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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alainbarresfr@sfr.fr
Publié dans : #Lectures - cinéma - citations -...

 Pendant trente ans, ma mère m'a écrit chaque semaine, de son écriture appliquée, ronde, sans faute d'orthographe, me racontant sa vie, c'est-à-dire rien ; c'est-à-dire une lente, longue attente ; l'attente de mes réponses, de mes visites de plus en plus espacées ; c'est-à-dire son ennui, ses maladies, ses malaises ; c'est-à-dire son inquiétude, dont j'étais toujours l 'objet.

Dans quelles circonstances me téléphona-t-elle pour la première fois, je l'ignore et cela n'a d'autre importance que la révélation que j'eus alors de sa voix et de son accent. Je n'avais jamais su, auparavant, que ma mère parlait avec cet accent traînant de l'Ouest, cet accent paysan qui fait la voix grasse, comme imprégnée de terre humide. Lorsque je la vis, aussitôt après, puisqu'elle me parla de visu, l'accent n'y était plus. Nous avions, je le remarquai, les mêmes tonalités et cette manière, à la fois populaire et désuète, de former des phrases trop appliquées, trop livresques.

Comment diable avais-je donc pu entendre cette voix de paysanne au téléphone ? Phantasme ? Mais le même jour je rencontrai un ami qui me dit : “J'ai téléphoné chez toi. Qui était cette bonne femme avec ce drôle d'accent, qui m'a répondu ? Je croyais qu'il n'existait plus que des femmes de ménage espagnoles ! ” Donc ma mère avait bien un accent. Mais cet accent, que je connaissais depuis ma naissance, cet accent qui était celui de ma langue maternelle, je ne l'entendais pas lorsque je le “voyais” parler. Je ne l'entendais pas parce qu'il m'était naturel. Il ne m'apparaissait qu'à travers l'anonymat de l'écouteur téléphonique. Je ne voyais plus alors ma mère, je ne percevais que l'accent.

Mais si je percevais cet accent, cet accent vendéen que je connais bien, que je reconnais entre tous, si je le recevais comme une anomalie, c'est que moi-même je ne parlais plus avec cet accent. Où l'avais-je perdu ? Ouand ? Pourquoi ?...


 Michel RAGON est un self-made-man à l'américaine. Elevé par sa mère, à Fontenay-le-comte en Vendée, il arrive à NANTES à l'âge de 14 ans, où tout en exerçant divers petits métiers, il s'ouvre à la culture : la lecture, mais aussi le musée des beaux-arts, le théâtre Graslin. En 1943 il rencontre les poètes de l'école de Rochefort, en particulier René-Guy CADOU. Il échappe de peu à la Gestapo, puis, la guerre finie, il "monte" à Paris où il continue à exercer nombre de petits boulots pour gagner sa vie. Le hasard des rencontres l'amène à fréquenter des artistes abstraits encore méconnus. Il se passionne et devient critique d'art ( l'excellent ouvrage : La peinture actuelle).

Au décès de sa mère, il se met à écrire des oeuvres autobiographiques d'abord (L'accent de ma mère), puis des romans (le mouchoir rouge de Cholet). L'âge venant, il se rapproche de sa Vendée natale qui le lui rend bien...

L'accent de ma mère de Michel RAGON est un hymne à sa mère, mais aussi à l'enfance et aux racines que chacun porte en soi...

 

accent-mammere.jpg

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alain BARRE 25/09/2010 19:33



Oui, Hécate, Michel Ragon écrit bien, un beau style, simple (apparemment) et direct...


ab



Hécate 25/09/2010 12:30



Cholet et ses célèbres mouchoirs rouges ...Je ne connaissais pas cet auteur .L'écriture semble prenante ...



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