Retour à Prague, il fait doux, chaud (malgré une demie journée de pluie). L’air est humide. Le climat semi continental de la Bohème offre parfois de ces arrières saisons plus délicieuses que tous les étés. La foule est partout présente dans les rues de la vieille ville, peut-être plus encore qu’au mois d’août ! Nous resterons quelques jours à Prague et nous irons faire ensuite un périple en Bohème du Sud.
D’abord je veux revoir le quartier josevof, le quartier juif, lieu des
exploits de Léa et de ses amis (voir chroniques du 15 au 25 septembre).
Surprise, le quartier est surveillé par la police. On ne peut plus entrer dans la synagogue Jubilaire, de style néo mauresque, construite en 1905.
La synagogue Vieille-Nouvelle
est encore plus sévèrement gardée par des policiers et un vigile…. Elle a été construite en 1275 et ressemble à une chapelle médiévale. C’est la
plus ancienne synagogue d’Europe. Elle abrite toujours le fauteuil du rabbin Löw, à l’origine de la légende du Golem. Les restes du Golem ne sont certainement
pas cachés sous la toiture, comme l’affirme la légende, par contre ils sont disséminés partout dans la ville : livres dans les librairies, statues, statuettes, effigies…
Le vieux cimetière qui abrite plus de 120 000 tombes, sur plusieurs étages, est également inaccessible. La dernière inhumation remonte à 1787 et les tombes ne sont plus entretenues, elles penchent d’un côté où de l’autre, parfois on dirait qu’elles s’épaulent, se soutiennent au-delà de la mort…. Les herbes, les arbres, la rocaille donnent un aspect
paisible à l’ensemble, un peu Zen, un peu cimetière musulman… Dieu y reconnaîtra sûrement les siens !
Les marchands de souvenirs, par crainte des attentats, ont déserté leurs échoppes au pied du cimetière et la rue semble un peu triste et vide…
On ne peut pas rentrer non plus, dans la synagogue Pinkas où sont inscrits les noms des 77 297 victimes de l’holocauste originaires de Bohème. Rappelons qu’en 1975, le gouvernement communiste de l’époque, antisémite comme l’étaient la plupart des régimes communistes, avait fait repeindre l’intérieur de la synagogue pour cacher tous ces noms…. Les régimes communistes sont habituels de ce genre de pratique : effacer les noms, les traces, les photos pour effacer les souvenirs, le parti communiste chinois est toujours,
aujourd’hui, un expert en la matière ! Depuis la révolution de velours la peinture a été grattée et les noms sont réapparus un à un…
Demain petite montée (à pied s’il vous plaît) de la tour de l’horloge de l’ancien hôtel de ville. De là on voit la place de la vieille ville, Notre Dame de Tyn et un vaste panorama. Le soleil couchant allonge les ombres des passants offrant un point de vue mystérieux et inattendu sur cette partie la plus visitée de Praha (Prague)…
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La place de la vieille ville est le coeur historique de Prague. Sur la place, elle-même et dans les rues qui l'entourent se trouve une accumulation de maisons et de monuments d'une grande beauté. Les édifices anciens ont pris avec le temps et la pollution une teinte noire qui contraste violemment avec les tons pastel des maisons baroques ou art nouveau.
L'ensemble est saisissant. On retrouve ce mélange dans d'autres villes de Bohème mais jamais avec une telle intensité. Prague porte son passé en elle et l'affiche comme dans un livre où les pages de différentes époques se succèdent dans un harmonieux désordre...
L'un des points d'attraction de la vieille ville est la tour de l'horloge. L'horloge astronomique a été construite en 1410. Toutes les heures, des petits personnages défilent derrière deux fenêtres. Des centaines, peut-être un millier de touristes viennent admirer la scène... Le spectacle de ces gens venus eux-mêmes assister au spectacle est incroyable ! Qu'il pleuve ou qu'il vente la même foule est là en attente de la ronde fugitive des petites
marionnettes de l'horloge. Cette prestigieuse place à vu défiler bien d'autres marionnettes : c'est là que le pouvoir des fantoches communistes venait s'auto-célébrer et s'auto-congratuler avec force bannières rouges et encadrement militaire à la
soviétique !
relief, des volutes, etc... Des statues, qui doivent être à peine visibles de la rue, veillent au sommet d'un toit... De l'autre côté de la Vltava, sur les hauteurs se dressent les clochers sombres de la cathédrale Saint-Guy...
du soleil, vous pourrez assister à un étrange ballet. Le soleil prend en enfilade la rue qui mène au pont St Charles et les ombres des passants s'étirent sur les pavés dans un jeu contrasté de clartés et de lumière... Nous reparlerons de la place de la vieille ville demain. Aujourd'hui elle est occupée par des stands, des podiums et des hauts parleurs vociférants. C'est le « marathon » de Prague :
les coureurs amateurs s'affrontent à travers les vieilles rues, pour le plaisir ou pour la gloire. J'ai décliné l'invitation que l'on me proposait. Elle portait le numéro 1223....
La place de la vieille ville est entourée de maisons romanes dont les façades ont été remodelées par la suite et restaurées en style baroque (
hexagonaux habitués à la rigueur du classicisme à la française. Jaune clair et ocre, bleu pâle et bleu soutenu, rose vif et rose barbe-à-papa, vert peppermint et vert amande, gris moyen et ivoire, … J’en passe et des meilleures ! On retrouve un peu de ces
couleurs et de ce style dans les salons du Trianon à Versailles tels que les avait décorés Marie-Antoinette, « l’Autrichienne »... Sophia Coppola rend bien compte de cette atmosphère dans son film sur cette même reine. Ces façades baroques ornent également les rues alentour de la place.
Par moments on a l’impression de ne pas être dans la vraie vie mais dans un immense décor de théâtre et que la fête finie et les touristes partis, l’on va replier les panneaux et retrouver de sinistres façades grises. Mais non, on ne démonte pas le décor et même la nuit il garde tout son charme !...
Le centre de la place est occupé par le monument à Jan Hus, le réformateur tchèque brûlé le 6 juillet 1415 sur ordre du pape de l’époque (
guerres de religion n’ont plus cours dans le monde des chrétiens, les musulmans ont pris le relais et s’étripent avec autant d’ardeur aujourd’hui, entre sunnites et chiites, que nous l’avons fait autrefois ! C’est le triste privilège des religions à prétention
universalistes de faire rentrer leur vérité, par le fer et par le sang, dans la gorge de l’autre qui devient vite un hérétique s’il déplace ne serait-ce qu’une virgule dans le texte sacré,!
J’aime lire les signes, symboles et pictogrammes que l’on trouve dans les villes. Autrefois l’écriture était réservée aux « lettrés » et le moyen de faire savoir qui on était ressortait d’un langage immédiatement compréhensible : le
pictogramme, la représentation imagée symbolique ou non. On retrouve cela aujourd’hui dans la seule langue vraiment universelle qui n’est ni l’anglais ni l’espéranto (désolé Yves !...) mais le code de la route. Malgré cet universalisme obligé, le code de la route a ses nuances et ses fantaisies : la façon de représenter un piéton, un cycliste, un animal… à Prague, le cycliste est de style sportif et le chien est pressé !
d’une fonction ou allégorique. Les sujets sont puisés dans la mythologie, l’astrologie, la nature, les
personnages célèbres, les saints. Il en existe ainsi près de 900 à Prague ! Dans les villes de l’époque, dépourvues de noms de rues et de numéros, ces symboles étaient également de précieux repères.
pourrait être une source d’inspiration pour les joueurs en réseau qui redonnent vie aujourd’hui, à leur manière, à cette ancienne forme d’association).
Enseignes
et affiches modernes ont un style qui leur est propre : vivacité des couleurs, une certaine naïveté, humour grinçant un peu gore ou surréaliste…
Que nous retrouverons demain, dans la statuaire moderne qui amuse beaucoup les praguois de Prague et qui laisse pantois les françois de France !
Les statues sont partout présentes dans les rues, , dans les jardins, les palais, sur les toits des maisons, dans les parcs de Prague. Tous les styles se
télescopent, comme pour l’architecture, dans un désordre inattendu et harmonieux.
monuments, sur le pont Charles et à Notre Dame-de-Lorette par exemple. Elles sont recouvertes d’une couche de pollution noire presque charbonneuse. On se demande pourquoi elles n’ont pas été nettoyées ? Puis on se dit qu’elles sont trop nombreuses, l’on s’habitue et, quand au hasard de la promenade l’on découvre une statue qui a gardé la couleur du calcaire, on a
l’impression qu’il lui manque quelque chose ! Elle perd un peu de la compacité que lui confère cette agressive teinte sombre qui évoque un peu la couleur et la densité du bronze.
Le surréalisme (
D’autres statues comme ce crâne inquiétant qui semble écraser un humain soumis et fataliste, hésitent entre le surréalisme et le symbolisme.
sont de facture plutôt néo-expressionnistes. Ce style, apparu dans les années 70-80 est en réaction contre l’art abstrait et la profusion de sculptures auxquelles
personne ne comprenait plus rien et que l’on regardait sans même les voir. Il ne craint pas le mauvais goût et en fait preuve d’ailleurs avec délectation ! Mais au moins ces statues, on les remarque, pour le meilleur et pour le pire ! Quel plaisir de retrouver enfin des sculpteurs qui sculptent et ne se
contentent pas de suivre les veines de la pierre ! L’an dernier une exposition de statues métalliques géantes ornait la plus belle avenue de Prague. Ces statues ressemblaient à des sortes de terminator ou Robocop un peu humanisés, musclés et fessus. Elles ne laissaient pas les nombreux passants indifférents. Je me souviens même de la main de M-P tapotant au passage une fesse métallique !
L’impertinence est fréquente chez les artistes Tchèques, elle semble même être une de leurs caractéristiques principales qui les a bien aidés à résister à la chappe de plomb de l’occupation soviétique. Des artistes modernes en sont porteur encore aujourd’hui comme l’auteur (dont j’ai oublié le nom) de cette célèbre statue que l’on trouve face au restaurant du museum Kafka. Deux messieurs, en toute indécence, font pipi dans un bassin, bien en vue des clients qui sont à la terrasse du restaurant. Leurs hanches sont animées d’un mouvement tournant….Donc, en quelque sorte, ils se déhanchent pour mieux diriger le jet ! C’est impertinent et drôle et cela amuse beaucoup les spectateurs jeunes et vieux !
Le « château » domine Prague. Remarque importante, le « château » n’est pas un château ! Cet ensemble comprend le palais royal, la cathédrale Saint-Guy, et de nombreuses rues, ruelles, jardins, chapelles, musées, regroupées
dans le quartier de Hradcany (=quartier du château, à prononcer : "radtchany", sans oublier le H aspiré !). L’évènement qui attire le plus de monde bien qu’il ne soit pas le plus intéressant est la relève de la garde. De beaux militaires, habillés comme des soldats de plomb et aussi raides
qu’eux, propres et astiqués jusqu’à la semelle des chaussures, font plein de manières pour marcher et jouent de la musique. La relève de la garde pour les militaires c’est comme la période des « transmissions » dans une équipe d’infirmières, d’aides soignants ou d’éducs, mais sans la parole, le café en moins, la musique martiale et un protocole compliqué en plus ! C’est fou la foule de oufs que ça draine, et personne ne moufte ! Les pickpockets sont aux anges et se promènent mains dans les poches (des
autres…), les messieurs se rengorgent et rentrent leur bedaine, les dames se font prendre en photo avec de beaux gars encasquettés.
gaulois, pousser un sacré cocorico car c’est un français, Mathieu d’Arras, qui en a été l’architecte ! Les vitraux n’ont pas l’ancienneté de ceux de Chartres mais ils sont de toute
beauté, ceux d’Alfons Mucha en particulier (prononcez « Murrra »), créés dans le style art nouveau dont il est le plus brillant représentant en Europe.
regorge de superbes maisons baroques.
ponts. On distingue le célèbre pont St Charles, attraction privilégiée des touristes avec la place de la vieille ville.
Une autre façon de descendre vers les rives de la Vltava et de rejoindre le pont St Charles est de prendre la rue située à droite de l’entrée du château. Elle passe par le quartier de la Mala Strana (« le petit côté »), elle longe de superbes maisons baroques et aboutit à la porte du pont. On peut s’arrêter un instant pour admirer l’église Saint Nicolas, les jardins Wallenstein et flâner sur l’île Kampa qui accueille
actuellement une superbe expo de photos de Yann Arthus Bertrand. Une centaine de photos sur un parcours de quelques centaines de mètres en plein air. Splendide !
Apollinaire notre grand poète national dont le vrai nom à une résonance aussi hexagonale que celle des joueurs de notre valeureuse équipe de football (Wilhelm Apollinaris Kostrowitzky), à écrit une nouvelle qui se déroule à Prague : « le passant de Prague » :
tristounets : ils se plaignent de tout, de leurs amours qui tournent plus ou moins rond, du temps qui passe trop vite ou pas assez... Il faut tout de même leur reconnaître une chose, ils ne nous bassinent jamais avec la hausse des prix du beefsteak ou leurs cors au pied et ils sont capables de voir dans le ciel des signes que les autres ne remarquent pas !) . Voici ce poème qui commence par une évocation de la nouvelle "le passant de Prague" :
naturels et culturels de l’Unesco. Les plus anciennes maisons datent du 13 ème siècle. Il a su garder son authenticité tout en étant toujours
habité. 130 habitants vivent ici, dans une trentaine d’habitations, fermes, école, une petite église, une forge, le tout entourant une place rectangulaire de 200 mètres de long. Les maisons sont construites dans le style « baroque paysan ». Les maçons qui avaient travaillé à la construction des demeures de maîtres et aux châteaux de la région ( à Cesky Krumlov, à Cesky Budejovice,…) ont eu la
s’installant à la campagne mais ne perd rien de son inventivité. On retrouve ainsi l’élégance architecturale de la ville
en pleine campagne. Cela aurait ravi Alphonse Allais qui, avec son humour un
peu décalé, regrettait « que les villes ne soient pas construites à la campagne » !
bâtiment, mais elles sont incapables de donner une impression d’ensemble. Peut-être une vue d’avion ou une reconstitution
en 3D pourrait-elle le faire ? En effet, les maîtres maçons, habitués à travailler sur les immenses structures des châteaux de Bohème, ont organisé ces villages suivant un plan d’ensemble. Elles ne sont pas
construites à la va-comme-je-te-pousse. Elles sont organisées autour d’un vaste rectangle (comme les places des grandes villes) planté d’arbres et creusé d’une mare.
Une petite église se dresse à l’extrémité du rectangle, encadrée par deux arbres. L’élégance de l’ensemble s’impose immédiatement à notre esprit, mais il faut du temps avant d’en percer les subtilités et les secrets !