Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR

Mercredi 9 mars 2011 3 09 /03 /Mars /2011 06:56

C’était mon petit épicier arabe

Ouvert dimanche et fête

Avec sa blouse grise et ses moustaches

Toujours souriant

Toujours poli

Toujours du pain et du camembert

Quand j’étais en panne

 

Et dans son pays

Les gens étaient si gentils

En nous servant le lait et les dattes

Jamais un mot plus haut que l’autre

Au pas lent du dromadaire

 

Mon petit épicier  arabe

A fermé sa boutique vendredi

Pour enterrer son fils au pays

Tué dans la rue

Pour avoir crié trop fort

Contre le Père de sa patrie

 

A la télévision

On me dit qu’il faut avoir peur

De tous ces petits- fils d’épicier

Qui veulent entrer chez nous

Pour ouvrir boutique

 

Les Grands Chameliers savaient les contenir

Chez nous

A chacun son petit épicier arabe

Mais pas plus

Les dromadaires étaient bien gardés

 

Et dans leur pays

Où la mer est  toujours bleue

Et le soleil  garanti

A quoi peuvent-ils bien rêver 

Les petits-fils des petits épiciers arabes

 

Alain Lebeau, Février 2011


On parle beaucoup aujourd'hui de la possibilité pour l'extrême droite d'arriver en tête au premier tour. Cette éventualité me paraissait si importante qu'il y a quelques mois je l'évoquais dans une chronique comme quasiment inéluctable (  Montée du nationalisme et du populisme ). En voici un extrait :

"...montée des nationalismes dont le symptôme est le développement de l’extrême droite dans plusieurs pays européens (ainsi que d'un populisme de gauche, dans une moindre mesure). Il faut se rappeler que la réponse à la crise de 1929 fut le nationalisme et la montée du fascisme et du communisme. Ce danger a été - heureusement - partiellement  pris en compte dans la gestion de la crise actuelle mais toujours en maintenant l’illusion qu’elle n’était qu’un accident dû aux malversations de la finance. Ainsi madame Lagarde nous rassure en nous disant que nous en sommes sortis alors que les craquements sont de plus en plus sinistres : Après la faillite de la Grèce, l’Irlande, peut-être le Portugal et pire encore, l’Espagne ?.... La France n’est pas à l’abri !

L’assainissement de la situation de notre pays va demander des efforts soutenus et provoquer, sans doute une diminution de notre niveau de vie : « travailler plus et plus longtemps, pour gagner moins ! »Pour que cela se passe sans trop de grincements, il va falloir plus de justice sociale. En particulier, ne plus tolérer les écarts injustifiés de revenus que l’on connaît aujourd’hui ! Les bonnes volontés de droite, de gauche, sans oublier celles du centre et des écologistes, ne seront pas de trop pour éviter les dérives. Rappelons-nous les élections de 2002 !"

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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Jeudi 15 avril 2010 4 15 /04 /Avr /2010 06:44

Alain LEBEAU m'envoie ce poème à l'occasion de Pâques. J'étais en voyage à cette période et je n'ai pu le publier à temps. Le voici avec un peu de retard.


Je voudrais que le manège des saisons

S’arrête un instant au solstice vertDSC11508b600

Et que la queue du singe repousse

Avant les grillades estivales

Je voudrais qu’un coup de vent

Carène la plage

Et ramène le sable des châteaux d’enfance

Je voudrais me lever matin

Pour enterrer la branche arrachée

Et replanter le tournesol inondé

Je voudrais que les cloches volantes

Les chandelles éternelles

Les quiblas les temples les pagodes

Les crieurs patentés

Se tournent enfin vers la voie lactée

Où passent les cigognes

Je voudrais m’oublier un peu

Et cesser de battre tambour

Le temps d’écouter

Les premiers coucous

Qui sortent de terre

Alain LEBEAU

(*les enfants décrochent la queue du singe pour avoir un tour gratuit)

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /Déc /2009 06:50

Alain LEBEAU est un poète qui fait partie de l'équipe TRACES avec LAVAUR, LELUBRE, LAROCHE, SERREAU,... Il a publié de nombreux recueils dont les ballades afghanes : " Ouvrez la cage aux perdrix" aux éditions du Petit Véhicule, toujours d'actualité...



Je suis debout

Face à l’océan

Sur le marchepied de la terre

Tout droit

Tout petit

Sur l’ourlet de la mer

Un ciel tout noir s’est couché à l’horizon

Ecrasant un soleil lessivé

Il pleut déjà sur les vagues d’ardoise

Où scintillent mille fumeroles

Quelque navigateur retardataire

Danse sur la houle qui se déhanche

Il va hisser son mouchoir au mât

Et prier le phare qui s’allume derrière moi

Je me retourne

Le vent me pousse dans le dos

Le monde n’a qu’un sens

Là-haut

Tout là-haut

Il y a un feu dans la cheminée

Des larmes sur les photos jaunies

Et mon accordéon qui chante

La quête du Capitaine Achab

Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 06:28

Je le prends je le palpe
je savoure son galbe
et cette plénitude
ovoïde m'enchante.
Par la peau je l'écoute
me raconter la mer
et même quand il reste
au fond du tiroir sombre
il diffuse son calme
au plus secret de moi
là où je fais retraite
pour regarder en face
cet autre qui me hante
et me dénude l'âme.
Je suis poids je suis pierre.
Parole du silence.
Non plaisir solitaire
mais lente appartenance
au monde où je retourne
celui de la matière
plus forte que le peuple
d'envies et d'espérances
que je porte pour vous
qui m'êtes chers et proches
et tous ces inconnus
à naître aux antipodes
pour qui je veille encore.

Michel-François LAVAUR
"Les ouches du pont"
parution TRACES 81 (hiver 1986)
éditions TRACES, Sanguèze,
44330 Le Pallet
Les photos sont issues du spectacle GADJI qui sera présenté à Guérande le mercredi 10 juin, à 20H30, par le "théâtre d'ici ou d'ailleurs"
Par alainbarresfr@sfr.fr - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /Fév /2009 06:58
Alain LEBEAU m'envoie ce poème que la grande manifestation de Jeudi dernier lui a inspiré.

Mouvement perpétuel...


Il a replié son drapeau

Il a essuyé ses yeux rougis

Il a couru devant les matraques

Il a crié encore une fois

Justice pour tous

Et il est tombé

Sur une poubelle renversée 

Elle l'a relevé

Elle l'a pris par le bras

Ils ont couru ensemble

Vers la mer

Où fuyaient les goélands gazés

Ils se sont enlacés

Sur les éclats de grenade 

Ils sont arrivés

Visières baissées

Boucliers brandis

Ils ont tiré sans sommation

Les goélands riaient

Les amants s'étiraient

Le monde allait changer de base 

Ils ont pris leurs drapeaux

Leurs oripeaux

Leurs téléphones portables 

Il ne restait qu'une  plage nue

Qu'une  caméra oubliée

Où tout remontait au début

Quand le drapeau flottait haut

Que l'homme et la femme chantaient

Et  que les casques et les bottes

Attendaient leur tour  

Au coin de la rue 


Alain Lebeau 3 février 2009 
Par alain barré - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /Mars /2008 06:24

Nouvel envoi de la revue de poésie TRACES, dirigée par M F LAVAUR. Le premier numéro est sorti en 1954. Aujourd’hui paraissent simultanément les numéros 167 (automne 2007) et 168 (hiver 07/08). Il faut dire que MF Lavaur, seul capable de s’y retrouver dans sa « fourbithèque », est l’artisan quasi unique et inlassable de la revue, de la réception des poèmes (et parfois l’accueil des poètes dans sa maison du Pallet près de la Sanguèze), de leur tri, de leur impression et de leur diffusion. Tout un poème en somme !... Comme d’habitude vous y trouverez les anciens comme Alain LEBEAU, Claude SERREAU, Norbert LELUBRE, fidèles d’entre les fidèles et beaucoup d’autres poètes de valeur. MF Lavaur ouvre le numéro 167 à des poètes brésiliens.
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traces168.jpg undefined traces167.jpg Un 3ème livret signé SIMONOMIS accompagne l’envoi. Il est bilingue : français, espagnol et illustré d’un dessin de Roger SEGNOT.

Une bonne livraison !

Rappel : l’abonnement 4 numéros pour l’année : 14 €, à MF LAVAUR Sanguèze, 44330 LE PALLET

MF Lavaur a écrit lui-même de nombreux poèmes, certains en occitan et en français. En voici un :

Le ciel de ce matin de rhume

Où les lumières qui s’allument

Luisent à peine dans la brume

A l’odeur des anciens jeudis

Où dans la rosée des plessis

Nous faisions provision de fruits

Mûres noix et que sais-je

Comme écureuil avant les neiges

Par alain barré - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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Samedi 29 décembre 2007 6 29 /12 /Déc /2007 10:03

Alain LEBEAU m'envoie ce beau poème à l'occasion des fêtes de fin d'année. Le voici :

Quand j’étais petit
Je courais ma vie dans les bleuets
Les coquelicots
Les topinambours
Des avions incendiaient le ciel

Des grandes bottes noires
Enjambaient les cours de récréation
Quand j’étais petit
Les grands jouaient aux petits soldats
Quand j’ai grandi
Moi aussi
J’ai joué à la guerre
Les yeux grands ouverts
Avant d’élever des petits
Qui ont fait des petits
Qui disent raconte papy
 

Maintenant que je rapetisse
Je claudique ma vie
Dans les trous de bombes
Les trous de mémoire
Les trouées de bleu dans les nuages
Où des petits s’envolent
Pour échapper aux dragons
Ce soir de Noël
Je suis trop petit
Pour comprendre les grands
Et je voudrais jouer en paix
Avec mon puzzle des enfants du monde

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Alain Lebeau
Décembre 2007

Par alain barré - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /Nov /2007 05:58
Alain LEBEAU est poète. Il a enseigné en Afghanistan il y a une quarantaine d'annéest il est tombé amoureux de ce pays. Il y retourne aujourd'hui dans le cadre de l'aide humanitaire. Il en a rapporté ce poème. Il me l'envoie avec un mot d'accompagnement : "Retour à l'altitude mer. Il faut se déboucher les narines poussiéreuses à  l'air océanique et s'étonner d'avoir de l'eau au robinet et de la lumière à l'interrupteur. A part ça et le bruit des hélicoptères et des minarets en moins, rien ne ressemble autant à un monde qu'un autre monde, le bruit de la mer en plus...  Amitié"
 
 LE PAYS D'AILLEURS
(Pour Etienne Gille)
 
C’est un pays d’ailleurs
Une île solitaire
Un lac de cailloux
Où les serpents tètent les chimères
 
 
C'est un pays de longues barbes sages
De vieillards accroupis
Et de guerriers furtifs
C’est au guichet des lourdes portes
Qu’on y dévoile la face cachée des femmes
 
C’est un pays de chaud et froid
De chevauchées interminables
De combats de molosses
De cris de faucons noirs
Sur les guirlandes enneigées
On y reçoit l’appel à la prière
Entre deux rafales mortelles
Deux râles empalés
Au-dessus des ruines de pisé
 
Quand la nuit se pose
Collée à la terre par la pluie
On entend dans le feu
Le roubab et les tablas
Arracher un cœur à la pierre
Et souffler la fièvre verte
Sous les pieds fourchus des djinns
 
C’est un pays de rides
De cals de gerçures
Où tout est poussière de mortel
C’est un pays de cages
De tombes                                                                                                                                  A A fleur de terre émiettée
Et de cerfs-volants fouettés
Au plus haut du ciel
 
C’est un pays d’ailleurs
Où l’on peut se perdre
Se retrouver
S’oublier
Quand s’éloignent les troupeaux
 
C’est le pays inimitable
Aux pics aussi cruels
Que le vice et la vertu
Aux poèmes aussi tendres
Que le verre filé
Entre les roses de Judée
 
C’est l’Afghanistan
Ce pays d’ailleurs
Ce pays d’en-toi
Qui rappelle à lui
La prière qui s’éteint
Ou l’étoile filante
Du pèlerin infidèle
  -aimouk-069.jpg
Alain Lebeau, Bretagne, Kaboul,Tcharikar, 1968…….2007
 
Par alain barré - Publié dans : Sur les TRACES de Michel-François LAVAUR
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