après que son affaire passait en justice. Elle était toujours en cours.

 

C’était le tour de Paulette. Paulette était plus âgée que les autres et elle était manifestement gênée de parler de ces choses-là. Avant de commencer, elle proposa :

 

-          Voulez-vous boire quelque chose : un thé léger, un café, du jus de fruits, des petits gâteaux ?

Par alain barré - Publié dans : Thérapie de choc pour Léa (feuilleton)
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