le blog alain-barre par : alain
Beaucoup de gens confondent le libéralisme avec le capitalisme. Cette confusion est - volontairement ou non - entretenue en France par des partis nostalgiques du
grand soir, du grand empire soviétique ou d’un paradis imaginaire. Le libéralisme n’est pas un parti politique, même si certains partis portent cette étiquette il est autant de gauche que de
droite. Il se caractérise par trois aspects :
1- Le libéralisme philosophique qui est né en France à l’époque des Lumières. Il lutte doublement pour la
liberté :contre l’absolutisme de la royauté et contre le dogmatisme de l’Eglise catholique. L’une des plus grandes victoires du libéralisme à la française est la
laïcité et la liberté de conscience, d’opinion et de presse. Dans le débat sur l’identité qui agite un peu l’opinion ces
derniers temps, pour moi, n’est pas digne d'être français qui refuse la laïcité, la liberté de conscience, d’opinion et de presse ! Contrairement à ce que l’on peut penser quand on sort peu
de notre pays, ce combat est loin d’être gagné ! Dans la plupart des pays du monde ces valeurs sont contestées ou rejetées. C'est le cas pour de nombreux
pays musulmans qui n’acceptent pas la laïcité ainsi que pour des pays anciennement communistes, qui refusent la liberté de pensée. D’autres, comme l’Iran, refusent les deux !....
2- Le libéralisme politique : la première urgence est de se protéger de l’arbitraire de l’état. Pour cela il faut des lois égales pour tous et une justice indépendante. Pour mieux comprendre la différence entre capitalisme et libéralisme, le mieux est de regarder ce qui se passe en Chine : capitaliste sur le plan économique et antilibérale sur le plan politique ! Donc pas ou peu de liberté de la presse ou d’opinion, pas de partis politiques concurrents et même une religion comme le Falun Gong a été interdite quand elle a commencé à faire de l’ombre au parti communiste, plus grave encore : pas d’indépendance de la Justice ! A ce sujet, je rappelle les propos de l’écrivain chinois YU HUA (l’auteur de « Brothers ») : Il est plus important de lutter pour la justice en Chine que de soutenir les dissidents !
En France, le libéralisme politique est resté très centralisé (du fait de l’héritage de Colbert, Napoléon). Il a fallu attendre 1982 pour que la
décentralisation, l’un des piliers fondamentaux du libéralisme politique, commence à entrer en vigueur…le chemin est loin d’être terminé !...
3- Le libéralisme économique peut se résumer en un mot : libre-échange. Cette liberté-là est peut-être la plus honnie des français ! Jusqu’à De Gaulle, la manie de la planification a touché toutes les élites gouvernantes. Il nous faut des Enarques qui planifient pour tout et sur tout… On connaît le résultat magnifiquement tourné en dérision par Coluche : « les Enarques…donnez-leur le Sahara…cinq ans après, y’a plus de sable ! »). Même pour la grippe A, il nous a fallut planifier à outrance. Sur le papier tout était merveilleux et dans la réalité, c’était une pagaille inefficace et coûteuse. Nos voisins, moins planificateurs et moins centralisateurs, s’en sont mieux tirés que nous et à moindre frais).
Pourtant si l’un des grands noms du libéralisme est anglais : Adam SMITH, la France a produit quelques uns des plus grands penseurs
libéraux : Jean-Baptiste SAY (issu de la révolution française), Léon WALRAS, formé par l’école des mines en France mais qui se voit refusé un poste
d’enseignant dans son pays et qui s’exile à Lausanne où il révolutionne la théorie économique, le succulent et irrévérencieux Frédéric BASTIAT (« L’Etat, cette grande
fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ! »), Fernand BRAUDEL qui analyse l’évolution historique du capitalisme,
sans oublier Montesquieu, Tocqueville….En remontant plus loin, je mettrais bien volontiers dans les précurseurs du libéralisme : Montaigne
dont les réflexions sont toujours utiles pour mieux comprendre, sans à-priori, le monde d'aujourd'hui et mieux se comprendre soi-même !
Et le capitalisme alors ? C'est un système économique fondé sur la liberté du marché. Ce point le rattache au libéralisme économique et le différencie du
communisme, le seul système qui se soit posé en rival. Mais le capitalisme est seulement un système, une machinerie économique qui partout a fait les preuves de son efficacité
quand il s'agit de produire des biens de consommation. Par contre il ne se préoccupe ni du bonheur humain, ni de la justice sociale, ni des
dégâts occasionnés à l'environnement, etc...En somme c'est une machine qui, toute seule, peut devenir folle. Elle le devient d'ailleurs épisodiquement, c'est ce que l'on appelle,
les "crises"... Elle a besoin d'être "régulée" et cette régulation est délicate car trop de régulation - surtout si elle est l'oeuvre de l'état -
tue la créativité du capitalisme et pas assez entraîne des crises majeures : sociales, environnementales, financières ou, tout simplement la surchauffe de la machine
(surproduction)...La forme qu'il doit prendre n'est pas figée. Elle doit varier suivant les conditions de chaque pays et les époques
selon la belle formule de Michel GODET "Autant de marché que possible, autant d'Etat que nécessaire". C'est là-dessus que devraient porter les vraies discussions : pas sur la
légitimité du libéralisme -sauf pour les apprentis dictateurs de droite ou de gauche- et pas non plus sur l'existence de ce mal nécessaire qu'est le capitalisme, mais sur la façon de
l'accommoder aux circonstances, au temps et aux lieux dans chaque pays. Ce n'est pas d'idéologues dont on a besoin en politique mais de cuisiniers inventifs qui savent faire quelque chose
de bon avec ce qu'ils ont !
ab
http://thucydide.over-blog.net/article-24524151.html
http://thucydide.over-blog.net/article-la-crise-de-la-mondialisation-selon-nicolas-baverez-40655682.html
" Ce qui se conçoit bien, s'énonce clairement. "
Merci