Renoir est venu à Pornic en 1892 et a peint 4 toiles. Celle qui m'intéresse : est bien représentative de son style : le cadrage met en évidence les baigneurs habillés de couleurs claires : blanc, orange, bleu sur un fond de sable jaune et ocre. L'arrière plan est barré par une puissante avancée rocheuse plantée d'arbres touffus, sur laquelle le regard vient butter. Elle présente de nombreuses nuances de vert, dont l'un, très sombre qui évoque le feuillage du chêne vert, variété très fréquente sur nos côtes. Seul, un petit espace, à l'extrémité de la barre rocheuse, est réservé à la mer, encore Renoir a-t-il éprouvé le besoin de le fermer plus ou moins par un bateau à voile, esquissé d'un pinceau léger.
Le regard est ainsi renvoyé sur les personnages en avant-plan. Il peut s'attarder alors sur
les promeneurs et les baigneurs, puis de nouveau s'échapper et repartir vers l'horizon lointain en suivant la ligne en zigzag formée par le rivage ! On ne peut être qu'admiratif, bravo l'artiste !
Quelle belle leçon de composition !....Une dizaine de personnages sont dans l'eau (habillés, bien sûr !)...
et une
trentaine sur la plage : ombrelles, parasol, couples, femmes, hommes, enfants, assis debout, sans oublier un chien....tout cela dans un joyeux désordre savamment organisé.
Les personnages
ne sont pas "lèchés" comme dans le célèbre "bal au moulin de la galette", mais le sens de la composition est le même. Il s'agit également d'une sorte de fête, mais d'une fête
presque immobile. On ne danse pas, on s'amuse, entre détente et souci de paraître, on prend "les bains de mer", on barbotte et, sur la plage, on papote en montrant ses beaux atours !
L'atmosphère est lumineuse, la lumière hésite entre diverses nuances de bleu et de vert...vert jade précisément, comme la côte qui porte le même nom !Contrairement à ses amis impressionnistes Renoir n'aimait pas installer son chevalet dans la nature. Il s'en plaint dans un courrier adressé à Berthe MORISOT : "...j'ai fini par échouer à Pornic où j'apprends à nager à mon fils, ça va bien jusque là, mais il s'agit de faire des paysages; ici c'est assez joli, alors je suis d'une humeur massacrante. Le paysage devient pour moi un supplice de plus en plus grand d'autant que c'est un devoir; évidemment c'est la seule façon d'apprendre un peu son métier, mais se planter dehors comme un saltimbanque, je ne le puis plus !..." (courrier cité dans l'ouvrage sur Pornic de D. Pierrelée)
On peut admirer au passage l'humilité de Renoir qui vient à Pornic "apprendre un peu son métier" alors qu'il avait déjà connu le succès lors de sa première période impressionniste et qu'il mettait un point final à sa période ingresque (inspirée d'Ingres et des peintres italiens). On peut noter aussi l'expression du grand peintre qui "fait des paysages". Il ne les copie pas, il les crée, il les "fait". Effectivement on reconnaît une plage, peut-être celle de la Noëveillard,mais la ressemblance n'est pas complète car la pointe rocheuse actuelle avance plus profondément dans la mer. Certains suggèrent la plage du château (anciennement "plage des Sablières" mais la villa Malouine manque ainsi que le ruisseau du Cracaud-Dette et de plus elle était attribuée aux hommes)?...Quelle que soit la plage, elle a été transformée par le temps et, encore plus, transfigurée par l'artiste. Une chose est certaine, le choix des couleurs, la composition, le cadrage, comme dirait les photographes, en font une oeuvre à la fois typée, incarnée dans un lieu et intemporelle. Merci Renoir !
Oui, merci Renoir ! Vous l'avez compris, j'aime Renoir pour sa gaieté, son amour des belles choses, sa créativité. J'aime ce tableau en particulier, et je voudrais le faire mieux connaître, c'est pour cela que je souhaite en reconstituer l'atmosphère à la manière de ce que le peintre a vu et qui l'a inspiré. Pour cela il me faut quelques dizaines de figurants en habits d'époque (ou s'inspirant de cette époque, une dizaine dans l'eau et une trentaine sur la plage. Seuls des femmes et des enfants sont dans l'eau !
La date retenue pour cette mise en scène est le vendredi 28 août, à partir de 10H. Le lieu retenu est la plage de la Noëveillard.
L'objectif final est de prendre des photos de cette mise en scène en vue d'une exposition où la peinture et la photographie seront confrontées. Comment un peintre fait-il pour créer une oeuvre d'art à partir de la réalité ? Comment l'interprète-t-il ?...Qu'élimine-t-il, que retient-il ? Quels sont les ingrédients de sa magie créatrice ?....
Si vous êtes intéressés à participer à cet évènement, en tant que personne ou association, veuillez me le faire savoir en m'envoyant un mail à l'adresse suivante : deposerab@gmail.com
En attendant cette date, je donnerai régulièrement des nouvelles de ce projet, j'afficherai des exemples de tenues utilisées à la plage à cette époque et j'évoquerai l'oeuvre de ce peintre merveilleux qu'est RENOIR : le peintre du bonheur. D'ici là partez en chasse aux canotiers, et autres chapeaux 1900, robe longue pour les dames, vestes et pantalons gris, noirs ou blancs pour les hommmes, costumes de bain pour les dames et pour les enfants. Les tenues n'ont pas besoin d'être d'une fidélité historique à toute épreuve. Il s'agit plutôt de retrouver une ambiance. Grâce à votre participation, cette journée sera une belle fête !
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Des familles sont à l'abri sous un
parasol...
des enfants jouent, un garçon, habillé en marin
semble gratter dans les rochers...
des jeunes filles sont
assises sur les rochers et regardent une barque....
Dans le prolongement du casino, on remarque un promontoire. On le
retrouve sur les cartes postales de cette époque...
L'estacade du
bateau pour Noirmoutier (elle était installée, à peu près, à l'emplacement du mur ouest de l'actuel port de plaisance) ne figure pas sur le tableau de Renoir, pourtant celui-ci a pris le bateau
pour l'île !
Le ciel est divisé à peu près en deux parties égales. La partie basse est occupée par des nuages denses, presque indifférenciés et qui renvoient le regard sur
les voiliers, la plage et les baigneurs, sur l'eau bleue et verte, le sable jaune et ocre orangé. Remarquons au passage, qu'en exacerbant les couleurs naturelles, le peintre a ainsi obtenu des
tons complémentaires qui contribuent à une impression de gaieté et de vivacité.
Les rochers, dans le prolongement du casino, le sont aussi. De cette
façon Renoir délimite bien la zone de baignade qui forme une anse très marquée et recentre ainsi le regard sur la zone où se situent les personnages.
Il déclare, en 1892,
dans une lettre à Berthe MORISOT (qu'il considérait comme l'une des meilleures peintres impressionnistes de sa génération) : « Je suis allé à Noirmoutier ; c'est superbe et
tout à fait le midi, bien supérieur à Jersey et Guernesey, mais trop loin, beaucoup trop loin. Si j'avais plus d'audace, il y aurait de jolies choses à faire, comme partout du
reste. »
Il est fort probable que les mimosas n'aient pas été en
fleurs quand il les a peints. Ils le sont aux mois de février et mars
or son courrier indique qu'il était à Noirmoutier en septembre...