le blog alain-barre par : alain
J'étais hier à la crémation d'une proche (on ne dit pas enterrement dans ce cas là). A quoi fait-on appel quand la mort se passe de la religion ? A la poésie ! Son langage, plus solennel que la prose, plus prenant et plus mystérieux trouve sa place tout naturellement comme aux temps antiques, dans ce genre de cérémonie.
René-Guy CADOU est l'un des plus grands poètes français du XXème siècle. Il est né le 15 février 1920 à Ste Reine de Bretagne. Il meurt d’un cancer, dans la nuit du 20 mars 1951, dans le petit village de Louisfert où il était instit. Il est l’auteur d’une poésie sensible, romantique, lyrique, souvent marquée par le pessimisme qu’explique peut-être sa mort prématurée, à 31 ans. Il a écrit ses plus beaux poèmes pour sa femme Hélène, toujours en vie aujourd’hui et qui entretient la flamme envers son prestigieux mari.
Voici un extrait.
Toute ma vie et c’est bien peu si l’on regarde
Toute ma vie pour te comprendre et pour t’aimer
Comme on se couche à la renverse dans les blés
En essayant de retrouver dans le silence
L’alphabet maladroit d’un vieux livre d’enfance
Je m’entoure de toi comme un enfant frileux
Je pars je suis en route depuis des siècles je
T’arrive un matin beau comme un matin de chasse
Tu ne sais pas que je suis là et je me place
Tout contre toi comme une porte mal fermée
Qui boit son lait et qui respire doucement
Je te regarde et tu souris sans mouvement
D’un sourire venu de plus loin que toi-même
Qui fait que tu es belle et qui fait que je t’aime
René-Guy CADOU, l’aventure n’attend pas le destin, 1948