Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...

Jeudi 2 mars 2006 4 02 /03 /2006 09:57

Je cherche (désespérément) des poèmes exprimant  le bonheur de vivre. Hélas je n’en trouve pas beaucoup ! On dit que les grandes douleurs sont muettes mais ce n’est pas le cas pour nombre de poètes, dont les vers sont remplis de cris et de longues plaintes déchirantes sur leurs amours ratés, les malheurs qui les touchent et la mélancolie avec ou sans objet… Nos meilleurs chanteurs (c’est souvent chez eux que la poésie s’est réfugiée aujourd’hui) ont, également, une forte tendance à se lamenter. L’une des chansons des plus appréciés en France, serait « ne me quitte pas » de Jacques BREL. Rien que le ton de la voix vous saisi déjà de pitié et d’effroi ! Francis CABREL, dans son genre, n’est pas mal non plus. Et l’on frissonne à l’évocation de « l’encre de tes yeux », de la « petite Marie », des « murs de poussière » ou de « sarbacane ». Alain SOUCHON donne plutôt dans la nostalgie douce et dans l’ironie sans méchanceté. Tous ces chanteurs sont de grands artistes et comme des millions de français j’adore les écouter mais on ne peut pas dire que leurs chansons respirent la gaieté. Trenet, me direz-vous… Mouais…mouais…Mais enfin, soyons sérieux, si j’ose dire, il y a tous ces jeunes qui nous font bouger sur leurs rythmes endiablés : rock, pop, rap, funk, hard rock, metal et j’en passe. Hélas, quand on écoute leurs paroles on trouve cela souvent beaucoup moins drôle, en quelque sorte…on déchante !



Quelques poètes essaient, au milieu de tout ce tohu-bohu, de faire entendre leur petit flûtiau. C’est le cas de GUILLEVIC (Eugène), mort en 1997 : il fait partie de ceux que j’appellerais les « rimeurs approximatifs » (officiellement : vers libres). La signification a pour lui plus d’importance que la versification. S’il peut exprimer le fond de sa pensée tout en respectant les règles de la versification, il n’hésite pas à le faire. Dans le cas contraire il refuse de sacrifier le fond à la forme. Il n’empêche que vous trouverez dans le petit poème ci-dessous (extrait de « avec »), de beaux alexandrins, des vers à huit pieds et à quatre pieds, quelques rimes et des assonances. Un rythme moins puissant que chez certains poètes classiques s’en dégage mais cela n’empêche pas une harmonie subtile de se diffuser préparant l’esprit à accueillir cette douceur dont il parle.

Douceur,

                        Je dis : douceur.

                        Je dis : douceur des mots

                        Quand tu rentres le soir du travail harassant

                        Et que des mots t’accueillent  

                        Qui te donnent du temps.  

                        Car on tue dans le monde

                        Et tout massacre nous vieillit.

                        Je dis : douceur,

                        Pensant aussi

                        A des feuilles en voie de sortir du bourgeon,

                        A des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,

                        A des poignées de main.

                        Je dis  douceur, pensant aux heures d’amitié,

                        A des moments qui disent

                        Le temps de la douceur venant pour tout de bon,

                        Cet air tout neuf,

                        Qui pour durer s’installera.

 


Pour terminer, une pensée (pas) toujours bonne à dire : N° 86- « l’art engagé n’a pas besoin d’être un art enragé. Pour qu’il soit véritablement supportable il est indispensable de le pratiquer avec un air suffisamment dégagé ! »


Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Samedi 4 mars 2006 6 04 /03 /2006 08:43

Nous deux nous tenant par la main

Nous nous croyons partout chez nous

Sous l'arbre doux sous le ciel noir

Sous les toits au coin du feu

Dans la rue vide en plein soleil

Dans les yeux vagues de la foule

Auprès des sages et des fous

Parmi les enfants et les grands

L'amour n'a rien de mystérieux

Nous sommes l'évidence même

Les amoureux se croient chez nous.

Nous deux nous tenant par la main (2+6)

Nous nous croyons partout chez nous (4+4)

Sous l'arbre doux sous le ciel noir (4+4)

Sous les toits au coin du feu (4+4)

Dans la rue vide en plein soleil (4+4)

Dans les yeux vagues de la foule (8)

Auprès des sages et des fous (8)

Parmi les enfants et les grands (8)

L'amour n'a rien de mystérieux (2+6)

Nous sommes l'évidence même (8 si l'on prononce tout, nécessité de traîner sur les « e » de « sommes » et « évidence »)

Les amoureux se croient chez nous. (4+4)

On voit donc dans ce poème une belle rythmique avec beaucoup de vers symétriques de deux fois quatre pieds ou huit. Ils s'enchaînent avec une régularité apaisante, comme des vagues qui se succèdent doucement sur la plage...

Les effets de répétition : nous...nous , sous...sous, dans...dans, renforcent cet effet rassurant, hypnotique (cela joue en réalité sur le fonctionnement cognitif de notre mémoire, bien équipée pour repérer les structures répétitives). Les oppositions à l'intérieur des vers: « sages...fous », « enfants...grands » et les oppositions entre les vers : « sous les toits...dans la rue » jouent un rôle identique (y compris pour le fonctionnement cognitif de la mémoire, bien équipée pour repérer les contrastes).

 Un chef d'oeuvre qui a bercé les amours de millions d'adolescents et qui, pour les autres, est un véritable élixir de jeunesse !

 

Merci Mr ELUARD (Paul de son prénom), né en 1895 et mort en 1952. Si vous passez par le petit village de Beynac en Dordogne, continuez le chemin après le célèbre château et allez voir la maison où le poète a écrit sa dernière oeuvre : « poèsie ininterrompue ». Elle domine l'un des plus beaux paysages de France.

la Maison de paul ELUARD est située en haut du village, après le château. La photo ci-contre représente le village lui-même.

Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Jeudi 9 mars 2006 4 09 /03 /2006 11:14

La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours puisque je le dis

Puisque je l’affirme

Au bout du chagrin une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille

Désir à combler faim à satisfaire

Un cœur généreux

Une main tendue une main ouverte

Des yeux attentifs

Une vie à se partager.

 Paul Eluard, fait, dans ce magnifique poème, œuvre de « versificateur approximatif ». Il privilégie le sens par rapport à la versification. Pourtant l’on n’est pas dans la prose. On sent un rythme subtil qui porte la pensée, avec légèreté sur des vers à 5 pieds. Une cadence trop marquée (sur des vers à 6 pieds, alexandrins et demi alexandrins par exemple) aurait corseté son propos et l’aurait rendu trop pesant. Il nous parle sur un ton naturel et persuasif dont la force d’envoûtement est décuplée par le style poétique choisi (l’effet hypnotique est également accru par la forme d’insistance « puisque je le dis, puisque je l’affirme » et les nombreuses répétitions : il y a…il y a ; puisque…puisque ; fenêtre…fenêtre ; main…main). Le vers final à 8 pieds, ferme le poème, en interrompant le balancement rythmique et en autorisant l’insistance sur les 2 mots clés « vie » et « partager ».

 La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours (5) puisque je le dis (5)

Puisque je l’affirme (5)

Au bout du chagrin (5)  une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée (7)

Il y a toujours (5)   un rêve qui veille (5)

Désir à combler (5) faim à satisfaire (5)

Un cœur généreux (5)

Une main tendue (5)  une main ouverte (5)

Des yeux attentifs (5)

Une vie à se partager. (3+5)

Bravo et merci monsieur ELUARD. C’est beau de savoir insuffler l’espoir et la fraternité de cette façon !

Par alain barré - Publié dans : Poèsie et chansons d'ici et d'ailleurs...
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Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /2006 08:38

Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?

Que ce soit aux rives prochaines.

Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau,

Toujours divers, toujours nouveau.

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.

Jean de La Fontaine (1621 – 1695)

 Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? (2+4+6)

Que ce soit aux rives prochaines. (8) 

 Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau, (3+3+6)

Toujours divers, toujours nouveau. (4+4)

Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste. (6+6)

 La Fontaine fait partie de la grande famille des « versificateurs approximatifs ». Il avait trop de fantaisie et avait trop d’aptitude au bonheur, pour se casser la tête longtemps sur une rime ou faire subir la torture à un vers pour le faire rentrer dans les règles d’une stricte versification. Le résultat est souvent éblouissant. On lui a reproché d’avoir copié Esope. Souvent il est le meilleur, justement, quand il s’en éloigne. Il est sûrement plus attentif au rythme qu’à la rime. Il faut que celui-ci épouse sa pensée. Il a été l’exemple et l’inspirateur (rarement évoqué), en particulier pour la forme poétique utilisée, de nombreux poètes modernes

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Lundi 24 avril 2006 1 24 /04 /2006 15:47

 Brassens chante la complainte émouvante « d’un qui a mal tourné » et qui retourne dans son quartier natal après des années de prison. Une façon de rappeler que tout espoir n’est jamais perdu.

« Au bout d'un siècle, on m'a jeté
A la porte de la Santé
Comme je suis sentimental
Je retourne au quartier natal
Baissant le nez, rasant les murs
Mal à l'aise sur mes fémurs
M'attendant à voir les humains
Se détourner de mon chemin

Y'en a un qui m'a dit: " Salut !
Te revoir, on n'y comptait plus"
Y'en a un qui m'a demandé
Des nouvelles de ma santé
Lors, j'ai vu qu'il restait encor
Du monde et du beau mond' sur terre
Et j'ai pleuré, le cul par terre
Toutes les larmes de mon corps »

 

 La totalité de cette superbe chansons et de 260 autres en suivant le lien suivant http://www.paroles.net/

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Mercredi 17 mai 2006 3 17 /05 /2006 08:09

Dans sa chanson « le baiser », SOUCHON dit

« Si la vie est un film de rien

Cette partie était vraiment bien… »

Il se place dans sa position favorite, de spectateur de la vie, un peu décalé et nostalgique. Il regarde le monde plutôt qu’il n’en est l’acteur. Le monde est trop dur, trop violent pour lui… Cela ne l’empêche pas de profiter des plaisirs simples de la vie : la mer, la nature, l’amour surtout. C’est le poète de l’anti-engagement. Il est aux antipodes de la chanson militante. Il aime les gens et les aide à sa façon. À ceux qui n’ont pas le moral, il ne donne pas des conseils inutiles et machos, du genre « fais un effort, reprends-toi ». Il leur suggère de ne pas se refermer sur eux-mêmes et sur leur malheur mais de se tourner vers l’autre. L’amour peut tout sauver !

Il n’évoque pas seulement l’amour dans son sens sexuel et sensuel mais aussi avec sa dimension de mystère que suggère la très belle expression « mes mains éblouies » dans la chanson « la vie ne vaut rien ».

« La vie ne vaut rien, rien, rien, la vie ne vaut rien
Mais moi quand je tiens, tiens,
Là dans mes mains éblouies,
Les deux jolis petits seins de mon amie,
Là je dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie, »

 

Souchon, c’est le bon docteur douceur des bobos à l’âme !

 

Pour trouver les textes des chansons de SOUCHON, RDV sur le site : http://www.paroles.net/

 

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Vendredi 9 juin 2006 5 09 /06 /2006 00:17

J’aime ce jardin,

J’ai un coup de cœur pour ce jardin

Où fleurit le romarin.

L’héliotrope et le lilas

distribuent leurs odeurs embaumées.

Des légumes s’alignent timidement

Affrontés à chaque coin, sans souci du terrain

Par des touffes de marguerites et de laurier-tin.

Et les rosiers roses quasi sauvages,

Que je les aime avec leurs fleurs serrées

Comme des petits choux pommelés !

C’est une anarchie de plantes diverses.

Molène veloutée et romarin s’emmêlent !

Arbres d’espèces différentes que le lierre enlace !…

Pour moi c’est un jardin de rêve où rien n’est oublié

Sauf la rigidité de ce qui est trop ordonné.

Ce texte a été trouvé, tout froissé, sur sa machine à écrire

le 27 07 96. Il a sûrement été écrit pendant l’année 1989.

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Samedi 10 juin 2006 6 10 /06 /2006 10:20

Le tigre qui mourait d’une blessure au ventre (6+6)

Songeait en regardant les mouches s’acharner (6+6)

Sur sa méchante plaie : (6)

« Elle avait bien raison, ma mère, de me dire (6+6)

Que nous sommes trop bons, nous autres pauvres tigres. (6+6)

A part nous, dans ces bois, (3+3)

Tout est férocité. » (6)

Alexandrins, demi alexandrins, les vers se suivent et avancent au pas cadencé, comme une troupe bien entraînée, comme si GUILLEVIC voulait nous faire croire qu’il s’agit d’une poésie sérieuse, d’une épopée, un peu pompeuse. Alors qu’en réalité il met en scène une petite fable, pleine de fantaisie et de fraîcheur. Ce contraste inattendu entre la forme et le fond lui permet, mieux qu’un long discours, de nous faire sentir la nature et les contradictions de l’agressivité. Souvent les poètes ont une idée plus claire que les philosophes sur ce terrible sujet !  Pour renforcer l’aspect un peu solennel de la forme de son poème, GUILLEVIC utilise le procédé, éminemment classique, de l’inversion, ce qui n’est pas fréquent dans ses textes. Elle avait bien raison, ma mère, de me dire, au lieu de « elle avait bien raison de me dire, ma mère » forme qui correspondrait plus au langage parlé et qui « aplatirait » le vers. Idem pour l’inversion « dans ces bois ».

Et pour illustrer ce poème de Guillevic, un autre animal féroce de nos jardins :

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