le blog alain-barre par : alain

Une des caractéristiques fondamentales de la société de consommation, c’est qu’elle est fondée sur l’économie marchande. Cette relation marchande est venue supplanter largement ou détruire complètement, les systèmes anciens de l’échange (le troc) et surtout du don. Avec le troc on est encore dans un système marchand, même s’il est relativement malaisé à utiliser du fait de l’absence de monnaie. Le système du don est d’une toute autre nature. On donne ce qui fera plaisir à l’autre ou ce dont il peut avoir besoin. Cela n’est pas sans espoir de réciprocité, bien au contraire, on s’attend même à ce que l’autre vous renvoie l’ascenseur sous une autre forme qui vous fera, pour le moins autant plaisir ! En somme on est tenu, implicitement, de « rendre » sous une forme originale, puisqu’il ne s’agit pas d’un troc ni de commerce. Au « rendu » peut succéder un autre don, puis un autre « rendu », et ainsi de suite… tous ces dons réciproques, forment un système, rarement explicité, mais très prégnant et auquel nul ne peut échapper à moins de refuser le premier don, ce qui est souvent considéré comme une injure ! Ce système comprend deux volets : le don mais également sa contrepartie, la dette d’honneur (d’honneur puisqu’elle n’est pas formellement une obligation). On se situe pratiquement à l’opposé du système marchand, où ce que l’on reçoit a une valeur précise et indiscutable (sauf, parfois quelques résurgences de marchandages), et où le solde, donc l’effacement de la dette, est immédiat, interrompant ainsi toute raison de continuer la relation. La relation est marchande, un point c’est tout ! Dans le système du don, la valeur n’est pas affichée (on fait bien attention à enlever les étiquettes), le solde n’est pas exigé et la dette (d’honneur) est reportée à plus tard, contribuant ainsi à maintenir une relation, à tisser un lien entre deux personnes qui peuvent devenir des « alliés » ou des amis !

 

Cette relation a été une base incontournable du fonctionnement de tous les groupes humains pendant des centaines de milliers d’années. Elle a été un outil puissant pour tisser des liens entre les individus et entre les groupes humains. Le rouleau compresseur de la société marchande, particulièrement dans sa forme excessive de « société de consommation » a tendance a relégué au second plan ce système car il donne l’impression, trompeuse en réalité, que tout peut s’acheter. Dans la pratique, il n’est toujours pas caduque, il reste d’actualité, car sans lui la disparité, et les conflits, entre les individus et les sociétés ne peuvent que s’aggraver. Sans doute est-il nécessaire que la nature du don évolue, qu’il devienne plus immatériel : le temps, l’attention, la transmission de l’expérience, la formation, en sont peut-être des formes plus modernes… Dans ce sens, l’abondance extraordinaire des associations « sans but lucratif » dans notre pays est un signe particulièrement encourageant. La « société de consommation » aurait-elle trouvé là, son antidote ?

 

 

Jeu 27 jui 2006 Aucun commentaire