Lundi 20 avril 2009
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Comme d'habitude, mémé commence par dire « qu'elle n'a pas faim aujourd'hui !... ». Elle semble s'étonner, comme
si les autres jours elle avait un appétit d'ogre. En réalité, avec ses 30 Kgs, il faut continuellement ruser pour l'inciter à avaler quelque chose ! Ne pas s'énerver ! D'abord lui rappeller les
paroles de son médecin de confiance :
- Vous vous rappelez ce que vous a dit votre docteur ?...
Mémé fait mine qu'elle ne se rappelle pas.
- Si vous voulez ne pas être essoufflée le matin, il faut alimenter votre cœur.
En tant qu'ancienne de la SNCF, mémé comprend bien les comparaisons avec le train :
- Votre cœur est comme une locomotive...pour fonctionner, il lui faut du charbon, de bonnes grosses pelletées
de charbon qui font ronfler la machine !...
- Mémé sourit et déclare avec une petite voix : ben oui, mais c'est difficile
quand on n'a pas faim !...
- Oui, mémé, vous avez raison, c'est aussi difficile de manger quand on n'a pas faim que de ne pas manger
quand on a faim ! Mais aujourd'hui, il n'y a que des bonnes choses pour le déjeuner !...
Mémé commence sans trop d'entrain... Je sors une bouteille de rosé champagnisé et je rajoute une goutte de bon cassis, du Lejay-Lagoutte, qu'elle
apprécie :
- Je préfère ça, ça passe mieux !...
Puis mémé lance la conversation sur son petit village d'enfance dans le Calvados. Il a un joli nom : Morteaux-Couliboeuf (Morteaux = Mortes eaux) !
500 habitants tout au plus, mais autrefois un nœud ferroviaire fréquenté.
- On avait un médecin roumain à Morteaux-Couliboeuf. Il avait pris la suite d'un
autre docteur roumain. Tout le monde l'aimait bien ! Tous les matins il emmenait son fils à l'école, à Falaise... Un matin, on ne l'a plus vu. Il avait été arrêté et déporté à Dachau. Vous
connaissez bien Dachau vous ?...
- Oui, mémé, vous avez raison, j'y ai passé un an, pendant mon service militaire, avec les Américains. Nous
étions dans l'enceinte du camp et je voyais souvent des rescapés qui revenaient visiter le lieu où ils avaient été détenus. Ils étaient souvent très émus, ils pleuraient et parfois il fallait les
soutenir...
Mémé approuve pensivement. Je lui demande :
- Savez-vous pourquoi ils ont été arrêtés ?
- Je pense qu'ils étaient juifs et qu'ils ont été dénoncés...Il a eu le temps de
faire passer un courrier, c'est comme cela que l'on a su qu'il allait être déporté à Dachau.
Mémé prononce à la française « da-cho », en insistant bien sur la deuxième syllabe. Cela me fait tout drôle. Si je prononce ainsi, aucun de mes amis
allemands ne comprend rien. Eux, disent « da-ra-o » avec un CH assez guttural.
- Savez-vous ce qu'ils sont devenus ?
- Dieu seul le sait !... et comme il est pas bavard !...
- Mémé, vous savez, il y en a qui disent que les camps « c'est un détail de l'histoire.. »
Mémé lève les yeux au ciel : « il y a des fous partout ! »
......
Pour terminer : expresso et chocolats.
- Ce midi nous avons aussi des petits macarons de toutes le couleurs !
- Ils sont bons...
- Oui, mémé, ils croquent sous la dent !