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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Articles avec #sous la protection du golem (feuilleton) catégorie

Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

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Le soir, comme prévu, je retrouvai Léa au restaurant. Je l’interpellai aussitôt :

-  Léa, vous me devez quelques explications !

 - Ne vous fâchez pas. Je n’ai découvert la nature de la mission de Nathan qu’hier soir… D’ailleurs je vous avais bien recommandé de ne pas aller dans le quartier juif cet après-midi.

 - Mais Léa, ce sont ces soi-disant touristes français, « Roro » et ses amis, qui m’ont forcé la main…

 - Bien sûr, ce ne sont pas des touristes. Ils travaillaient avec Nathan sur cette mission. Ils avaient comme consigne de vous laisser en dehors de cette affaire.

 Devant mon silence butté, elle reprend :

-  Vous savez que Prague abrite l’un des plus vieux ghettos d’Europe avec la synagogue Vieille-Nouvelle qui date du treizième siècle, le vieux cimetière et le Golem…

 J’avais un vague souvenir d’un film d’épouvante mettant en scène un être surnaturel, un golem, une sorte d’Adam, fabriqué de glaise auquel son créateur aurait insufflé la vie en prononçant le nom secret de Dieu. Le monstre était capable de tout dévasté sur son passage, vengeant les juifs opprimés des souffrances qu’ils enduraient. Mais la créature avait échappé à son créateur, un peu comme dans le mythe de Frankenstein qui s’en est inspiré, et le rabbin Löw, son créateur, avait eu toutes les peines du monde à la neutraliser. Léa reprit :

- Oui, c’est cela et il existe de multiples légendes du Golem que les mères et les pères racontent à leurs enfants pour les rassurer quand ils sont en butte à des propos ou à des actes antisémites. Cette légende est toujours très vivace. Les terroristes ont voulu frapper au cœur de l’Europe, dans cette ville prestigieuse, en pleine période touristique. Pour être sûr que le retentissement soit énorme, ils ont choisi leur cible dans l’ancien ghetto juif qui a vu naître le mythe de l’invincibilité de ce peuple.

-  Non, la charge qui a explosé près de la synagogue Vieille-Nouvelle n’a fait que des dégâts matériels et des blessés légers. Celle qui devait exploser dans le vieux cimetière aurait sûrement causé plus de dommage. Plusieurs dizaines de kilos d’explosifs avaient été entreposés dans la tombe du Rabbi Löw, le créateur du Golem. La police tchèque avait été prévenue, mais elle n’a pas pris la mesure du danger. C’est pour cela que Nathan et son équipe étaient là !-  Il y a-t-il eu des morts ?

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-  Léa, vous saviez tout cela avant de venir et vous ne m’en avez rien dit !

-  Non, je n’en savais rien et si je l’avais su je ne vous aurais sûrement pas demandé de m’accompagner. Vous pouvez me croire insista-t-elle en me regardant avec sincérité dans les yeux.

Je restai silencieux quelques instants puis je pris ses mains entre les miennes et je les tapotai amicalement.

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-  Mais au moins, est-ce que cette aventure aura servi à quelque chose ? Il en est où ce petit ?

Elle baissa les yeux et eut un petit sourire malicieux :

- Nous avons fait tout ce qu’il faut pour qu’il soit mis en route !...

Dans l’avion du retour, Léa sortit un paquet de son sac :

-  C’est pour vous, de la part de Nathan…

J’ouvris le paquet. C’était un livre rare : une édition originale, datée de 1912, du roman de Gustav Meyrink, « le Golem ».

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

. Tout à coup une explosion retentit…

 La foule encore dense se disperse en criant. Plusieurs personnes sont à terre, des éclats de tuiles et de pierres jonchent la rue. « Roro » se retourne vers moi et me crie : 

-          Couchez-vous par terre derrière une auto et ne bougez plus !

Puis il s’adresse à ses deux collègues et leur donne des ordres dans une langue que je ne comprends pas. Un homme, revolver à la main apparaît au bout de la rue Siroka. « Roro », ou plutôt celui qui se faisait appeler ainsi, sort une arme de petit calibre et tire dans sa direction à plusieurs reprises sans le toucher. L’homme court se réfugier dans le vieux cimetière. La « petite Nanie » me pousse, sans ménagement, derrière la voiture et ordonne :

-          Ne bougez surtout pas !  

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Puis elle sort de son sac une sorte de dérouleur qui ressemble à une grande laisse pour chien, terminé par une petite ancre. Elle vise la barrière en haut du vieux cimetière. Le filin s’entoure autour d’un barreau et elle escalade le mur avec une agilité incroyable.

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Un désordre indescriptible règne dans la rue. Les policiers en tenue commencent à s’occuper des blessés. On entend des sirènes dans le lointain. Les vitrines des boutiques de souvenirs ont été brisées et des objets de toutes sortes se sont répandus par terre. Il s’est passé deux ou trois minutes depuis l’explosion. Je ne vois plus ni le pseudo « Roro », ni « Mimi » ni la « petite Nanie ». J’entends un échange de coups de feu dans le vieux cimetière… un cri…puis, de nouveau le silence... Tout à coup mes trois compagnons réapparaissent. L’homme me dit :

            - Allez, vite, filons…, profitons de la cohue pour disparaître…

Nous sortons en toute hâte de cette rue tragique. Une fois que nous sommes suffisamment éloignés, il se tourne vers moi et déclare :

-          Excusez-nous pour cet « incident ». Si la police tchèque avait bien fait son travail il ne se serait rien passé ! Heureusement, le pire est évité ! Nous ne nous reverrons pas ce soir, Léa vous expliquera…

Avant de partir, tous deux me serrent énergiquement la main. La  « petite Nanie », pour sa part, m’embrasse avec fougue :

-          Cela a été vraiment un plaisir de danser avec vous. Vous apprenez vite… Si vous avez besoin d’autres leçons, n’hésitez surtout pas ! ....

(à suivre...)  

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

  Nous commençons les visites par le musée du communisme. Pour ceux qui n’ont pas connu cette époque, c’est très édifiant. L’ambiance de la vie quotidienne, sous la férule soviétique, a été reconstituée avec minutie. Cela me fait penser parfois a des scènes du superbe film « Good bye Lenin » qui illustre le changement de vie, en Allemagne de l’Est, lors de la chute du mur de Berlin : boîtes de conserves ornées de pubs ringardes, cahiers d’écoliers, vieux chromos à la gloire du socialisme, cabine téléphonique en bois…Surtout n’oubliez pas la visite du bureau du commissaire politique : un coup de téléphone retentit quand vous franchissez la porte. Cela vous glace le sang et vous donne froid dans le dos !

Il est cinq heures. La journée a été bien remplie et j’allais proposer de rentrer quand « Roro » déclare :

-   J’ai lu qu’il y a à Prague l’un des plus anciens quartiers juifs d’Europe. Nous ne partirons pas sans l’avoir visité. Et il énumère : la synagogue Vieille-Nouvelle, le vieux cimetière, la statue du rabbin Löw ben Bezaled, le maître du Golem… 

Une petite lampe se met alors à clignoter dans ma mémoire et l’avertissement de Léa me revient à l’esprit. J’essaie de dissuader mes nouveaux amis de faire cette visite. Trop tard, nous sommes déjà dans la rue Siroka, près du vieux cimetière !

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Une certaine effervescence règne dans le quartier. Des voitures de police sont à l’arrêt de part et d’autres de la rue, d’autres sont dissimulées dans des rues adjacentes. Des policiers commencent à installer des barrières pour détourner les voitures et la foule des piétons.

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Je remarque que « Roro » et « Mimi » sont venus se placer, mine de rien, juste devant moi, comme pour me protéger. Ils avancent rapidement. La « petite Nanie » a pris mon bras et le tient fermement

(à suivre...)

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

 L’homme me demande si j’ai déjà visité le musée du communisme, il est intrigué et voudrait bien savoir ce que peut contenir un musée qui affiche un tel nom ?

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Je leur propose de les accompagner et de leur faire visiter également les jardins Wallenstein. Affaire conclue ! Sur ce, « Mimi » qui a l’air d’être une bonne vivante et qui n’a pas envie d’aller se coucher propose d’aller faire un tour à la boîte de nuit qui est au sous-sol. Nous arrivons alors que débute une série de tangos du plus pur style argentin. La « petite Nanie » m’invite aussitôt. J’ai beau lui expliquer que je suis un piètre danseur et que je suis incapable de distinguer une valse d’un cha-cha, en un clin d’œil nous nous retrouvons au milieu de la piste. Très vite elle prend la mesure du désastre et me propose le remède adéquat :

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            - Voulez-vous que ce soit moi qui mène ? 

            - Allez-y sans crainte, mon honneur de macho n’en sera pas offusqué !

Elle m’explique :

- Le tango, ce n’est pas difficile. Vous glissez sur deux pas et vous vous laissez porter par la musique !... 

Elle danse magnifiquement bien. Elle donne les impulsions au bon moment, change de rythme quand il le faut et je commence à percevoir peu à peu, les nuances de cette musique apparemment simple, mais en réalité très subtile. Les figures s’enchaînent avec grâce et naturel. C’est un vrai plaisir de danser avec elle ! Après quelques tours de piste, je tente de reprendre la main. Elle se laisse faire et coopère, rectifiant seulement lorsque je m’égare….une experte !

Nous nous retrouvons autour d’un verre. Mimi me lance :

- Elle danse bien ma copine ! 

-  C’est un ravissement ! Elle donnerait  l’impression d’avoir le rythme dans la peau même à une planche de bois ! 

Pas étonnant, vous savez, elle a fait de la danse classique pendant vingt ans ! Et elle a bien d’autres talents… 

-  Oui, renchérit  Roro d’un air plein de sous-entendu, elle est pleine de talents cette petite !  

Nous nous séparons vers deux heures du matin. J’ai dansé sans discontinuer, passant du tango au paso, du paso au rock, au point que mes muscles, peu habitués à un tel traitement, sont endoloris. Un vrai bonheur ! A peine allongé sur mon lit, je m’endors profondément.  

Il est huit heures du matin quand la sonnerie du téléphone retentit. C’est Léa. Elle parle rapidement et à voix basse :

- Je ne sais pas ce que vous aviez l’intention de faire aujourd’hui mais évitez de vous rendre dans le quartier juif en fin d’après-midi !

Je n’ai pas le temps de lui poser la moindre question qu’elle a déjà raccroché.

 

(à suivre...)

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

Le samedi matin, nous prenons la ligne 22 du tramway, puis un bus qui nous emmène dans le quartier de Mala Strana, au pied du jardin du palais Wallenstein. Le lieu est baroque à souhait, comme la plupart des édifices de ce quartier. Une grotte reconstituée offre au regard un décor sombre, complètement délirant, de fausses stalactites qui retombent en nappes. J’y avais entendu un concert impromptu lors de ma première visite et j’avais été subjugué.

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Nous passons le long du bassin bordé de statues, nous franchissons des arceaux de verdure et nous arrivons devant la loggia renaissance où les concerts ont lieu habituellement. Les chaises sont en place mais, hélas, la scène est vide !... Léa commente :

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- C’est magnifique ! Tout est si bien conservé… On s’attend à ce que des personnages de l’époque surgissent du décor et viennent nous parler…. 

Nous empruntons un long escalier, de plusieurs centaines de marches, qui nous mène jusqu’au quartier du château (le Hradcany). De là-haut, le point de vue sur la ville est somptueux. On découvre l’enfilade des ponts qui se succèdent tout au long de la Vltava jusqu’aux prestigieux pont Saint Charles, toujours envahi de touristes. 

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Il est bientôt midi, nous redescendons vers la vieille ville à la recherche du restaurant Bonanza.

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Au détour d’une rue, je reconnais l’extraordinaire statue en bronze « à l’effigie de Kafka ». Je propose à Léa de la prendre en photo devant la statue. Je sors de ma poche un superbe appareil photo jetable acheté au Lidl de mon quartier avant le voyage et j’immortalise la scène. Elle en fait autant pour moi.

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      Après le restaurant, nous passons notre temps à flâner dans les rues. Nous trouvons continuellement des raisons d’émerveillement dans cette accumulation de styles architecturaux complètement différents et qui pourtant ne semblent jamais disharmonieux : roman, gothique, renaissance, baroque et encore baroque sous toutes ses formes, classicisme mais aussi art nouveau, cubisme ! Nous sommes dans la vieille ville. Je suis très ému en revoyant le quartier Angel où Mozart à composé et joué  Don Giovanni. L’opéra et les rues alentour ont si peu changé que Milos Forman a pu tourner en décors naturels pour son film AMADEUS.

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Il est cinq heures. Je remarque que Léa donne de fréquents coups d’œil à sa montre. Nous reprenons le tramway. Je l’embrasse et je la laisse devant l’entrée de son hôtel. Nous nous reverrons demain soir pour le dîner… 

À table, je retrouve les trois personnes qui étaient déjà présentes à notre table hier soir. Nous discutons. Elles sont enchantées de leur journée. Elles ont visité le château, le pont Saint Charles, la cathédrale Saint Guy (elles ont été très étonnées de découvrir sur l’un des vitraux, un portrait de l’actrice Sarah Bernhard !) Il s’agit d’un couple et de l’une de leurs amies. Ils sont sympathiques. Ils présentent toutes les caractéristiques des touristes en vacances. Ils ont envie de s’amuser, passer un bon moment, loin des soucis, du travail et du stress vie quotidienne. Ils ne pensent qu’à plaisanter et à prendre les choses du bon côté ! L’aspect culturel du voyage les passionne, mais les simples moments de détente, les promenades sans but, les bons restaurants les intéressent tout autant. Ils ne s’appellent pas par leurs prénoms, mais utilisent des diminutifs : « Roro » pour l’homme, sa femme : « Mimi » et leur amie : « la petite Nanie » !

(à suivre...)

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

-  Je dois vous avouer que j’ai déjà cette deuxième carte d’identité… Vous vous souvenez du jour où je vous avais montré des photos de mon enfance ?... Vous m’aviez montré, vous aussi, quelques photos. L’une en particulier pour laquelle je vous avais dit que vous ressembliez un peu à Nathan.

-  Oui, je m’en souviens, celle où j’avais maigri de 12 kilos en quelques mois suite au régime macrobiotique que m’avait imposé ma première femme ?

- Vous me l’aviez laissée...

Et Léa sortit de son sac une carte d’identité avec cette photo légèrement modifiée. C’était moi et ce n’était pas moi en même temps.

- mais vous avez de véritables talents d’agent secret Léa !

-  Je n’ai pas de mérite, j’ai utilisé un logiciel à deux sous que m’a prêté le chef du personnel. Il contient toute une panoplie de perruques que l’on peut appliquer sur n’importe quelle photo d’identité. Je vous ai déjà parlé du chef du personnel et de ses plaisanteries plutôt douteuses. Il ne s’est pas privé avec ce logiciel de m’affubler de toutes sortes de postiches plus ridicules les uns que les autres. Pour une fois au moins, ses sottises auront servi à quelque chose !

J’étais à la fois offusqué par la légèreté avec laquelle Léa m’entraînait dans cette aventure et en même temps plein d’admiration pour la détermination et l’imagination qu’elle déployait à chaque fois qu’elle devait atteindre un objectif.

- Alors, votre réponse ?...

Je fis semblant d’hésiter, mais ma décision était déjà prise. Cela faisait bien dix ans que je n’avais pas revu Prague. Après tout, l’occasion ne manquait pas de piquant !...

- Je le savais  exulta-t-elle ! J’ai déjà retenu l’hôtel. Je vais passer commande des billets d’avion dès demain matin par internet.

Dans mon for intérieur, je me disais également que j’aurais peut-être ainsi l’occasion de rencontrer le bel Angelo (excusez-moi, je veux dire Nathan !)

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Nous arrivons à Prague le vendredi soir. Nous remplissons ensemble les formalités au premier hôtel, puis nous nous donnons rendez-vous dans la salle du restaurant du second. C’est un hôtel qui reçoit des cars entiers de touristes. Les tables sont immenses. Je repère quelques tables rondes de six ou huit places, un peu à l’écart. Nous nous installons. Léa, qui est habituellement plutôt bavarde, est quasi muette. Elle laisse errer son regard dans cette immense et bruyante salle comme si elle n’était pas à sa place ici. Je perçois sa tristesse et j’essaie de la consoler :

- Demain vous pourrez dîner en amoureux avec Nathan !

Elle me regarde et pousse un gros soupir puis se rassérène et propose :

- Vous qui connaissez déjà un peu Prague, vous pourriez m’emmener visiter la ville et je vous inviterai dans un bon restaurant. J’ai repéré le Bonanza dans le guide du routard, un restaurant chic et branché où l’on joue du jazz ? cela vous convient ?

Je fais signe que oui. Là-dessus elle regagne son hôtel et moi ma chambre.

(à suivre...)

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

Quand je me réveillai, le soleil était déjà bas. Léa était parti depuis longtemps. Elle avait étendu ma chemise sur mes épaules pour éviter un coup de soleil et avait recouvert ma tête avec l’un des mouchoirs de sa grand-mère. Dans une de mes chaussures, elle avait roulé une feuille de papier sur laquelle elle avait écrit : « Je ne peux pas attendre plus longtemps. Je vous propose de nous revoir lundi soir, après le travail, sur la terrasse de notre café habituel. » Elle avait ajouté un post-scriptum : « PS. N’oubliez pas de me rapporter le mouchoir de ma grand-mère ! »

 

J’irais à ce rendez-vous, mais je n’étais pas décidé à me laisser mener par le bout du nez ! Il ne suffit pas de claquer ces doigts pour que le moindre de vos désirs soit exaucé, non mais, cela serait trop facile !  Je me voyais déjà entrain de l’admonester : « Un enfant de Nathan, un agent du Mossad… et vous pensez qu’il va rester avec vous pour l’élever ? Qu’il va être là pour changer ses couches, se lever la nuit quand il pleure, lui donner le biberon, sangler le siège bébé dans la voiture et mettre la poussette dans le coffre pour les sorties dominicales ?... Pour sûr, elle allait en entendre ! Une avalanche d’arguments défilaient dans ma tête et s’organisaient, petit à petit, en raisonnements imparables. 

 

Le lundi soir suivant, j’étais assis à la terrasse du café. Léa arriva quelques minutes après moi. Elle portait une jupe droite en tissu satiné vert bronze et un bustier assorti d’une belle couleur jaune pâle. Ses épaules étaient largement dégagées et elle s’était un peu maquillée. L’ensemble était du plus bel effet. Elle débordait d’énergie. Elle m’embrassa avec vivacité et recula pour mieux se montrer :

 

-          j’ai acheté cela samedi dernier, je pense l’emporter à Prague, qu’en dites-vous ?

 

Toutes mes belles résolutions de la sermonner s’étaient évanouies :

         -          Dès que vous délaissez vos tailleurs stricts de comptable modèle, vous êtes ravissante Léa.

-          Vrai, vous pensez réellement que cette tenue plaira à Nathan ?

-          Je crois que c’est un homme de goût. Elle lui plaira !

 

Je coupai court à toute autre considération vestimentaire et je lançai :

 

-          Alors qu’avez-vous concocté pour ce voyage ?

-          Voilà, Nathan viendra nous rejoindre le samedi soir et il restera jusqu’au dimanche soir.

-          « Nous » rejoindre ?

-          Non, vous, vous aurez une chambre dans un hôtel voisin.

-          Expliquez-moi Léa. Si je suis dans un autre hôtel, en quoi suis-je nécessaire pour favoriser cette rencontre ?

-          Nathan est à Prague pour une mission confidentielle dont vous entendrez peut-être parler. Il ne doit laisser aucune trace. Son nom ne doit figurer sur aucun registre.

 

-          Hmm !

-          Nous allons retenir une chambre pour deux, sous votre nom, dans un hôtel situé sur les collines, au-dessus de Prague et vous en retiendrez une autre dans un hôtel qui est à juste à côté.

-          Mais, Léa, je ne peux pas retenir deux chambres le même jour avec la même carte d’identité, vous savez bien que dans ce pays, on vous demande vos papiers à la réception et qu’on ne vous les rend, au mieux, que le lendemain ou le jour du départ.

 

Je remarquai alors qu’un léger trouble brouilla son regard habituellement si clair...

 

(à suivre...)

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

Elle reprit sur un ton particulièrement calme et décidé, le regard toujours perdu sur la ligne d’horizon :

Oui, c’est ce que je veux… Nathan va être à Prague dans quinze jours et je voudrais qu’il me fasse un enfant… 

Je retombais de mon nuage à vive allure :

Vous souhaitez un enfant de Nathan à Prague et pour cela vous avez besoin que je vous accompagne !?

 C’est cela, oui ! Merci, merci… que c’est bon d’avoir un ami sur qui on peut compter ajouta-t-elle en me prenant les mains !

Mais Léa je ne vous ai pas répondu Oui. J’aimerais simplement comprendre pourquoi vous avez besoin de moi pour faire un enfant avec Nathan à Prague ?

-   Ne jouez pas les ignorants, vous connaissez très bien son métier. Un agent secret ne va pas là où il veut. Il va là où l’appelle sa mission. Il sera à Prague dans quinze jours et, justement, ce sera une bonne période pour moi.

Je retrouvais mon calme et mon esprit critique :

-  Et l’heureux futur père est au courant ?

-   Non bien sûr ! comment voulez-vous qu’il le soit ? Il m’envoie un message de temps à autre et je peux rester parfois des semaines sans le voir !

En disant cela, ses yeux qui commençaient à devenir humides, se remplirent de larmes qui roulèrent bientôt sur ses joues.

-  Vous ne pouvez pas deviner combien c’est difficile, parfois !...

Elle se tourna alors vers moi et se mit à pleurer silencieusement sur mon épaule. J’attendis quelques instants et cherchai l’ustensile indispensable à tout thérapeute et tout confident en ce cas : le kleenex, mais je n’avais rien sous la main à lui offrir. Elle se mit à fouiller dans son cabas, sortit un paquet de mouchoirs marqué aux initiales de sa grand-mère et sécha ses larmes. Et presque sans transition, comme si de rien n’était, elle reprit d’un air enjoué et décidé :

Parlons sérieusement, j’ai déjà tout préparé. Nous prendrons l’avion le vendredi soir et nous reviendrons le lundi dans l’après-midi…

Un peu abasourdi par toutes ces nouvelles, je m’allongeai sur le sable, posai la tête sur mon bras et m’endormis profondément…

( à suivre...)

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

- Oui… j’ai bien réfléchi,… je veux un enfant ! 

J’étais interloqué. Je fis alors appel à la bonne vieille recette des psys à chaque fois qu’ils ne savent pas quoi répondre : la reformulation. J’ajoutai même une petite pincée d’interprétation :

-  Oui, vous sentez que vous n’êtes plus toute jeune et vous vous dites qu’il ne faudrait plus tarder à avoir un enfant…

-  C’est cela… vous savez, je vais avoir quarante ans dans deux ans et je pense qu’il est temps pour moi d’avoir un enfant !

Est-ce parce que sa petite réflexion de tout à l’heure m’avait agacée mais je ne pus m’empêcher de lui sortir une petite rosserie :

- Votre « bébé », votre chatte Bérengère ne vous suffit donc plus. Vous voulez passer aux choses sérieuses !...

Elle ne releva pas l’ironie de ma réflexion et continua d’une voix un peu solennelle :

- Oui, je souhaite un enfant, maintenant…

Elle resta silencieuse quelques secondes et ajouta :

    - …Et je voudrais qu’il soit conçu à Prague !

Elle se tourna alors vers moi, me regarda dans les yeux avec une grande intensité et ajouta :

    - Pouvez-vous m’accompagner à Prague ?

Je ne voulais pas croire ce que j’entendais. Nos relations avaient toujours été dépourvues d’ambiguïté. Mais qu’est-ce qui la prenait ? Heureusement que son regard s’était détourné et qu’il s’était perdu maintenant dans la contemplation rêveuse de la ligne d’horizon car je me mis à rougir jusqu’aux oreilles ! Je bredouillai complètement désarçonné

-     Léa, Léa… vous êtes sûre… vous voulez un enfant… à Prague… 

(à suivre...)

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Publié le par alain barré
Publié dans : #SOUS la protection du GOLEM (feuilleton)

J’ai revu Léa fréquemment depuis ses aventures un peu mouvementées avec Angelo ou plutôt Nathan puisque tel est son vrai nom, et nous sommes devenus amis. Elle passait par des phases d’exaltation quand elle le revoyait, puis par de longues périodes d’abattement quand il était absent. Sa chatte Bérengère, « sa bébé » comptait toujours beaucoup pour elle mais elle commençait à s’intéresser aux affaires du monde et nous discutions parfois des grands évènements politique et des soubresauts qui agitent la planète. La dernière guerre Liban-Israël l’avait beaucoup affectée. Elle avait du mal à s’y retrouver dans cet imbroglio du Moyen-Orient. J’avais essayé de l’informer le plus objectivement possible, faisant la part des choses entre les malheurs des juifs dans le passé, la Shoah dont elle n’avait qu’une connaissance très superficielle, et les malheurs présents du peuple palestinien, nouveau peuple sans terre de notre époque et qui aspirait tout simplement à vivre décemment, à exister dans des frontières viables et reconnues. Je n’avais pas eu de nouvelles depuis quelques semaines quand je remarquai qu’un message avait été envoyé sur mon portable. C’était Léa : 

-  Comme d’habitude votre portable est toujours éteint. Je me demande bien à quoi il vous sert ? J’aurais une requête importante et urgente à vous présenter. Pourriez-vous venir sur la plage de la Noéveillard, vers quatre heures, samedi. J’accompagnerai des amis qui seront partis faire un tour en mer. Ils seront de retour vers 5 heures. Nous aurons une bonne heure pour discuter. Tenue de rigueur exigée : n’oubliez pas votre maillot de bain et une serviette ! 

Mais que me voulait donc Léa ? Je n’étais pas emballé par ce rendez-vous. Le bob et le slip de bain ne me mettraient sûrement pas à mon avantage et même si mes relations avec elle étaient purement amicales, je n’avais pas envie de me montrer sous un mauvais jour. 

J’achetai un maillot de bain, un boxer-short à rayures vert clair, suffisamment flou pour absorber un peu les formes. Ma serviette sur l’épaule, j’arrivai sur la plage. Elle était assise un peu à l’écart, à mi-ombre au pied de la falaise. Je m’installai à côté d’elle. Je ne l’avais jamais vue ainsi. Elle portait habituellement des vêtements seyants, bien coupés mais simples et sans fioritures superflues. Avec son maillot de bain bleu ciel, assorti à la couleur de ses yeux, elle aurait pu prétendre au titre de reine de la plage !  Elle avait un corps superbe, finement musclé, plutôt athlétique, le ventre plat d’une femme qui a déjà largement dépassé la trentaine mais qui n’a pas eu d’enfants. Son fin bronzage donnait à penser qu’elle venait assez souvent sur la plage, en fin d’après-midi, quand le soleil commence à décliner. J’avais déjà remarqué ses longues et puissantes mains, des mains de sculpteur lui avais-je dis,  et je fus surpris de voir qu’elle avait également des pieds fins et inhabituellement grands. Bêtement je lui en fis la remarque. Elle rétorqua aussitôt : 

-   oui, je sais et je ne peux rien pour les raccourcir, mais vous, vous pourriez faire un peu de musculation, ça ne vous ferait pas de mal !… 

J’avais bien mérité une telle répartie et je ne fis pas de commentaires. Elle poursuivit : 

-  Je connais une bonne salle, si le cœur vous en dit, j’y vais deux fois par semaine !... 

Non, merci ! Vraiment, je n’avais pas envie de me retrouver à pédaler sur des vélos sans roues, des bateaux qui ne connaîtront jamais l’eau et divers instruments de torture… Je coupai court à la conversation. 

            - vous aviez quelque chose de très important à me dire ? 

elle prit un air sérieux, hésita un instant puis se décida : 

            - Oui… j’ai bien réfléchi,… je veux un enfant !

(à suivre...)

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