Mémé

Jeudi 11 septembre 2008 4 11 /09 /2008 06:15

Elle ne pouvait plus vivre toute seule et les essais avec les aides ménagères n’ayant pas été concluant (« j’en ai marre de ces bonnes femmes !»), nous sommes allés la chercher en urgence.

Elle pesait 31 Kg ! Deux mois après, elle a repris un peu, 31,5 Kg puis, hélas, elle est retombée à 31 !

On a beau lui proposer les plats qu’elle aime, elle n’a pas faim !... Elle réinvente les ruses des enfants capricieux qui n’aiment pas tel ou tel plat et je me retrouve parfois un peu dans les petites astuces qu'elle invente. Ainsi, si je me retourne pour remuer une poêle, ou pour ramener un plat, elle en profite, avec une promptitude étonnante, pour refiler un morceau de steak à Caline ! Quand je reviens, elle fait mine de rien, celle qui a bien fini de lécher son assiette…mais, sous la table, je vois la queue de Caline qui frétille tant qu’elle peut !...

Heureusement elle se rattrappe sur les desserts et sur le café !

- Une part de tarte, mémé ?...

- Oh ! Elle est trop grosse !...

 

Je découpe une portion un peu plus petite… puis j’attends qu’elle soit dégustée, et je propose le deuxième morceau :

-          Une petite lichette, mémé ?...

Elle fait une petite moue, hésite, mais je vois bien qu’elle est tentée… sans plus de questions, je glisse le morceau dans son assiette… Et, ça passe !...

Le rituel du café est intéressant également ! Un expresso, un vrai de vrai, bien corsé… et des morceaux de sucre et de chocolat, présentés dans un petit pot en jolie faïence… mémé prend un sucre et parfois, quelques instants après, ayant oublié qu’elle en a mis un, elle en reprend un autre !... Pour les chocolats, au début, je prenais des petits morceaux de chocolat enveloppés, maintenant, j'achète de bonnes tablettes à 72%, avec des pépites de café dedans par exemple ! Ca fait toujours autant de pris !...

Avec mémé on ne s’ennuie pas pendant les repas, pas besoin de radio, je connais toutes les nouvelles d’il y a 70 ou 80 ans !...

Allez mémé, encore un petit effort, nous allons le regagner ce demi-kilo !....

Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /2008 08:19

Hier, installation d’un nouvel écran LCD à la place du vieil écran à tube cathodique. La connectique n’est plus du tout ce qu’elle était mon cher monsieur ! Il faut jongler entre les prises HDMI, DVI, cinch, component, S-VHS, peritel, Jack, antenne, PCMCIA… j’en passe et des meilleures !... Et, de plus, il ne faut surtout pas confondre les prises IN (en entrée) et les OUT (en sortie) sinon rien ne va plus !...

S’il s’agissait seulement de brancher la télé, le problème serait vite résolu mais je veux faire cohabiter (et communiquer) des appareils de plusieurs générations différentes : la TV LCD, un ordinateur portable, des appareils photo, le lecteur/graveur qui date d’il y a 5 ans et qui ne connaît pas les prises modernes et une antiquité moyenâgeuse : un magnétoscope à bande ! J’ai invité 2 amis pour résoudre le problème, nous ne serons pas de trop !

Ca commence bien, Urbain arrive avec des framboises et des pêches de son jardin pour mémé. Celle-ci est ravie autant de l’attention que du goût savoureux des fruits.

Nous nous mettons à l’ouvrage. Après une heure, tout semble fonctionner…. Mais les enregistrements sur le graveur sont d’une qualité décevante et l’on ne peut pas enregistrer la TNT ! Eureka ! Urbain et Patrick ont une idée : nos branchements sont trop compliqués et l’enregistreur ne copie pas ce qui vient du bel écran TNT tout neuf mais ce qui sort de son antique récepteur Hertzien ! On débranche tout et on recommence. Au bout de 2 heures de cogitations animées, la solution est trouvée.

Mémé a assisté aux débats et elle est ravie : "ça, c’est une après-midi animée entre de bons amis, commentera-t-elle, le soir, au dîner !"

On va chercher une bonne bouteille et elle trinque avec nous. Puis nous regardons un diaporama sur les USA réalisé par Urbain. L’ordinateur est branché sur la télé et les images en provenance du site internet d’Urbain, sont superbes. Mémé s’extasie… Mais elle est encore plus ravie quand elle voit ses petits-fils sur le grand écran…. Alors là, chapeau comme on dit au Mans !

Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Partager    
Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /2008 06:33

Entre la darne de saumon qui est toujours trop épaisse et la cuillerée de pâtes de quinoa qui est toujours trop grosse, mémé égraine ses souvenirs des années de guerre. En 44, il a fallu héberger 2 soldats allemands. Ils arrivaient le soir et ils repartaient le lendemain matin. Ils étaient propres et n’ont pas fait de dégâts. Mémé à commencer à apprendre un peu d’allemand. Les cours ont été vite interrompus au moment du débarquement. Un chef est venu, a fait un petit discours et, 5 mn après, les 2 soldats étaient partis, emportant tous leurs bagages. Tous leurs bagages ?... Non, pas tout à fait. Ils ont laissé 5 Kg de sucre, mémé s’en souvient très bien. Un vrai bonheur en ces temps de disette !

Après, il a fallu creuser un trou pas trop loin de la maison car les Américains bombardaient la gare située à 1,5 KM. La gare n’a jamais été touchée mais les alentours ont été copieusement arrosés. Résultat : une mère de famille tuée et des vaches crevées, se décomposant, les pattes en l’air !

"Encore un bombardement, vite dans le refuge… ne ferme pas les fenêtres dit le père ! Mais la maman est trop consciencieuse et elle ferme tout avant de partir. Alors, commente mémé, après, on ne pouvait plus rien fermer !..."

Ensuite on est parti se réfugier dans la famille de nos voisins, à la campagne et des soldats canadiens se sont installés dans notre maison… Ils n’ont rien cassé ni volé, mais quand on est revenu, qu’est-ce que c’était sale !...
Pendant que mémé raconte les dernières nouvelles du front, le saumon disparaît, les arêtes et la peau sont bien rangés le long de l’assiette…Bien motivée, mémé sait aussi faire les plats nets !

Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /2009 06:11


Retour après une journée d'absence, mémé est dans le noir, elle a fait sauter un fusible qui protège toutes les prises en essayant de retirer une tartine du grille-pain avec son couteau ! Une odeur flotte dans la cuisine : des petits légumes calcinés, oubliés sur le gaz !... Hmmm ! il va falloir resserrer la surveillance !...

Repas de midi...Pris par les réponses aux courriers, le blog, les tirages à faire, je n'ai pas vu passer l'heure. Nous allons déjeuner à la fortune du frigo !

J'ai trouvé une tranche de jambon blanc pour mémé. Dialogue:

      - Pas cette énorme tranche pour moi toute seule !...

      - Si, si mémé...elle est tellement mince qu'on pourrait la mettre à la poste avec un timbre de 55 centimes seulement...

      - Et vous ?...

      - Moi, mémé, j'ai des sardines à la tomate...

      - J'aime bien les sardines à la tomate...

      - Bon, vous en aurez demain pour le déjeuner !...

      - Autrefois, du jambon blanc, on en avait que le dimanche au pensionnat !... on n'en mangeait pas dans les familles, c'était un produit de luxe !

      - Eh ben, mémé, aujourd'hui c'est comme un dimanche : jambon blanc et sardines !...

Par contre, pas moyen de lui faire avaler les légumes : des carottes râpées (bof...), un reste de céleri-rave, revenu dans la poêle avec un peu de beurre.

      - Je n'aime pas beaucoup les céleris-raves...

Je n'insiste pas, je n'ai rien d'autres à lui proposer.

      - Tant pis mémé, vous allez vous rattraper sur le fromage...

Heureusement , s'il n'y a pas de camembert, fromage préféré de mémé, il y a un odorant fromage pour tartiflette oublié dans le fond du frigo ! Mémé se régale. Elle en reprend plusieurs fois avec du bon pain panisse. Là-dessus je débouche une bouteille de Lambrusco, un vin rouge italien « frizzante » (pétillant) peu alcoolisé (7 à 8 degrés). Mémé adore !... De fond de verre en fond de verre, elle finit bien par en siffler un entier ! Elle commente :

      - Je ne vais plus tenir debout !...

      - Hmmm...mémé, c'est pas trop grave, vous n'avez pas d'auto à conduire, et puis je vous raccompagnerai s'il le faut !

      - Tout de même, du fromage avec un peu de vin, c'est bon !

Caline qui veille au pied de la table en regardant religieusement mémé (tout ce qui tombe du ciel est béni !), n'aura rien aujourd'hui !

Ensuite, c'est le moment du café....Un expresso bien serré avec quelques carrés de chocolat noir...mémé savoure...et 2 petites crêpes dentelles qu'il faut dérouler de leur joli papier doré qui crisse sous les doigts...

En définitive, repas pas très équilibré du point de vue légumes et fruits (on se rattrapera ce soir avec une soupe), mais à peu près satisfaisant en calories pour une dame de 87 ans dont le poids a bien du mal à se maintenir à 30 Kg !


Le mimosa est en retard cette année. Depuis quelques jours, il explose partout, dans les jardin, les allées, les chemins du bord de mer...A voir de toute urgence, dans quinze jours on tire le rideau  !


Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Partager    
Jeudi 19 mars 2009 4 19 /03 /2009 06:38

Ce midi le repas commence mal, mémé déclare en poussant un profond soupir :

-          Ah, comme disait ma voisine...c'est pas beau de vieillir !

-          Mémé !... c'est tout de même mieux que de mourir jeune !

Mémé en convient, mais elle n'est pas vraiment convaincue alors j'oriente la conversation vers « Lily Marlène ».  Tout à l'heure, elle a entendu cette chanson que j'ai retrouvée sur ordinateur et elle m'a dit :

-          J'écoutais cette chanson chez tante marie, sur un gramophone...


Je lui demande :

-          A l'époque, c'était une chose rare d'avoir un gramophone ?....

-          Oui, mais comme ils étaient dans la forêt, ça leur faisait une distraction.

-          Dans la forêt ?...

-          Oui, tonton Armand fabriquait du charbon de bois et tous les étés j'allais passer les vacances chez eux...Ils étaient très gentils tous les deux et quand je revenais à la maison mes parents disaient qu'ils m'avaient trop gâtée et qu'ils me cédaient tout !

-          Vos parents n'étaient pas aussi gentils ?

-          Mon père n'était pas facile...

-          Et votre belle-mère ?

-          Ça dépend, ...mais elle était plutôt gentille pour une belle-mère !

Mémé a perdu sa maman très jeune et l'on sent que c'est quelque chose qui l'a beaucoup marqué. Je reprends :

-          Vous n'aviez pas de petites copines dans cette forêt ?

-          Non, c'était loin de tout. Tous les ans mon oncle et ma tante déménageaient pour trouver de nouveaux bois à brûler. Ils avaient une cabane en bois. Il la démontait et puis ils allaient sur une nouvelle parcelle dans la forêt de Carouges. On était tranquille...c'était bien ! J'aidais ma tante Marie à faire la cuisine, à rincer le linge...Il fallait aller chercher l'eau à plus d'un Km...à pied ! parce que les voitures ne pouvaient pas passer sur le sentier. Même le facteur venait à pied. Il laissait son vélo sur la route. Mais il était bien accueilli et il buvait un bon coup avant de repartir !... Qu'est-ce que j'étais heureuse !....

Un ange passe et l'on entend un bruissement d'ailes nostalgiques traverser la cuisine... Je rebranche mémé sur la musique.

-          Comment faisiez-vous pour écouter de la musique. Il n'y avait pas d'électricité ?

-          Non, on s'éclairait avec une lampe à acétylène....pour le gramophone, il y avait une manivelle !...

Pendant  que nous discutons, mémé est arrivée à bout de son escalope de poulet. Elle a dédaigné les céréales cuites, mais nous allons nous rattraper sur les desserts. Sacré mémé !...

Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Partager    
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /2009 06:03
(Cliquez sur la flèche en forme de triangle pour écouter la chanson !)

-          J'arriverai pas au bout d'un gros beefsteak comme ça !

-          Mémé, c'est tout de même pas un steak qui pèse à peine 100 g qui va vous faire peur !

Ce n'est pas tout à fait vrai, il fait 120 g... Bon ! je sens qu'il va falloir ruser pour que mémé aille au bout de sa portion ! Je la branche sur le travail.

-          Comment faisiez-vous pour aller au travail, vous y alliez en bus ?

-          Mais non ! j'y allais en vélo...tous les jours, et je revenais à la maison pour le déjeuner...4 allers-retours par jour.

-          C'était pas trop loin ?

-          Non, un quart d'heure...et puis c'était plat !

-          Et quand il pleuvait ?

-          Je mettais une grande cape qui recouvrait le guidon et les mains. Mais j'arrivais trempé parfois...

Le steak disparaît lentement (très lentement), petits morceaux par petits morceaux. Je rebranche mémé sur son dernier jour de travail avant la retraite. la question est d'actualité à la maison...

-          J'étais émue ! ça fait tout de même quelque chose...

-          Vous êtes partie à quel âge ?

-          A 55 ans ! A la SNCF, autrefois c'était comme ça !...je me souviens quand j'ai rangé mon bureau...y'avait plein de choses qui étaient là depuis des années.... Et j'avais la larme à l'œil...

-          Comment ça se passait avec vos collègues ?

-          On était douze, trois femmes seulement ! Ils fumaient presque tous...c'était pénible, pas moyen de les faire arrêter ! quand on rentrait à la maison, les habits sentaient le tabac, c'était pénible !...Un jour j'en ai eu assez, alors j'ai demandé qu'on installe un petit vasistas sur une fenêtre...c'était un peu mieux ! Aujourd'hui, ils sont tous morts sauf un. Il ne fumait pas, lui ...

Un petit nuage nostalgique traverse la cuisine... puis mémé reprend :

-          J'aimais bien mon travail parce que c'était varié et il y avait des contacts !

-          Vous travailliez combien d'heures ?

-          Au début, c'était 49 heures. On travaillait le samedi matin aussi...mais après les évènements...

Mémé cherche ses mots. Je lui souffle...

-          Les évènements de mai 68 ?...

-          Oui !...on est passé à quarante heures.

-          Et après, vous avez continué à faire du vélo ?

-          Oui, mais seulement pour faire des petits déplacements, pour aller à la poste,... Mais mon mari, quand il était jeune, faisait beaucoup de vélo, pour aller dans les auberges de jeunesse,...

Pendant la discussion l'assiette s'est vidée. Mémé à l'air d'être en forme. Je lui propose :

-          Mémé, voulez-vous faire la vaisselle ? Je viderai le lave-vaisselle seulement dans l'après-midi...

-          Oui, bien sûr...

-          Dans l'après-midi, je pourrai vous demander de préparer la salade de fruits ?...

J'ai sorti des fruits et un vieux couteau à manche de bois, à la lame « usée jusqu'à la corde » que mémé utilise depuis des années et qu'elle affectionne.

Tout est prêt !

  Voici venu le meilleur moment du repas : expresso bien serré, à l'italienne et chocolats et, exceptionnellement aujourd'hui, une part de gâteau Baulois (spécialité de La Baule, au chocolat) qu'une amie m'a donnée pour mémé.

Verdict : "Il est bien bon ce gâteau, il est riche !..." Ce qui est sûr c'est qu'il est disparu nettement plus vite que le steak ! Merci Denise !...

-           

Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 06:20

-          Mémé, si on préparait une salade de fruits pour ce soir ?....

Depuis que l'on nous serine qu'il faut manger au moins 5 fruits ou légumes par jour, j'ai pris l'habitude de faire des salades de fruits plusieurs fois par semaine. C'est vite fait et c'est toujours bon ! Pour mon ramequin, je n'oublie pas d'ajouter une bonne rasade de rhum, ce qui ne fait pas vraiment partie des recommandations du ministère de la santé, mais qui, à mon sens, améliore notablement la recette. Si le rhum manque, un vieux calva (un truc où il ya de la pomme !...) fera l'affaire !... Je confie l'épluchage à mémé qui pèle, décortique, épépine avec soins et débite tout en petits morceaux. Elle fait appel à moi seulement pour découper les oranges, son petit couteau « usé jusqu'à la corde », n'accrochant pas suffisamment !...

Pendant le déroulement de cette tâche, mémé, un petit sourire malicieux aux lèvres, ne manque pas de chantonner : « salade de fruits, jolie, jolie, jolie... ». Elle me fait un signe de tête complice et me dit :

-          Vous connaissez ?

Alors je reprends la suite :

-          Tu plais à mon père, tu plais à ma mère...

Et l'on continue en cœur :

-          Salade de fruits jolie, jolie, jolie, un jour il faudra bien qu'on nous marrie !...

Après ce petit duo, elle commente

-          Bourvil, en voilà un homme qui était gentil ! Je l'avais rencontré quand j'étais en cure à Contrex avec mon mari.  C'était un homme qui était simple !..."Simple", c'est un beau compliment pour mémé, ça veut dire, pas tapageur, qui reste accessible malgré la célébrité, enfin, tout le contraire du "bling-bling" (vous voyez Bourvil président, vous ?...)

Et mémé reprend la cuillère pour brasser la salade de fruits jolie, jolie, jolie, tout en chantonnant et remuant doucement la tête en cadence.

A la prochaine salade de fruits, dans deux ou trois jours, nous reprendrons notre duo !...


Pour ceux qui souhaitent voir ou revoir l'expo "Sourires des Femmes de l'Inde, Sourires des enfants, Vie quotidienne", rendez-vous à la médiathèque de Pornic, du 1er au 25 avril. Photos en 30X45 et 50X70. La médiathèque en profite pour faire une animation sur l'Inde, en particulier avec des livres d'enfants qui vous redonnent envie d'être enfant ! Les mardis,mercredis, jeudis, vendredis et samedis aux heures habituelles d'ouverture de la médiathèque
Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    
Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /2009 06:32

Comme d'habitude, mémé commence par dire « qu'elle n'a pas faim aujourd'hui !... ». Elle semble s'étonner, comme si les autres jours elle avait un appétit d'ogre. En réalité, avec ses 30 Kgs, il faut continuellement ruser pour l'inciter à avaler quelque chose ! Ne pas s'énerver ! D'abord lui rappeller les paroles de son médecin de confiance :

-          Vous vous rappelez ce que vous a dit votre docteur ?...

Mémé fait mine qu'elle ne se rappelle pas.

-          Si vous voulez ne pas être essoufflée le matin, il faut alimenter votre cœur.


En tant qu'ancienne de la SNCF, mémé comprend bien les comparaisons avec le train :

-          Votre cœur est comme une locomotive...pour fonctionner, il lui faut du charbon, de bonnes grosses pelletées de charbon qui font ronfler la machine !...

-          Mémé sourit et déclare avec une petite voix : ben oui, mais c'est difficile quand on n'a pas faim !...

-          Oui, mémé, vous avez raison, c'est aussi difficile de manger quand on n'a pas faim que de ne pas manger quand on a faim ! Mais aujourd'hui, il n'y a que des bonnes choses pour le déjeuner !...


Mémé commence sans trop d'entrain... Je sors une bouteille de rosé champagnisé et je rajoute une goutte de bon cassis, du Lejay-Lagoutte, qu'elle apprécie :

-          Je préfère ça, ça passe mieux !...

Puis mémé lance la conversation sur son petit village d'enfance dans le Calvados. Il a un joli nom : Morteaux-Couliboeuf (Morteaux = Mortes eaux) ! 500 habitants tout au plus, mais autrefois un nœud ferroviaire fréquenté.

-          On avait un médecin roumain à Morteaux-Couliboeuf. Il avait pris la suite d'un autre docteur roumain. Tout le monde l'aimait bien ! Tous les matins il emmenait son fils à l'école, à Falaise... Un matin, on ne l'a plus vu. Il avait été arrêté et déporté à Dachau. Vous connaissez bien Dachau vous ?...

-          Oui, mémé, vous avez raison, j'y ai passé un an, pendant mon service militaire, avec les Américains. Nous étions dans l'enceinte du camp et je voyais souvent des rescapés qui revenaient visiter le lieu où ils avaient été détenus. Ils étaient souvent très émus, ils pleuraient et parfois il fallait les soutenir...

Mémé approuve pensivement. Je lui demande :

-          Savez-vous pourquoi ils ont été arrêtés ?

-          Je pense qu'ils étaient juifs et qu'ils ont été dénoncés...Il a eu le temps de faire passer un courrier, c'est comme cela que l'on a su qu'il allait être déporté à Dachau.

Mémé prononce à la française « da-cho », en insistant bien sur la deuxième syllabe. Cela me fait tout drôle. Si je prononce ainsi, aucun de mes amis allemands ne comprend rien. Eux, disent « da-ra-o » avec un CH assez guttural.

-          Savez-vous ce qu'ils sont devenus ?

-          Dieu seul le sait !... et comme il est pas bavard !...

-          Mémé, vous savez, il y en a qui disent que les camps « c'est un détail de l'histoire.. »

Mémé lève les yeux au ciel : « il y a des fous partout ! »

......

Pour terminer : expresso et chocolats.

-      Ce midi nous avons aussi des petits macarons de toutes le couleurs !

-      Ils sont bons...

-      Oui, mémé, ils croquent sous la dent !


Par alain barré - Publié dans : Mémé
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Partager    

Recommander

Calendrier

Septembre 2010
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      
<< < > >>

Liens

Présentation

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés