Dans les années 70 j'ai habité au quatorzième étage d'un immeuble dans une ZUP. On sentait monter inexorablement tous les problèmes qui explosent aujourd'hui. J'avais synthétisé cela alors dans un poème :

« Vu d’avion
Le plan est très bon ! »
Répliquent les architectes
À ceux qui ne trouvent pas ça correct !
Quinze à vingt mille zupiens
Prolos, petits employés, travailleurs au chômage
Se résignent à trouver là, après l’turbin
Dans ces immenses sarcophages
Leur toit quotidien.
Des pelouses, des terrains de sport ?
Pensez donc ! il faudra vous contenter
De quelques fleurs pour le décor !
Au pied des bâtiments
Parfois un bac à sable en ciment
Les mémés y font pisser leur chien
C’est prévu pour trois cents gamins.
Arêtes menaçantes
Façades désespérantes
Interminables avenues de ciment…
Gens de chair et de sang
Cet horrible vide
N’en a pas fini de vous ronger du dedans.
Mais vu d’avion
Vu d’où vous êtes
Messieurs les PDG, messieurs les architectes
Le plan est très bon !
Les promoteurs ont respecté
Le nombre de bidets
La hauteur sous plafond
Et le pourcentage de rosiers !
Et maintenant messieurs les architectes
Messieurs les PDG
Votre sale boulot est terminé
Vous pouvez avec satisfaction
Appeler le député pour l’inauguration
Vous n’avez plus que le fric à encaisser !
Et maintenant, prolos, petits employés, petits artisans
Ils vont nous faire entrer là-dedans
Nous entasser, nous énerver, nous exciter, nous diviser
Et… nous expulser si l’on ne peut pas payer.
Homme de chair et de sang
Est-ce que tu m’entends ?
Réveille-toi pendant qu’il est encore temps
Ils ne veulent pas faire de toi un être pensant
Mais un numéro obéissant !