Quelques instants plus tard, Léa était chez elle. Le temps de passer dans un magasin acheter des vêtements pour Yao et pour son père sans oublier une paire de lunettes noires, de déposer ses notes à l'entreprise et de prévenir qu'elle se sentait mal, qu'elle avait pris froid et qu'elle ne viendrait pas peut-être pendant plusieurs jours... Pendant ce temps, le papa de Yao s'était restauré, douché, il avait nettoyé soigneusement ses plaies. Son oeil était toujours tuméfié, mais il paraissait moins volumineux que tout à l'heure. Il avait enfilé un peignoir rose appartenant à Léa, un peu petit pour lui à vrai dire, mais qui était du plus bel effet ! Yao dormait profondément sur le canapé, couché sur le côté, la chatte entre ses bras. Léa distribua les vêtements et, pendant que le papa de Yao s'habillait, elle téléphona à l'une de ses amies qui avait travaillé au ministère des affaires étrangères. Elle lui expliqua la situation. Elles convinrent toutes deux qu'il fallait faire confiance à cet homme, l'aider à contacter sa famille et commencer, avec son accord, à entreprendre, dès maintenant, les démarches pour obtenir le statut de réfugié politique.
Le séjour à Paris dura plus longtemps que prévu. Léa due prolonger son congé maladie par des congés normaux, au grand dam de son patron à qui en quinze ans de bons et loyaux services, elle n'avait jamais manqué !
Depuis ces évènements les mois ont passé. Yao a été recueilli par sa famille parisienne. Léa lui rend souvent visite ainsi qu'à son père. Ce dernier suit une formation pour reprendre un travail en France. L'import-export de bois l'intéresse. Il a déjà des compétences dans ce domaine. Le petit Yao se débrouille bien à l'école. Il est même question qu'une fois la formation du père terminée, ils reviendraient tous deux, vivre dans la région nantaise à proximité du Terminal du Port au bois...
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Un fracas de tôle qui tombe, des pas, une course… Léa n’en peut plus. Elle jette son parapluie, son carnet tombe de sa main, elle ferme les yeux, elle plaque, précipitamment, ses mains contre son visage et se tient recroquevillée sur une grume… Elle attend, elle ne sait pas quoi… qu’un agresseur bondisse sur elle, la plaque au sol, lui fasse du mal…et elle ne saura pas se défendre. Elle attend comme une victime innocente, prête pour un sacrifice… 
s’entassent les grumes ou des pièces de bois sciées et déjà un peu usinées. En amont l’on distingue Nantes, la zone portuaire et, sur la droite, les abords de Trentemoult. En aval on remarque surtout l’arc imposant du pont de Cheviré. À l’arrière s’étend la ville de Rezé dont la vocation maritime est ancienne puisque le port de Ratiatum était déjà actif, à l’époque gallo-romaine. Vue d’ici, la Cité Radieuse construite par Le Corbusier dans les années cinquante, ne semble pas vraiment mériter son nom. Elle se découpe sur l’horizon comme une imposante masse grise surmontée par un curieux
parallélépipède : l’école maternelle, idée géniale s’il en fut ! On distingue toutefois des couleurs vives, sinon radieuses, à l’intérieur des balcons.
Heureusement Léa retrouvait calme et tranquillité, chez elle quand elle rentrait le soir. Seule l’attendait sa chatte Bérengère, « sa bébé », une chatte ultra gâtée, toujours contente de voir sa maîtresse. Elle avait bien eu un chien, un vieux chien, Phox, que sa sœur lui avait confié il y a de cela quatre ans, soi-disant pour une semaine. Elle ne l’avait jamais réclamé. Il était mort il y a quelques mois et cela avait bouleversé Léa bien plus qu’elle ne l’aurait imaginé ! Elle était seule, sans attache humaine profonde et, bien qu’elle supportât aisément la solitude, elle se sentait parfois en manque d’amour et se surprenait parfois à jeter des regards sur son directeur avec des yeux qui n’étaient pas seulement ceux d’une fidèle employée…