Mercredi 29 décembre 2010
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Renoir quitte Venise début décembre 1881, mais il n’a pas fini son voyage en Italie ! Il va continuer
par Florence où il admirera la Vierge à la chaise de Raphaël, Rome où il verra les fresques de la Farnésine et les stances du Vatican, puis
Naples où il peint une extraordinaire Baigneuse blonde, prenant pour modèle celle qui deviendra sa femme, Aline Charigot.
Il n’est pas fait mention habituellement dans les ouvrages sur RENOIR qu’il ne voyageait
pas seul en Italie, qu’il y était en compagnie d’Aline comme en témoigne ce tableau. Les deux amants n’en n’ont pas parlé probablement par respect des convenances sociales car ils n’étaient pas
mariés. Mais Aline dira plus tard qu’elle avait considéré ce voyage en Italie comme « son voyage de noces » ce que semble confirmer l’anneau d’or qu’elle porte
au doigt !
Avant de quitter Naples, il peint un superbe « Vésuve, le matin ». Une
plongée sur la route qui surplombe la baie et le Vésuve, pleine de vie et de dynamisme, jouant sur les
ombres allongées et la lumière dorée du matin,
Puis il visite la Calabre, couchant chez l’habitant. Il commente avec humour : «
Tous les Calabrais que j’ai rencontrés étaient généreux, et si gais dans leur misère. C’est à se demander si ça vaut la peine de gagner de l’argent ! ». Il remercie ses hôtes
en «croquant le portrait du bambino », ou refaisant les fresques d’une église de campagne et continue son chemin, enchanté par cette vie simple et de ces rencontres impromptues
!....
Il passe à Pompéi où il est ébloui par les fresques. Il déclare : « Ils ne
s’embarrassaient pas de théories. Pas de recherche de volumes, et les volumes y sont. Et ils savaient faire riche avec si peu ! »
Sorrente… Puis la Sicile, au début de l’année 1882, où il rencontre
Wagner dont il torche un portrait en une demi-heure de pose !!!
Le personnage lui paraît tellement puant de prétention et dégoulinant
de haine envers les juifs qu'il s'en retourne dégoûté !...
Enfin il regagne la France commentant son voyage avec cet hommage étonnant :
« L’inconvénient de l’Italie c’est que c’est trop beau. Pourquoi peindre
quand on a tant de plaisir à regarder ? »
Heureusement pour nous, il n’en n’avait pas fini de regarder et de peindre !
Bibliographie :
- Augustin Butler, Renoir, écrits, entretiens et lettres sur l’art, éditions de l’amateur 2002
- Peter H. Feist, Renoir, éditions Taschen
- Gilles Néret, Renoir peintre du bonheur, éditions Taschen
Par alainbarresfr@sfr.fr
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Mardi 28 décembre 2010
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Renoir peint un dernier tableau à Venise : l'incontournable basilique Saint-Marc déjà représentée par de
nombreux artistes dont Canaletto.
C'est le moins abouti et pourtant celui qui me plaît le plus ! La basilique est merveilleusement rendue. Il est
clair que Renoir, qui aimait l'architecture, a été conquis par la synthèse harmonieuse entre les styles byzantin et occidental de ce chef-d'oeuvre. Renoir détestait les symétries
artificielles, les répétitions à l'identique. Il déclarait : "non seulement je ne veux pas qu'un chapiteau ressemble à un autre chapiteau, mais je veux que
ce chapiteau ne se ressemble pas à lui-même..." De la basilique Saint-Marc il dira plus tard : "Saint-Marc, régulier à l'oeil, dans son
ensemble, pas un détail pareil. La régularité de l'oeil étant la seule permise, les bâtisseurs ont rejeté la régularité du compas."
Renoir ayant obtenu l'effet qu'il souhaitait en peignant la basilique s'est contenté d'esquisser le pavage par des
lignes de fuite qui recouvrent mal la sous-couche de blanc. Cela renforce encore l'impact de la Basilique ! Chapeau l'artiste !
J'en ai fait une reconstitution photographique qui met en évidence l'originalité du travail du peintre. Ce sera la
dernière réalisée à Venise. Plusieurs d’entre elles feront partie d'une exposition sur le thème "
De la photo à la peinture".
Par alainbarresfr@sfr.fr
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Lundi 27 décembre 2010
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Pour peindre le Palais des Doges, Renoir, une fois de plus, s'installe sur l'île San Giorgio. Il écrit :
"J'ai fait le palais des Doges vue de Saint-Georges en face, ça ne s'était jamais fait, je crois. Nous étions au moins six à la queue leu
leu."
En réalité Renoir se trompe. Il existe au moins deux "vedute" du palais des Doges qui ressemblent à la sienne. L'une de Canaletto et l'autre de
Carlevarijs, mais il a raison dans le sens où elles ont été réalisées à partir d'une embarcation plutôt que de San Giorgio.
Malgré la remise en cause de l'impressionnisme entreprise par Renoir lui-même, sa représentation du
palais des Doges est typique de ce style de peinture. Les contours sont suggérés par la couleur et non par des traits, les
ombres ne sont pas noires mais plutôt bleues, les contrastes bleu et orange sont intenses et
variés,...Le campanile se détache dans un ciel immense.
J'en ai fait une reconstitution photographique qui permet de mieux apprécier et
admirer la créativité artistique de l'interprétation de Renoir.
Par alainbarresfr@sfr.fr
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Dimanche 26 décembre 2010
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06:26
Malgré une réputation grandissante, Renoir avait toujours besoin d'argent c'est pour cela qu'à Venise il n'a
pas hésité à peindre des lieux touristiques réputés que son galeriste Durand-Ruel pourrait vendre aisément. Cela ne l'empêche pas, simultanément, de pousser ses propres recherches très loin au
risque de décontenancer ses admirateurs. A cette même époque, il abandonne l'impressionnisme "pur et dur" - qu'il pense être dans une impasse - au profit d'un dessin plus ferme, d'une
ligne "classique". C'est sa période "Ingresque". En Italie, il pense trouver des réponses auprès des grands maîtres de la Renaissance que sont Raphaël et Titien.
En attendant, il faut gagner sa vie et Renoir n'a pas trop d'état-d'âme ! Les peintres réputés de Venise, comme
CANALETTO, ont lancé, un siècle plus tôt, la mode des "vedute", c'est à dire des "panoramas", des "vues" très prisées dans toutes l'Europe, il
va jouer les Canaletto et refaire l'une des plus célèbres "vedute" de cet artiste : les "régates sur le Grand Canal".
Cette partie du Grand Canal est une des plus prestigieuses. Elle s'étend du Ca Foscari jusqu'au pont du Rialto que l'on
devine dans le lointain.
Les vedutistes comme Canaletto étaient des peintres réalistes. Ils s'attachaient à rendre avec exactitude tous les
détails. C'est ce qu'attendait leur public qui recherchait, comme sur une photographie, à reconnaître tel ou tel palais. Renoir ne s'est évidemment pas astreint à une telle discipline. Il a
essayé de rendre une ambiance à la manière impressionniste et avec sa propre palette de couleurs. Le rouge et le doré des bâtiments sont omniprésents ainsi que
les reflets dans l'eau d'un immense ciel bleu parcouru de nuages blancs.... Il n'y a pas autant de gondoles sur le Grand Canal que dans le
tableau de Canaletto, mais Renoir en a disposé tout de même un certain nombre et n'a pas lésiné sur les piquets d'amarrage !...
Cette toile est gaie, pleine de charme. Elle sera exposée par Durand-Ruel lors de la VIIe exposition
impressionnistes en 1882 et elle "impressionnera" favorablement les visiteurs, en particulier MONET à qui elle donnera l'envie de Venise !...
Par alainbarresfr@sfr.fr
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Jeudi 23 décembre 2010
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06:23
Les lieux communs n'effraient pas Renoir et il peint 3 tableaux avec gondole. Sur deux d'entre eux on
distingue Santa Maria della Salute et le quai de San Marco en arrière-plan, ils ont donc été peints sur l'île San Giorgio.
Le troisième est étonnant et semble être un hommage au célèbre tableau de son ami Claude MONET :
Impression, soleil levant.
(MONET : Impressions, soleil levant, 1872)
Le tableau de Renoir reprend le principe de cette enveloppe vaporeuse de l'atmosphère très inhabituel chez
lui. En arrière-plan on remarque le dôme de la Salute, cette toile a donc encore été peinte à partir des quais de l'île San Giorgio !
Belle réussite qui évoque également les aquarelles de Turner réalisées à Venise en 1819.
Par alainbarresfr@sfr.fr
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Mercredi 22 décembre 2010
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06:33
Déjà de nombreux peintres avant lui avaient fait le voyage à Venise TURNER (1819, 1833, 1840),
COROT (1828, 1834), MANET (1856 et 1875, ci-dessous : le Grand Canal, 1875)
et WHISTLER (1880, Nuit bleue et or à St-Marc et Nuit bleue sur la lagune)
Renoir reste peu de temps à Venise (fin octobre-début novembre 1881), le temps d'y peindre au moins 5 toiles remarquables.
Pratiquement pas de « figure » car il se plaindra de la laideur de ses modèles. Il écrit : « je me rappelle Venise. Suivant une fille qui portait de l'eau, belle comme une
madone. Mon gondolier me dit qu'il la connaît, je l'embrasse de joie. Une fois sur la chaise, de trois-quarts, elle était infecte. Pour faire poser il
faut être très ami et surtout savoir la langue. »
En réalité, Renoir, aime les gens, aime les contacts. Il ne veut pas que son modèle reste figé. Il a envie de lui parler.
Pour rendre la vie, il a besoin de la vie, or, la barrière de la langue l'empêche de communiquer. Ses modèles, si beaux soient-ils, perdent
alors tout intérêt. Il a rencontré le même problème en Algérie peu de temps auparavant...
(à suivre...)
Par alainbarresfr@sfr.fr
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Lundi 20 décembre 2010
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En 1881, Renoir connaît une certaine notoriété et
les commandes de portraits affluent. L'un de ses modèles favoris, Aline souhaite vivre avec lui. Il a peur de s'engager et il part voyager en Algérie, sur les traces de
Delacroix. Il est en pleine crise artistique et ne se satisfait plus de la manière impressionniste de peindre. Il souhaite renouer avec une certaine fermeté de
trait propre aux classiques.
De retour d'Algérie il décide de se rendre en
Italie (d'octobre 1881 à janvier 1882), cette fois avec Aline Charigot avec qui il se mettra en ménage peu de temps après et qu'il immortalisera à Naples sous forme
d'une « baigneuse blonde »
L'Italie l'attire autant pour peindre que pour
contempler les tableaux et les fresques de Raphaël (ci-dessous, Raphaël : Vierge à la chaise et la Fornarina)
mais aussi les tableaux de Tiepolo et
de Titien (ci-dessous, la Vénus d'Urbino) dont il se sent tellement proche qu'il déclarera : « Ce vieux Titien, non seulement il me ressemble, mais il me chipe
sans cesse mes trucs ! »...
Par alainbarresfr@sfr.fr
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Dimanche 19 décembre 2010
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A quoi pouvait ressembler les esquisses peintes par MONET à Venise ? On peut en avoir une idée grâce à une toile qu'il n'a pas retouchée. Il s'agit de
La Gondole, qu'il offre à son ami Georges CLEMENCEAU. Elle est, aujourd'hui, au musée des Beaux-Arts de Nantes.
Le cadrage de la gondole est original et parfaitement mis en place, les formes sont bien délimitées ainsi que leurs ombres. Reste à peindre les reflets sur l'eau et
l'atmosphère – ce que Monet appelle « l'enveloppe »- C'est dans ce domaine que sa touche personnelle s'exprime le plus. Cette gondole pourrait être
un bon exercice pour des peintres amateurs et des photographes : comment la terminer à la manière de Monet ?
L'amitié de Clemenceau et Monet a débuté en 1890. C'est à partir de 1920 qu'ils ont commencé à s'écrire fréquemment. On connaît plus de 150 lettres adressées par le
vieux politicien au vieux peintre. Le « Tigre » s'y montre souvent enjoué, optimiste, remontant le moral facilement en berne de Monet.
Beaucoup ont traits à l'installation des nymphéas dans les salles de l'Orangerie, d'autres à l'opération de la cataracte du peintre. Les évocations culinaires
sont fréquentes, les deux amis étant tous les deux gourmets. Les vendéens seront sensibles à l'évocation d'un de leurs plats favoris dans ce courrier où Clemenceau essaient de convaincre Monet de
venir le voir en lui déclarant : « Et pensez que si vous ne venez pas, vous ne saurez jamais ce que c'est que le bouillon de choux-rèbes. Le reste vaut-il
la peine de vivre ? Ce n'est pas certain. (17 août 1920) »
Pour ceux qui ne connaissent pas les Nymphéas exposés au musée de l'orangerie, c'est une découverte impressionnante à faire, ne serait-ce que par leur
dimension : 90mx4,5 m de hauteur !!!
Par alainbarresfr@sfr.fr
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